Faculté la Manouba.

Cette page dans ce blog est dédiée spécialement à la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba.
Des témoignages, des analyses ,des interventions et des comptes-rendus des faits, sont à votre disposition et vous tiennent informés au mieux du possible sur cet établissement universitaire, qui en ce moment, est sous les feux des projecteurs de l’actualité. Mais il est avant tout, un établissement qui est tenu par des gens, parmi eux des enseignants , qui réfléchissent et qui s’expriment sur leur métier et leur rôle, à la fois d’éducateurs de transmetteurs et de passeurs du savoir et des connaissances.

Vos interventions et vos commentaires sont les bienvenus !

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  Cette page , hormis les informations qu’elle contient sur la faculté , elle est régulièrement mise à jour (à voir après la pétition), notamment par « Les nouvelles de la Faculté de Manouba »  de Habib Mellakh, qui est un universitaire, un syndicaliste, ajoutés à son statut de témoin privilégié de ce qu’est devenue cette faculté depuis le premier jour de son invasion  fin novembre 2011 par des éléments extérieurs, qui continuent à ce jour de semer le trouble en toute impunité .(le 06 mars 2012)

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Le Doyen Habib Kazdaghli, invité de la chaîne parlementaire française, Public Sénat, le 27 janvier 2014 et interrogé par les journalistes de l’émission : Sonia Mabrouk et  Jean-Louis Gombeaud.

 

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Mustapha Tlili, Kenza Fourati et Habib Kazdaghli

Mustapha Tlili, Kenza Fourati et Habib Kazdaghli

Mustapha Tlili, écrivain, universitaire et fondateur/ directeur du Center des Dialogues à la New York University (NYU), Kenza Fourati, mannequin tunisienne installée à New York, et Habib Kazdaghli, Professeur d’Histoire et Doyen de la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de l’Université de la Manouba, sortant du bâtiment du célèbre quotidien Américain The New York Times, après une rencontre avec le conseil de rédaction du journal sur les évènements tragiques qui ont secoué son université depuis plus d’une année. Habib Kazdaghli a expliqué à ses interlocuteurs que ces évènements reflétaient les luttes de toute la nation tunisienne pour la liberté et la démocratie. Cela était encore plus vrai ce 25 juillet, a-t-il souligné, quand venait de tomber Mohamed Brahimi, victime des balles des ennemis de la liberté et de la démocratie. Le Doyen a marqué le même point dans ses entretiens avec le conseil de rédaction du Wall Street Journal et le magazine TIME. Habib Kazdaghli était à New York à l’invitation du Centre des Dialogues de NYU pour plaider la cause des libertés académiques et de l’autonomie de l’université.

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Tunis, le 22 mai 2013

Pour la non-ingérence du pouvoir politique dans la gestion académique de l’Université

Les universitaires et les militants de la société civile, réunis en assemblée générale commune à la Faculté des sciences humaines et sociales de Tunis (FSHST)  le 22 mai 2013, à l’invitation du syndicat de base de cette institution et de l’Association tunisienne de défense des valeurs universitaires (ATDVU)  pour réagir à l’appel interjeté par le ministère public contre l’acquittement du Doyen Habib Kazdaghli et pour prendre position à la suite des déclarations du président de la République soutenant le droit des étudiantes à passer les examens sans se dévoiler le visage,

1-      Se déclarent scandalisés par cette nouvelle tentative d’instrumentalisation de la justice par le pouvoir politique  et prêts à se mobiliser à nouveau pour  continuer à soutenir le Doyen Habib Kazdaghli et les magistrats soucieux de rendre une justice équitable et de défendre l’indépendance de la magistrature.

2-      Sont choqués par le soutien accordé par le Président de la République au port du niqab pendant les examens car cet appui risque de compromettre le bon déroulement des sessions d’examen de mai et de juin 2013 dans de nombreuses institutions et particulièrement à la Faculté des sciences mathématiques, physiques et naturelles de Tunis à un moment où le Doyen, le Conseil scientifique et les enseignants, ont réussi contre vents et marées, à obtenir le respect des règles académiques en dépit de l’énorme pression que constitue le sit-in organisé par l’Union générale tunisienne des étudiants (UGTE). Le président de la République semble ainsi, en parfaite symbiose avec le ministre de l’Enseignement et de la recherche scientifique, vouloir confisquer à la profession, au conseil des universités et aux conseils scientifiques élus les prérogatives scientifiques et pédagogiques qui leur sont octroyées par les lois en vigueur.

3-      Demandent au pouvoir politique de ne plus s’ingérer dans la gestion académique de l’Université, d’appliquer les lois en vigueur dans le pays et de respecter ses institutions au lieu de tenter d’imposer – dans une violation flagrante de ces dispositions réglementaires – les positions de certaines parties au pouvoir qui veulent asservir, comme dans les régimes théocratiques, les codes vestimentaires et les règles académiques à des croyances religieuses sectaires et s’étonnent, à cet égard, que le ministre de l’enseignement supérieur n’ait pas appliqué les décisions adoptées le 3 mai 2013 par le  conseil des universités, instance ayant une compétence délibérative, confirmant les règles académiques et le code vestimentaire  adoptés par la profession et les conseils scientifiques.

4-      Proposent d’initier une pétition nationale, en signe de protestation contre ces ingérences et ce refus de faire appliquer les lois en vigueur et, aux universitaires, de boycotter la Journée du savoir organisée à la fin de l’année universitaire par le président de la République.

5-      Suggèrent à la Fédération générale de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique de se joindre à la coalition civile en cours de constitution pour une  défense plus efficiente des libertés universitaires, de l’autonomie institutionnelle et de la liberté de création et de coordonner ses activités,  et incitent  cette coalition tant attendue, à former une commission pour dialoguer sur le sujet avec les constituants et à organiser un rassemblement devant l’Assemblée nationale constituante pour protester contre ces ingérences et pour revendiquer la constitutionnalisation des libertés académiques, de l’autonomie institutionnelle, de la neutralité des établissements d’enseignement supérieur et de leur soustraction aux tiraillements politiques, idéologiques ou religieux, conformément aux normes et recommandations internationales en vigueur sur la question des libertés universitaires et de la neutralité de l’université.

6-      Décident de constituer une commission chargée de créer une base de données pour mieux coordonner l’action des différentes institutions d’enseignement supérieur et pour une meilleure communication des informations.

