Le fiancé de la jeune fille violée par des policiers, un Tunisien comme on les aime !

Salah Ben Omrane  05 octobre 2012 à 13:47

  On a peu parlé du rôle du fiancé dans l’affaire du viol de la jeune fille par des policiers.

  C’est compréhensible, compte tenu de la gravité des faits et du traumatisme que sa fiancée a endurés à côté de ses propres déboires. Si le viol est perçu par la loi en tant que crime, c’est essentiellement parce qu’il a des effets en lourdes conséquences physiques, psychiques et morales sur la victime.

  L’affaire a secoué le pays. Elle a mobilisé la sensibilité de nombreuses institutions dans le monde, hors même des frontières. Les condamnations de l’acte incriminé pleuvent. Ce contexte fait peu d’écho au comportement du fiancée durant la tragique épreuve. Suivant les témoignages du couple , le fiancé a joué un rôle essentiel, qu’il a exercé avec beaucoup de courage face à la détermination des policiers qui semblaient, ce soir du trois septembre, décidés de foncer sans retenue et à brides abattues , dans la voie sombre du crime et de la bestialité, sans limites ni  un ticket retour.

  Quelque indices comportementaux nous révèlent qu’il s’agit d’un jeune homme qui n’a pas perdu sa faculté d’intelligence, sa lucidité et qu’il n’a pas manqué de courage pendant toute la durée de l’épreuve. Il a surtout prouvé qu’il aime sa fiancé et qu’il a bravé de nombreux défis en lui attestant son amour.

 Les Tunisiens peuvent se permettre de ne pas bouder leur plaisir, d’être fiers d’avoir parmi leurs jeunes, quelques-un, sorti de l’anonymat par un fait tragique et qui se révèle être un type extraordinaire .

Sa première épreuve :

  Lorsqu’il avait été pris à l’écart de sa fiancée, dans la nuit du trois septembre, et que l’un des policier l’a conduit jusqu’à un distributeur automatique de billets, qu’il n’avait pas pu retirer de l’argent, il avait pris l’initiative, de lui même, de courir vers un second distributeur. Il ne voulait pas opposer une résistance, qui aurait été une forme de « courage » mal placé dans cette circonstance. Au contraire, il tenait à répondre  positivement à l’extorsion , car il avait saisi que son intérêt était de retourner auprès de sa fiancée , au plus vite. Il a deviné, à juste titre, qu’elle n’était pas en sécurité en compagnie du reste de la bande : les deux autres policiers. Il a su cerner où il y a de la priorité , où il y a de l’urgence avec une justesse du sens de sa responsabilité .

2ème épreuve  :

  Le même policier qui avait fait la tournée des distributeurs automatiques de billets, lui a ordonné de quitter le véhicule et de rentrer chez lui . Ce policier , l’a même déposé près de son domicile.

 Imaginons une seconde cet instant : De nombreuses personnes, confrontés à une situation similaire, auraient vite fait obtempéré. L’instinct de survie aurait été le maître qui dicterait sa loi.  Il les aurait précipités, voire faire courir la tête plus haut que les jambes , vers leurs domiciles pour regagner vite fait le lit chaud et douillet, et ainsi abréger les moments de stress qui sans doute , devaient être insoutenables.

 Le fiancé, en a décidé autrement. Il est retourné à pieds sur les lieux de l’interpellation des policiers, rendu lieu du crime, par ces derniers.  Le retour du fiancé est un signe de courage. Pour protéger sa fiancée, il devait incontestablement affronter les policiers en question. Ils ont eu tort de manquer d’user d’une gymnastique cérébrale qui leur était inconnue, face à cette apparition-indice et qu’on appelle vulgairement : Réfléchir.

3ème situation :

  Lorsqu’il a vu qu’un des policier violait sa fiancée, il n’a pas feint d’ignorer la situation de crime. Il s’est précipité sur les deux autres policiers pour les faire intervenir, pendant qu’ils étaient assis, en fumant leurs cigarettes tranquillement dans la seconde voiture.