Pour le syndicat de base de la FSHST     Pour l’ATDVU              Pour  l’assemblée

Hayet Amamou                       Rabaa Abdelkéfi Ben Achour               Habib Mellakh

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 Le Doyen Habib Kazdaghli_ Le Tribunal de première instance de la Manouba a relaxé ce jeudi 2 mai 2013, le Doyen Habib Kazdaghli. Dans la même affaire, les deux étudiantes niqabées viennent d’être condamnées à deux mois de prison avec sursis.

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Rendez-vous à la faculté de la Manouba

le jeudi  2 mai  à 14h

   La justice devrait se prononcer ce jeudi 2 mai 2013 sur l’affaire des deux niqabées qui ont saccagé le bureau du Doyen Habib Kazdaghli .L’une d’elles avait argué que le doyen lui avait mis une gifle. Après auditions et expertises ainsi que de nombreux ajournements du procès, il est probable qu’on connaisse ce jeudi,  le prononcé du jugement dans cette affaire.

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Tunis, le 2 avril 201

Appel à la participation à deux rassemblements

Les universitaires et les représentants de la société civile réunis le 2 avril 2013 à la Faculté des lettres, des Arts et des humanités de la Manouba, à l’invitation du syndicat de base des enseignants de la Faculté, de l’Association tunisienne de défense des valeurs universitaires, de l’Observatoire des libertés académiques des universitaires tunisiens pour assurer le suivi de l’affaire du doyen de la faculté, Habib Kazdagli et de l’affaire de la professeure Raja Ben Slama, enseignant chercheur dans la même faculté, à la veille de leur comparution devant la justice,

* Le premier, pour la cinquième fois devant le tribunal de première instance de la Manouba le jeudi 4 avril 2013 dans un procès politique ourdi pour porter atteinte à l’autonomie de l’université,

* La seconde, pour la deuxième fois devant le juge d’instruction auprès tribunal de première instance de Tunis dans un autre procès politique ourdi pour porter atteinte à la liberté d’opinion et au droit de critiquer la prestation des responsables élus

1. Expriment à nouveau, par principe, leur totale solidarité avec les deux collègues, avec tous les universitaires et les créateurs poursuivis dans des affaires à la suite de l’ingérence manifeste et orientée du pouvoir exécutif dans la justice et de l’exercice d’une justice à deux vitesses.

2. S’associent au camp des forces démocratiques pour revendiquer l’indépendance de la magistrature. C’est ce qu’ils n’ont cessé d’exprimer à l’occasion de chaque rassemblement de solidarité avec le doyen et dernièrement le 28 mars quand ils se sont rassemblés devant le tribunal de première instance de la Manouba pour se solidariser avec les magistrats qui se sont mis en grève pour revendiquer l’indépendance de la magistrature.

3. Appellent tous les universitaires, représentés par leurs syndicats et toutes les associations qui ont signé le 21 mars 2013 un manifeste de solidarité avec le doyen de la faculté, avec tous les universitaires, les créateurs victimes de poursuites judiciaires iniques et exhortent tous les défenseurs des valeurs universitaires, des libertés académiques et les partisans de l’indépendance de la magistrature à se rassembler à nouveau :

* Le jeudi 4 avril 2013 devant le tribunal de première instance de la Manouba à 9 heures pour soutenir le doyen élu, Habib Kazdaghli et pour défendre l’autonomie de l’université, les libertés académiques et réclamer l’indépendance du pouvoir judiciaire

* Le vendredi 5 avril 2013 devant le palais de justice à Tunis (Bab Bnat) à 9 heures en signe de solidarité avec la collègue Raja Ben Slama, pour la liberté d’opinion et le droit à évaluer et à critiquer la prestation des responsables par leurs électeurs.

 

Liste des premières organisations et associations signataires:

- L’Union générale du travail de la Manouba

- L’Association tunisienne de défense des valeurs universitaires

- L’Alliance civile contre la violence et pour les libertés (30 associations)

- Le syndicat de base de la Faculté des lettres, des Arts et des humanités de la Manouba (FGESRS)

- L’Observatoire des libertés académiques (FGESRS)

- Le Forum universitaire tunisien

- La Ligue tunisienne pour la défense des libertés académiques et de la création

- Le Syndicat des artistes plasticiens

- L’Association tunisienne des femmes démocrates

- L’Association tunisienne pour la défense des droits de l’enfant

- Nawarni

- l’Association vigilance et égalité des chances

- l’Union des artistes plasticiens tunisiens

- le Syndicat des chercheurs de l’Institut Pasteur

- L’Association vigilance et égalité des chances

- Kolna Tounes

- Mouwatna Wa Tawassol

- Association de défense de la neutralité des administrations et des mosquées

- Association des femmes tunisiennes pour la recherche et le développement

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Soutien au doyen Habib Kazdaghli, qui comparaît pour la cinquième fois devant la justice , toujours et dans la même affaire dans laquelle une étudiante niquabée, prétend et l’accuse de lui avoir mis une gifle. 

Rassemblement devant le Tribunal de première instance de la Manouba,

le jeudi 28 mars 2013 à partir de 9 heures du matin.

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تدشين ساحة الشهيد شكري بلعيد في كلية الأداب بمنوبة

Inauguration aujourd’hui 07 mars, de la place Chokri Belaïd dans la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba

inauguration de la plache Chokri BelaïdPhotos de Basma Khalfaoui

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La Manouba, le 26 février 2013

 Motion de l’Assemblée générale commune au sujet

des poursuites engagées à l’encontre de la Professeure:

Raja Ben Slama

  Les professeurs et les activistes de la société civile, réunis le 26 février 2013 à La Faculté des lettres, des arts et des humanités de la Manouba, à l’appel du syndicat de base de la faculté et de l’Association tunisienne de défense des valeurs universitaires déclarent:

 * leur condamnation de l’émission d’un mandat d’amener lancé contre la professeure Raja Ben Slama, ce qui constitue la poursuite de la série d’agressions et d’humiliations qui ont visé les créateurs, les artistes peintres , les universitaires et qui n’ont pas épargné le doyen de la faculté, le Professeur Habib Kazdaghli tandis que plusieurs extrémistes , qui terrorisent le pays, ses femmes, ses hommes, ses intellectuels et les menacent de mort, jouissent de l’impunité.

 * leur condamnation des poursuites engagées contre elle parce qu’elle a exprimé une opinion politique dans un moyen de communication.

 * leur condamnation d’une plainte intentée sur la base de lois répressives abrogées après la Révolution.

 * Demandent aux autorités concernées l’abandon des poursuites engagées contre Raja Ben Slama, contre tous les intellectuels, les universitaires et les créateurs tunisiens, expriment leur appui total à leur collègue et se déclarent mobilisés pour un rassemblement de soutien le jeudi 28 février 2013 devant le Tribunal de première instance de Tunis, en guise de solidarité avec elle et pour exprimer leur rejet des procès politiques qui portent atteinte à la liberté d’opinion et d’expression.

 Pour l’assemblée générale

 Khaled Nouicer, Secrétaire général du syndicat de base de la FLAH Manouba

 Habib Mellakh, Secrétaire général de l’ATDVU

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Pétition en faveur de Raja Ben Slama et pour la défense des droits et des libertés publiques en Tunisie.

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Université Dauphinewww.dauphine.fr

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Assemblée générale commune

vendredi 18 janvier 2013

La proclamation  du verdict dans l’affaire du Doyen Habib Kazdaghli est prévue pour le jeudi 17 janvier 2013. L’association tunisienne de défense des valeurs universitaires (ATDVU) appelle, à cette occasion, tous ses adhérents, les membres des associations de la société civile, les défenseurs de toutes les libertés et des droits de l’homme qui ont soutenu le doyen à l’occasion du procès inique qui lui a été intenté ainsi que les journalistes qui ont suivi le déroulement du procès à assister à

l’assemblée générale

que le syndicat de base de la Faculté des lettres, des arts et des humanités de la Manouba organise le vendredi 18 janvier 2013 à partir de 11 heures à la salle :  Hassan Hosni Abdelwahab

pour arrêter une position commune après la proclamation du verdict et pour coordonner des actions communes au sujet de l’affaire en cours et des affaires et des problèmes similaires en vue de défendre l’autonomie de l’université, les libertés universitaires et pour soutenir les revendications des magistrats qui ne cessent de réclamer l’indépendance de la justice.

Pour l’ATDVU, Habib Mellakh

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FUT

COMMUNIQUÉ
Les libertés académiques dans le projet de la constitution tunisienne

   L’association Forum Universitaire Tunisien (FUT) est au regret de constater l’absence d’amélioration, dans l’article proposé par l’Assemblée Nationale Constituante (ANC) se rapportant à l’université, dans le deuxième avant-projet de la constitution tunisienne.

  En effet, l’article consacré à l’université, qui est passé du n°18 dans le premier avant-projet au n°30 dans le suivant, a gardé ses principales incohérences et lacunes en ne définissant pas ce qui est entendu par « Libertés Académiques » et en occultant les questions de l’autonomie et de la neutralité des institutions et espaces universitaires.

  Rappelons que le FUT a communiqué le 14 mars 2012 au président de l’ANC et le 15 mars 2012 à la présidente et aux membres de la commission Droits et Libertés une proposition d’article qui stipule : « Les libertés académiques sont garanties conformément aux conventions internationales en vigueur. Les institutions universitaires jouissent de l’autonomie et de la neutralité et sont gérées par des structures élues composées par des représentants des enseignants, des chercheurs et des étudiants ».

  De même, le FUT à trois reprises (dans son communiqué du 7 septembre 2012, ensuite lors des séances consacrées par l’ANC à l’écoute de la société civile les 14 et 15 septembre 2012, et enfin lors d’une rencontre avec le président de l’ANC le 19 novembre 2012) a réitéré l’importance de l’inscription des libertés académiques dans la nouvelle constitution, associée à l’autonomie et de la neutralité des institutions et espaces universitaires.

  Malgré tous ces efforts, l’article 30 du deuxième avant-projet de constitution n’apporte aucune modification fondamentale, puisqu’il stipule : « Les libertés académiques et la liberté de la recherche scientifique sont garanties. L’État (doit mettre : article 18) met en place les moyens nécessaires afin de développer le travail académique et la recherche scientifique».

  Trois points importants incitent le FUT à désapprouver le projet de l’article 30 proposé par l’ANC :

1- Les « Libertés Académiques » telles que définies par la convention de l’UNESCO de 1998, incluent les libertés d’enseignement et de recherche scientifique. La première partie de l’article présente donc une incohérence.

2- L’article occulte complètement la question de l’autonomie des institutions universitaires, qui est pourtant le garant des libertés académiques. En effet, tant que les établissements universitaires sont placés sous tutelle du pouvoir exécutif, le risque de leur instrumentalisation et la mise au pas des enseignants et des chercheurs persistera.

3- La garantie de la neutralité des espaces universitaires qui les préserve de la politique partisane et des luttes idéologiques et identitaires est absente de l’article.

   Étant données ces incohérences et lacunes, le FUT insiste de nouveau auprès de la Commission Droits et Libertés de l’ANC pour être reçu et entendu, afin que cet article de la constitution sur les libertés académiques fasse l’objet d’un réel débat et d’une profonde révision. Le FUT espère que la constitution post6révolutionnaire reflétera les aspirations des universitaires et de tous ceux et celles qui ont à coeur l’avenir de l’université tunisienne.

Fait à Tunis, le 6 janvier 2013
MBS et DG

ADRESSE

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Communication :

Copie de la publication par  l’auteur: Jean Philippe Schreiber dans L’Observatoire des Religions et de la Laïcité.

 CIERL

  Ce jeudi 3 janvier 2013 a pris fin, ou presque, à Tunis, une saga judiciaire dont les vives tensions témoignent de l’âpreté du climat politique et de la radicalisation des esprits dans la Tunisie post-révolutionnaire, plus que jamais secouée par la question religieuse.

Comme nous l’évoquions dans ces mêmes colonnes en octobre dernier, Habib Kazdaghli, doyen de la Faculté des Lettres de l’Université de la Manouba à Tunis, était en effet poursuivi devant le tribunal correctionnel pour des actes de violence commis par un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions, suite à une altercation avec deux étudiantes en niqab, en mars 2012, dans son bureau. 

Certes, les faits en eux-mêmes peuvent sembler dérisoires — une irruption importune, une prétendue gifle, des papiers dispersés… Ils le paraissent moins quand on sait la peine qui pourrait frapper le doyen, soit cinq ans de prison, et quand on sait que cette intrusion se situe dans un contexte continu d’intimidation, d’animosité haineuse et de brutalité qui a vu le professeur Kazdaghli être depuis octobre 2011 victime d’agressions et de menaces, jusqu’à l’occupation de la Faculté de La Manouba par des militants salafistes — lesquels tentent d’imposer par la violence et la peur la prévalence des normes religieuses et leur refus des règles académiques.