  Il a ainsi , tenté vainement d’éveiller le réflexe d’agent de l’État chez deux policiers qui étaient très loin perdus dans leurs fonctions et attributions. Par la même occasion , aucun des deux policiers ne pourrait dire ultérieurement, ne pas être intervenu, faute d’avoir été dans l’ignorance. Le fiancée à ce moment là , ne savait que l’un des deux comparses, venait à son tour de violer sa fiancée.   Cette scène s’est transformée en bagarre et en course poursuite jusqu’au local du gardien de l’usine par la suite.

 Il a tenté à cet instant de réveiller le policier en chacun d’eux mais le fonctionnaire de l’État, était perdu dans les arcanes du crime. Il était totalement absent chez les trois individus qui s’étaient voués à la seule cause du crime. Bizarrement , cette confusion entre le criminel et le policier n’a pas posé pas de problème à l’institution judiciaire. Elle n’a pas semblé la déranger. Les déclarations ultérieures des trois individus, transformés en criminels, concernant leurs propres actes, avaient été prises au sérieux et avaient donné matière pour engager des poursuites contre le jeune couple.  Malgré la somme de preuves qui atteste qu’on est en présence de criminels et non de policiers,  rien n’a ébranlé  la conviction d’un autre agent de l’État, le poursuivant de l’administration judiciaire, dans la confiance qu’il a accordée à la parole des criminels sous la couverture de titres de Policiers.  

 Le jeune fiancé était le seul à avoir endossé dans cette situation, ce soir là , le rôle de gardien de l’ordre et de la paix. Il avait endossé cette fonction mais la justice tunisienne lui a répondu par sa convocation, à s’expliquer sur la soi disant atteinte aux bonnes moeurs, arguée par les policiers  incriminés  . Autrement dit , il lui a été signifié qu’être Policier est un titre qui comporte des privilèges et non une fonction. Que pour garder l’ordre et la paix, il ne suffit pas de le vouloir , il faudrait être couvert par le titre de policier même quand cette fonction a été étranglée et tuée par le criminel qui se trouve être détenue par le même individu.

4ème situation

  Le fiancé a remarquablement géré la situation après le viol. Il a demande à sa fiancée de parler de ce qui venait de se passer, dès que les policiers avaient disparu. Il a eu le bon réflexe de rappeler les procédures d’urgence, à savoir  de se rendre avec sa fiancée dans  hôpital proche tout en manifestant son impatience de porter plainte contre les policiers. Sa fiancée, sous le choc, à ce moment là , n’avait qu’une seule envie: rentrer chez elle. Ce qui est parfaitement prévisible comme réflexe de survie,  dans une situation de détresse pareille.  Il était devenu le conducteur du véhicule et il a bien fait de se rendre vers la première clinique, qui avait à son tour prévenu la police des faits. Le fait que le couple ait été happé par le parcours qui en a suivi, qui est une épreuve supplémentaire, a certes permis pour plus tard, de sauvegarder les traces du viol  et surtout l’accélération dans la mise en route de la procédure judiciaire.

5ème situation

  Sa fiancée venait de subir les tirs croisés en pressions, par des agents de la fonction publique pour qu’elle retire sa plainte. Ils avaient obtenu gain de cause. Il faut dire que c’est un exercice est facile mais pas glorieux , quand on a en face une personne fragile , encore sous le choc , non disposée de cerner ses propres intérêts en toute lucidité.  Elle dit qu’elle n’a même pas eu le droit de se concerter avec son fiancé, sur la décision qu’elle devait prendre à ce sujet . Il lui a été interdit de communiquer avec lui . Ce n’était pas le cas des policiers qui communiquaient entre eux , sans que cela ne dérange quiconque.

 Le fiancé avait décidé d’aller jusqu’au bout en maintenant sa plainte.

Je vous laisse imaginer la suite, si lui , avait décidé de ne pas porter plainte.

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    Quant à sa fiancée , faute de trouver une chanson tunisienne, à lui offrir,  appropriée à la circonstance , la chanson française de Pierre Perret « Mon p’tit loup », fait très bien l’affaire. Une très belle chanson! Zaz (Isabelle Geffroy) , l’a chantée en sa compagnie dans l’émission Champs Elysées sur France 2. À noter que c’est une première qu’il la chante en duo.  Il a écrit cette chanson complainte en 1979,  suite à un événement tragique qu’est un viol.

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