Cette dernière audience du procès en première instance de Habib Kazdaghli l’a bien montré, qui a vu les accusations à l’encontre du doyen de La Manouba s’effondrer — le certificat médical présenté à l’appui des déclarations de l’étudiante prétendument giflée s’avérant avoir été rédigé par un médecin trop complaisant : faute de charges manifestes, la défense des jeunes femmes en niqab a transformé ce procès en procès politique, et les avocats du doyen, à sa suite, se sont engouffrés dans la même voie.

Deux Tunisies se sont dès lors affrontées au prétoire, avec une rare véhémence. L’une soutient la primauté de la liberté religieuse, défend avec force le droit de porter le niqab en toute circonstance, justifie les débordements salafistes et s’en est pris au doyen Kazdaghli comme l’incarnation d’un esprit occidental méprisable, combattant continument la religion, entravant l’accès aux études supérieures à des jeunes filles vivant avec courage l’expression de leurs convictions… L’autre récuse une liberté religieuse absolutiste, veille à la sauvegarde de l’autonomie universitaire et au rôle de l’Université comme vecteur d’émancipation sociale et culturelle, considère les libertés académiques comme des libertés publiques tout court et stigmatise l’instrumentation des étudiantes en niqab par des groupes à caractère jihadiste — jusqu’à s’inquiéter aussi de la complaisance du pouvoir à leur égard et, pour certains, du manque d’indépendance de la justice…

Ces deux Tunisies qui sont ainsi aux prises n’arrivent pas à se comprendre, se pensent toutes deux discriminées et font une interprétation diamétralement opposée des mêmes libertés publiques. L’une se réclame de l’universalité des droits et se confronte avec répugnance à des jeunes femmes qui se refusent à montrer non seulement leur corps, mais aussi leur visage, c’est-à-dire leur humanité — jusque dans le prétoire. L’autre opère un retournement des droits fondamentaux dont pourtant elle dit se réclamer, pour les subordonner aux normes religieuses là où il y a conflit entre eux, et instrumentalise la justice pour porter atteinte tant à l’institution universitaire qu’aux valeurs qu’elle garantit.

L’une fait du procès Kazdaghli le procès de l’interdiction du niqab — pourtant autorisé à l’Université, en dehors des cours et examens — et des valeurs que le doyen incarne ou lui paraît incarner, comme elle fait des islamistes radicaux d’éternelles victimes de l’une ou l’autre autorité — politique, intellectuelle — qui n’aurait de cesse de les brimer. L’autre en fait le procès des atteintes aux libertés académiques, mais aussi le procès du pouvoir, un pouvoir qui aurait longtemps paru trop bienveillant à l’égard du salafisme radical et aurait dès le départ de l’affaire eu le doyen Kazdaghli comme cible — une interview du ministre de l’Intérieur, sur Hannibal TV, début mars 2012, l’afficherait clairement —, ce dont témoignerait, par un parquet supposé aux ordres, la requalification des voies de fait simples en actes de violence commis par un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions, ce qui vaut aujourd’hui au doyen de La Manouba le risque d’encourir une peine de cinq années de prison.

L’affaire Kazdaghli ne se résume donc pas à une altercation incidente, et ne s’arrête pas non plus aux portes de l’Université, loin de là. Elle concerne la société tunisienne tout entière, du sens qu’elle entend donner à la révolution du 14 janvier 2011, de la manière la plus juste de concilier les aspirations de ses citoyens, de la place qu’y occupe la femme musulmane dans l’imaginaire collectif, de son rapport à l’austérité morale et religieuse… Elle met à l’épreuve sa capacité de résistance face à ceux qui entendent propager partout, même à l’Université, la ségrégation entre les hommes et les femmes — sombre reflux au regard de l’histoire de la Tunisie, qui fut une pionnière en matière de statut de la femme dans le monde arabe.

Le procès du doyen Kazdaghli est donc un procès symbolique à bien des égards, au cœur des enjeux de la société tunisienne post-révolutionnaire, au moment où la politique sécuritaire du régime issu des élections démocratiques du 23 octobre 2011 se consolide — face à la fois à la contestation sociale et à l’activisme jihadiste sur ses frontières avec la Lybie et l’Algérie. Un procès symbolique à un moment aussi où des signes de plus en plus inquiétants affichent la volonté concertée d’imposer en Tunisie le rigorisme sur le plan moral, d’y affecter la condition de la femme et d’y saper progressivement, sur le modèle turc, les acquis de la laïcisation de la société. Verdict le 17 janvier prochain.

Jean-Philippe Schreiber (ULB).

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communiqué

Contenu de l’appel (ci-dessus) de Khaled Nouisser, Secrétaire Général  du Syndicat  base des professeurs de la Faculté des Lettres de Manouba, :

- Les voeux de bonne année 2013 à toutes et à tous.

 1ère invitation :

- À une conférence de presse organisée par la Fédération générale de l’Enseignement supérieur qui aura lieu au siège de la centrale syndicale UGTT (Place Med Ali à Tunis), le mercredi 02 janvier à partir de 14h00.

Prendront la parole, lors de cette conférence :

M. Hassine Boujarra SG du bureau national.

  Les représentants des syndicats et associations tunisiennes et étrangères qui seraient déjà arrivées pour apporter leur solidarité au doyen de la Manouba (l’observatoire des libertés académiques, ATDVU, Le FUT, Délégation du SNES-Sup de France, délégation de la Mairie de Toulouse, délégation de l’ULB Belgique, des avocats français, belge, la représentante de la FIDH dépêchée à Tunis etc..),

 2ème invitation :

-Rassemblement le jeudi 03 janvier 2013 à 9h du matin, devant le tribunal de Première instance de la Manouba, en poursuite de la mobilisation, autant de fois qu’il peut y avoir de reports du procès intenté contre le Doyen de la faculté de Manouba : M. Habib Kazdaghli.

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Dernière information:

Le procès intenté contre le Doyen Habib Kazdaghli a été reporté encore (3ème report) pour le 03 janvier 2013

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le procès d’Habib Kazdaghli a été reporté au

 jeudi 22 novembre 2012 à 9 heures du matin

information communiquée par un avocat membre du collectif assurant la défense du doyen de la FLAHM.

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الاتحاد العام التونسي للشغل

الاتحاد الجهوي للشغل بمنوبة * الجامعة العامة للتعليم العالي والبحث العلمي

النقابة الأساسية لكلية الآداب والفنون والانسانيات بمنوبة

 

لائحة الاجتماع المشترك

إن الاجتماع المشترك الذي نادت لعقده النقابة الأساسية  بالكلية وحضره اليوم 20 نوفمبر 2012 ممثل عن الاتحاد الجهوي للشغل بمنوبة  ووفد عن المجلس الوطني التأسيسي وعدد من ممثلي  التشكيلات النقابية الجامعية وعدد من الجمعيات المدنية الحقوقية والمدافعة عن استقلالية الجامعة والحريات الأكاديمية وذلك قصد التشاور حول الوضع الذي تعيشه الجامعة التونسية وأشكال المساندة لعميد الكلية حبيب الكزدغلي عشية مثوله للمرة الثالثة أمام القضاء في قضية مفتعلة

1 – يعلن مجدّدا مساندته التامة لعميد الكلية ويعبّر عن رفضه لهذه المحاكمة الجائرة التي يرى فيها شكلا من أشكال التدخل في الشأن الجامعي الرامية للتضييق على استقلالية الجامعة وتقليص حيّز الحريات الأكاديمية بها كمدخل لفرض نمط مجتمعي يتنافى و مقتضيات المعاصرة.

2 – يثمّن الموقف المشرّف الوارد بالعريضة الجاري إمضاؤها بالمجلس الوطني التأسيسي والتي تحمل مساندة تامة لعميد الكلية وتأييدا لتضمين الحريات الأكاديمية بالدستور.

3 – يحيّي الإضراب المعلن بالكلية يوم انعقاد الجلسة والإضرابات التضامنية التي أعلنتها عديد التشكيلات النقابية الجامعية مساندة للعميد المنتخب ودفاعا عن استقلالية الجامعة والحريات الأكاديمية واستقلالية السلطة القضائية.

 ي  4- ينادي جميع الجامعيين والناشطين ضمن المجتمع المدني للتعبير مجدّدا عن مساندتهم للعميد واستنكارهم لهذه المحاكمة الجائرة وكل المحاكمات والتتبعات القضائية الموجهة للنيل من استقلالية الجامعة ولضرب حرية الصحافة والإبداع. وذلك بالتجمّع مجدّدا أمام مقر المحكمة الابتدائية بمنوبة يوم الخميس 22 نوفمبر 2012 منذ التاسعة صباحا

5 – كما تدعو النقابة الأساسية بالكلية كلّ الزملاء وكل الحاضرين بهذا الاجتماع  للالتقاء مجدّدا في اجتماع عام بالكلية يوم الخميس 22 نوفمبر مباشرة إثر انتهاء الجلسة المذكورة وذلك لتدارس مستجدات القضية واتخاذ ما يلزم من المواقف ورسم خطوط العمل المشترك مستقبلا.

عن الاجتماع المشترك،

 الكاتب العام للنقابة الأساسية بالكلية: خالد النويصر  

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 Thessalonique, le 17 novembre 2012

Stavros Kamaroudis

Linguiste,

MdC, Université de la Macédoine Occidentale,

Faculté de Pédagogie – Florina,

Grèce

  
 A Son Excellence l’ambassadeur de la République de Tunisie à Athènes
  
 Excellence,
  
Permettez-moi de vous présenter une Pétition de Protestation concernant le jugement, injuste a notre avis, du Doyen de l’Université de Manouba, M. le Professeur Habib Kazdaghli, chercheur très estimé en Grèce non seulement à cause de ses recherches sur la Communauté Grecque de Tunisie, mais aussi par ses qualités de personne publique de bonne moralité, de devoir et porteur de valeurs et idéaux démocratiques.
 
 Nous unissons nos voix avec celles de nos collègues du monde entier et nous demandons Votre intervention auprès du Gouvernement Tunisien pour que les poursuites judiciaires soient terminées, ou au moins que l’affaire soit jugée selon les Accords internationaux que Votre Gouvernement a ratifiés.
 
 De la part de 267 signataires, membres de la Communauté Universitaire des Universités Aristote, de Jannina et de la Macédoine Occidentale, Veuillez, Excellence, de croire à l’assurance de mes sentiments les meilleurs,
 
 Stavros E. Kamaroudis
 
 P. S. Le texte grec concernant l’historique de cette affaire et appelant à la solidarité avec M. le Professeur Habib Kazdaghli, suit:
 
 
Ψήφισμα Συμπαράστασης στον κοσμήτορα του Πανεπιστημίου Manouba της Τύνιδας καθηγητή Habib Kazdaghli
 
Ο Habib Kazdaghli δικάζεται εδώ και μήνες ως «αποδιοπομπαίος τράγος» της απραξίας και της ανικανότητας της τυνησιακής κυβέρνησης να διαχειρισθεί τα προβλήματα των πανεπιστημίων της χώρας.
 
O Καθηγητής Ηabib Kazdaghli είναι γνωστός στη Θεσσαλονίκη. Συνεργάστηκε, ο ίδιος και άλλοι Τυνήσιοι συνάδελφοι, με το Τμήμα Προσχολικής Αγωγής του ΑΠΘ σε ερευνητικά προγράμματα. Σημαντικές είναι οι έρευνές του για τις Ελληνικές Κοινότητες της Τυνησίας.
 
Οι αρχές προσπαθούν να τον καταστήσουν υπεύθυνο για την ατελείωτη κρίση της ισλαμικής μαντήλας (niqab – οι φοιτήτριες υποχρεώνονται να τη φορούν και στους χώρους των Πανεπιστημίων). Κυρίως όμως επιθυμούν να τον τιμωρήσουν για τη σθεναρή στάση του ως υπερασπιστή της πανεπιστημιακής αυτονομίας και των ακαδημαϊκών ελευθεριών.
 
Ένα Μανιφέστο Αλληλεγγύης προς τον Κοσμήτορα Habib Kazdaghli, της καλλιτέχνιδας Nédia Jelassi, και όλους τους υπερασπιστές των ακαδημαϊκών ελευθεριών, της απρόσκοπτης δημιουργίας και της ελευθεροτυπίας συγκέντρωσε περισσότερες από 1.500 υπογραφές προσωπικοτήτων στην Τυνησία.
 
Ακόμη, περισσότεροι από 40 φορείς και ΜΚΟ, συνυπέγραψαν την Έκκληση για την Υπεράσπιση των Ακαδημαϊκών Ελευθεριών και της Καλλιτεχνικής Δημιουργίας, ως ένδειξη συμπαράστασης στον κοσμήτορα Habib Kazdaghli, τους διωκόμενους καλλιτέχνες και τους δημοσιογράφους.
 
Τα δύο κείμενα απαιτούν την άμεση παύση των διώξεων κατά του κοσμήτορα και την παύση των διώξεων των καλλιτεχνών Nédia Jelassi και Mohamed Ben Slama, οι οποίοι κατηγορούνται κυρίως από ακραίους θρησκόληπτους στο όνομα της «βλασφημίας προς τα θεία».
 
Στην Ευρώπη, το Μανιφέστο Αλληλεγγύης προς τον καθηγητή Habib Kazdaghli και τους Τυνήσιους πανεπιστημιακούς, πρωτοβουλία του Καθηγητή Robert Zitoun, συγκέντρωσε πάνω από 1.800 υπογραφές, μεταξύ των οποίων εκείνες των Albert Jacquard, Alex Kahn, Claude Hagège, Edgard Morin, Fethi Ben Slama, Mustapha Tlili κ.ά.
 
Η αντιπροσωπεία της Διεθνούς Οργάνωσης Scholars at Risk, που επισκέφθηκε την Τυνησία τον Ιούνιο 2012, έστειλε στις 23 Οκτωβρίου Επιστολή Διαμαρτυρίας στους Υπουργούς Ανώτατης Εκπαίδευσης και Δικαιοσύνης. Τους προσκαλεί «να επέμβουν για να σταματήσει η δίωξη εναντίον του κοσμήτορα Habib Kazdaghli» ή κατ’ ελάχιστον ότι «η υπόθεση θα διευθετηθεί σύμφωνα με τα διεθνώς παραδεκτά κριτήρια τα οποία εγγυάται η «Παγκόσμια Διακήρυξη των Ανθρώπινων Δικαιωμάτων» καθώς και της Συμβάσεως των Κοινωνικών και Πολιτικών Δικαιωμάτων τις οποίες έχει επικυρώσει η Τυνησία. Επαναλαμβάνει ακόμη στο μήνυμα το αίτημα προς τις τυνησιακές αρχές ώστε να σταλεί στο κοινό ένα ξεκάθαρο μήνυμα ότι το τυνησιακό κράτος θα προστατεύσει τις πανεπιστημιακές διοικήσεις και το προσωπικό και ότι ταυτόχρονα θα προστατεύσει τον χώρο της κριτικής και έκφρασης, διδασκαλίας, έρευνας και δημοσίευσης από τις οποθενδήποτε προερχόμενες απειλές».

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Motion de soutien à Habib Kazdaghli

(conseil d’administration de l’Université de Toulouse2-Le Mirail, 13/11/2012)

Habib Kazdaghli, doyen de la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanité de la Manouba ( Tunis), doit passer en jugement le 15 novembre, à la suite d’une plainte déposée par des étudiantes.

 Habib Kazdaghli, tout entier dévoué aux intérêts d’une Université tunisienne laïque et démocratique, a dû affronter l’occupation de son Université par les Salafistes entre novembre 2011 et janvier 2012. Il a été plusieurs fois victime d’injures et d’actes violents.

 Habib Kazdaghli a noué des liens très féconds avec l’Université de Toulouse-Le Mirail, notamment avec le laboratoire FRAMESPA où il est chercheur associé. Il bénéficie du soutien de ses collègues de l’Université de la Manouba et des autres universités de Tunisie.

 Le conseil d’administration de l’Université de Toulouse-Le Mirail, qui a déjà voté une motion de soutien à Habib Kazdaghli le 3 juillet 2012, réaffirme sa solidarité envers le doyen de la Faculté de la Manouba et demande aux autorités tunisiennes de préserver les libertés académiques au sein des universités de leur pays et de garantir la sécurité de leurs enseignants dans l’exercice de leur fonction.

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تونس في 13 نوفمبر2012

   نداء للتجمع أمام المحكمة الابتدائية بمنوبة

لمساندة العميد القزدغلي والدفاع عن الحريات العامة والأكادمية

         يمثل الأستاذ حبيب القزدغلي، عميد كلية الآداب والفنون والإنسانيات بمنوبة للمرّة الثالثة أمام المحكمة الإبتدائية  بمنوبة على خلفية تهمة واهية اثر ادعاء  طالبة منقبة تعرضها للتعنيف من قبل العميد بعد أن كانت اقتحمت مكتبه صحبة طالبة ثانية بدون استئذان وقامتا ببعثرة وثائقه الإدارية وتهجّمتا على العميد بألفاظ نابية مما اضطره لمغادرة مكتبه وتقديم شكوى للسلط الأمنية

         وقد كان مثول العميد أمام المحكمة في كلّ مرّة مناسبة لتنظيم تجمع سلمي عبّر خلاله الجامعيون والمثقفون والطلبة ومختلف مكونات المجتمع المدني عن تضامنهم مع العميد ومع كافة الأساتذة والفنانين والصحافيين الّذين تعرّضوا في مناسبات متكرّرة إلى شتّى أنواع الضغوطات والاعتداءات اللّفظية والجسدية من طرف مجموعات سياسية متطرفة تتخذ الدين غطاء لممارسة الإرهاب الفكري والمادي

         وإذ تحيي كل الذين عبروا عن تضامنهم مع العميد سواء بالحضور أمام المحكمة أو عن طريق إصدار بيانات وعرائض مساندة داخل تونس وخارجها،  فإن جمعيات ائتلاف المجتمع المدني الممضية على هذا النداء تستنكر في نفس الوقت ما اتسمت به مواقف السلط وخاصة وزارات التعليم العالي /الثقافة /الداخلية من لا مبالاة حتى بدت أحيانا وكأنها تخلط بين المعتدي والمعتدى عليه

         وإذ تجدد هذه الجمعيات شجبها لجميع مظاهر التعصّب والعنف اللفظي والمادي وتمسكها بضرورة احترام الحريات العامة والفردية والأكادمية فإنّها تدعو كل مكونات المجتمع المدني والأحزاب والنقابات والشخصيات إلى مواصلة اليقظة والتجند والتعبير من جديد على تضامنهم مع العميد حبيب القزدغلي والجامعيين وذلك بالمشاركة في التجمّع الذي سينتظم يوم الخميس 15 2 نوفمبر 2012  أمام المحكمة الابتدائية بمنوبة على الساعة التاسعة صباحا أو في موعد لاحق إذا كان يوم 15 نوفمبر يوم عطلة رأـس السنة الهجرية

إلإمضاءات 

Association Tunisienne pour la défense des valeurs universitaires

Observatoire des Libertés académiques (FGESRS)

Forum universitaire tunisien

Syndicat des artistes plasticiens

Association Manifeste du 20 mars pour le développement et la démocratie

Association Femmes et Dignité Initiative citoyenne

association tunisienne pour la citoyenneté

Association tunisienne de défense des libertés individuelles

Association de la citoyenneté et de la démocratie à Hammam Ghezaz

Association Touensa

Association bizertine pour le cinéma

Association Tunisienne pour le droit à la différence

Association Tunisienne pour la Transparence dans l’énergie et les Mines

Association Tunisienne des anciens prisonniers d’opinion

Notre enseignement

L’Observatoire des Libertés et des Politiques culturelles

Association Libertés- Dignité -égalité Hakam

L’Association Tunisienne Egalité et Parité

Doustourouna

Citoyenneté et Communication

Kolna Tounés

Vigilance et Egalité des chances

Centre de Tunis pour la Liberté de Presse

Ligue Tunisienne des Juristes

Ligue Tunisienne des Droits de l’homme

Association Tunisienne des Femmes Démocrates

LTADO

Lam Echaml

Conseil National pour les Libertés de Tunisie

Association UTIL

Conseil national indépendant pour l’information et la communication

Association des Femmes Tunisiennes pour la Recherche et le Développement

Coalition Femmes Tunisiennes pour la Citoyenneté et l’Egalité

Section Tunisienne d’Amnesty International

Comité de défense des valeurs universitaires, de l’autonomie institutionnelle, des libertés académiques et de soutien à la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba

L’Association Tunisienne contre la Torture

Union Générale Tunisienne du Travail

Union Nationale de la Femme

Association de protection du Littoral Bordj Cedria

Mémoire de la Terre de Tunisie

Centre de Tunis pour la Justice transitionnelle

Association Tunisienne pour l’Action citoyenne

Association des avocates indépendantes

Association tunisienne pour le soutien des minorités

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Solidaritätserklärung mit Prof. Kazdaghli und den tunesischen Hochschullehrern

Wir Hochschullehrer, Intellektuelle, Wissenschaftler und Künstler, unterstützen hiermit die tunesischen Intellektuellen, die sich für die Verteidigung der garantierten Grundrechte auf Freiheit von Forschung und Lehre an den Hochschulen ihres Landes einsetzen.

Wir teilen ihre Sorge und sind beunruhigt über den Druck, die Provokationen und die Einschüchterungen, denen Hochschullehrerinnen und Hochschullehrer bei ihrer Arbeit und Künstler bei der Ausstellung ihrer Werke ausgesetzt sind.

Wir waren bestürzt, als wir erfuhren, dass gegen Prof. Dr. Habib Kazdaghli, Dekan der philologischen Fakultät der Universität Manouba/Tunis, gerichtlich vorgegangen wird, und dass ihm eine hohe Gefängnisstrafe droht. Ihm wird vorgeworfen, eine Studentin angegriffen zu haben, obwohl er derjenige war, der das Opfer von Aggressionen war, die elementare Verhaltensregeln gegenüber einem Hochschullehrer und Dekan verletzen. Diese Fakten werden von vielen Zeugen bestätigt.

Wir drücken unsere uneingeschränkte Solidarität mit allen Hochschullehrern, Intellektuellen und Künstlern aus, die die Werte der Wissenschaften, des Humanismus und der Freiheit der Künste mit Nachdruck und Mut verteidigen. Die Freiheit der Lehre, der Forschung und des künstlerischen Schaffens ist eine unabdingbare Voraussetzung für ein von jeglichem politischen und ideologischen Druck befreites universitäres und künstlerisches Leben und stellt einen universell anerkannten Wert dar. Auf diese Freiheit gibt es keinen Verzicht, will man eine friedvolle Entwicklung und den Fortschritt der tunesischen Gesellschaft.

Erstunterzeichner/innen

  • Dr. Gisela Baumgratz-Gangl, Prof. i. R. Fachhochschule Fulda
  • Dr. Christine Brückner, Professorin für Erziehungswissenschaften i. R., FH München
  • Dr. Ulrike Freitag, Professorin für Islamwissenschaft, Freie Universität Berlin Direktorin des Zentrums Moderner Orient, Berlin
  • Dr. Martina Haedrich, Professorin für Völkerrecht, Universität Jena
  • Dr. Günter Meyer, Universität Mainz
  • Dr. Rachid, Ouaissa, Professor für Politikwissenschaft, Centrum Nah- und Mittelost-Studien, Universität Marburg
  • Dr. Werner Ruf, Professor für Politikwissenschaft i. R., Universität Kassel
  • Dr. Oliver Schlumberger, Professor für Politikwissenschaft, Universität Tübingen
  • Dr. Udo Steinbach, Professor für Islamwissenschaft, Berlin/Universität Viadrina, Frankfurt/Oder

Ich unterzeichne die Solidaritätserklärung mit Prof. Kazdaghli und den tunesischen Hochschullehrerinnen und Hochschullehrern
Name / Vorname / Titel/Funktion

Bitte hier einsenden: werner_ruf@gmx.net

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Manifestazioni di solidarietà con Habib Kazdaghli

20 ottobre 2012

Cari Colleghi, cari Amici, 

una delegazione in sostegno della libertà di espressione in Tunisia e di Habib Kazdaghli, il cui processo si terrà a Tunisi il 25 prossimo e di cui le cronache hanno dato notizia, sarà ricevuta lunedi’ 22 ottobre alle ore 10 all’ambasciata di Tunisia a Roma.

 La delegazione, a cui hanno aderito Luigi Goglia, Alessandro Volterra,  Barbara De Poli, Salvatore Speziale e Sonia Gallico, consegnerà la petizione dei colleghi e degli amici italiani che invio alla fine di questo messaggio. Chi volesse sottoscriverla e non ha avuto la possibilità di farlo prima può inviare un messaggio di adesione, fino a domenica 21 pomeriggio, al mio indirizzo di posta elettronica: cresti@unict.it, specificando accanto al nome l’istituto di appartenenza.

La delegazione consegnerà nello stesso tempo la petizione internazionale che già Robert Zittoun ed altri hanno consegnato avant’ieri all’ambasciata di Tunisia a Parigi.

Altre manifestazioni sono in atto o sono previste: i colleghi tedeschi hanno consegnato la petizione ad un membro del parlamento perché la faccia pervenire per vie ufficiali agli organi di governo in Tunisia; una delegazione belga sarà a Tunisi per assistere al processo…

Tutti noi crediamo che la solidarietà internazionale abbia un senso in  una situazione grave come questa.

 Un cordiale saluto

Federico Cresti
*Manifesto di solidarietà con il Professor Kazdaghli e gli universitari tunisini *

Universitari, intellettuali, professionisti delle scienze, delle arti e delle lettere, noi sosteniamo gli intellettuali tunisini impegnati nella difesa delle libertà universitarie del loro paese.

Noi tutti condividiamo la loro inquietudine, e siamo preoccupati per le pressioni, le provocazioni e le intimidazioni nei confronti dei professori universitari nell’esercizio delle loro funzioni, e degli artisti che espongono le loro opere.

Siamo rimasti costernati nell’apprendere che il Professor Habib Kazdaghli, Preside della Facoltà di Arti, Lettere, e Scienze Umane dell’Università di Tunisi-Manouba, è sotto processo e rischia una pesante pena carceraria. È accusato di avere aggredito una studentessa, mentre è lui a essere stato vittima di aggressioni in violazione di ogni norma di condotta nei confronti di un Professore e di un Preside di Università, con violenze confermate dalle numerose testimonianze che ci sono pervenute.

Esprimiamo la nostra piena solidarietà a tutti i professori universitari, gli intellettuali e gli artisti che difendono con forza e coraggio i valori delle scienze, dell’umanesimo, e delle arti. La libertà di ricerca, di insegnamento e di creazione è una condizione necessaria a una vita universitaria e artistica libera da ogni pressione politica o ideologica, e costituisce un valore universalmente riconosciuto. Questa libertà è necessaria allo sviluppo e al progresso della società tunisina, che a questi aspira pacificamente.

Bolletino d’Ateneo

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Magnifique élan de solidarité avec

le Doyen Habib Kazdaghli

Par Habib Mellakh, universitaire, syndicaliste, professeur de littérature française à la FLAHM  (02 novembre 2012).

   Massée devant le Tribunal de première instance de la Manouba, une foule estimée, à un moment où de nombreux manifestants avaient commencé à se retirer, à plus d’un millier de personnes par celui qui sait compter les oiseaux (il se reconnaîtra),mais bien plus nombreuse au plus fort du rassemblement, a tenu à exprimer le 25 octobre dernier, sa solidarité avec le Doyen Habib Kazdaghli et les artistes poursuivis par la justice. Affluant de bonne heure devant le siège du tribunal, les manifestants ne se sont dispersés que vers onze heures, lorsqu’Habib Kazdaghli, libéré par les journalistes tunisiens et étrangers venus très nombreux pour couvrir l’évènement et solliciter ses déclarations à la sortie de l’audience, quittait les lieux. Plusieurs personnalités politiques et syndicales, d’anciens ministres, des députés de l’Assemblée nationale constituante, membres du groupe démocratique, d’éminents représentants de la société civile, du monde de la culture et des arts, des défenseurs emblématiques des droits humains et une délégation de l’Université libre de Bruxelles conduite par le professeur Jean-Philippe Schreiber ont rehaussé de leur prestigieuse présence ce rassemblement historique, mettant en valeur la qualité de la mobilisation. La participation remarquée et remarquable d’Ahmed Ben Salah, dictée non par un quelconque parti pris mais par la conviction de l’innocence du Doyen, a ému l’assistance et semblait, à elle seule, en être l’illustre témoignage.

   C’est d’abord cette conviction et la certitude du caractère éminemment politique du procès et des poursuites engagées contre les artistes d’El Abdellia qui ont poussé autant de femmes et d’hommes, autant d’universitaires, autant de médecins, autant d’artistes, autant d’avocats, autant de jeunes, autant de retraités et de nombreux amis étrangers à soutenir le Doyen de la Manouba. De nombreuses banderoles et pancartes ont mis en évidence soit la nature inique du procès et des poursuites, soit le caractère mensonger d’une histoire cousue de fil blanc et les auteurs des slogans qui y figurent ont exigé, en conséquence, l’acquittement du doyen et le non-lieu pour les artistes. Les plus remarquables étaient celles de l’Union régionale du Travail de la Manouba dont le secrétaire général, Mustapha Medini, présent au rassemblement, a battu le rappel de tous les syndicats de la région.

   Les manifestants étaient également mus par un sentiment de responsabilité civique qui les a incités à exiger le respect des libertés académiques et artistiques et des valeurs universitaires dans d’autres banderoles. Ils craignaient surtout un nouvel épisode d’instrumentalisation de la justice qui serait perçue, dans un contexte caractérisé par le raffermissement de la solidarité nationale et internationale, comme une réplique scandaleuse d’une première manipulation, à l’origine, lors de la première audience, de l’alourdissement des charges retenues contre le Doyen de la FLAHM. Maître Marie Guiraud, déléguée en mission d’observation judiciaire par la Fédération Internationale des Droits de l’homme l’a bien vu : « La FIDH était pour le moins inquiète des messages que pouvait donner ce procès. L’objectif de cette mission était véritablement de vérifier si les principes de base d’un procès équitable seraient respectés dans le cadre de cette affaire. De ce que nous avons pu voir du dossier, cela nous paraissait inquiétant », a-t-elle déclaré à la sortie de l’audience.

   Ce sont ces inquiétudes qui expliquent la présence des missions d’observation et cette affluence record enregistrée à l’occasion du rassemblement malgré le contexte a priori défavorable d’une audience programmée le 25 octobre, jour férié pour les universitaires avec le risque de démobilisation qui aurait pu résulter de ce choix.

   Mais au grand soulagement de ceux qui, après des négociations ardues, ont pu accéder à la salle d’audience, le président du tribunal semble avoir voulu, par sa manière impartiale de conduire l’interrogatoire du Doyen et des deux niqabées qui l’ont agressé, dissiper ces craintes et assurer l’assistance de la détermination de l’appareil judiciaire à défendre l’indépendance de la magistrature,de son souci de garantir la régularité du procès et de respecter les droits de la défense. Une défense qui tient à jouer pleinement son rôle quitte à provoquer une justice qu’elle accuse de ne pas se soucier, dans cette affaire, des intérêts de l’Etat. De ce point de vue, l’un des avocats s’et étonné que le ministère public n’ait pas informé le contentieux de l’Etat des conséquences de la mise à sac du bureau du doyen par les des deux niqabées : dégradation de biens publics et détérioration de documents publics pourtant dûment constatées et de la possibilité de se constituer partie civile.

   De même, les avocats d’Habib Kazdaghli n’ont pas pu digérer l’amère pilule de la concession faite par le Président du Tribunal aux deux jeunes filles pour qu’elles ne se dévoilent le visage que l’espace de quelques secondes. De leur point de vue, ce temps à peine suffisant pour lui permettre de les identifier, a privé la défense ainsi que l’accusé, les autres juges, le représentant du ministère public et le greffier du droit légitime des parties prenantes du procès à mettre des visages sur les noms. Ils estiment, avec de nombreux observateurs, que cette concession est une grave entorse aux règles de la procédure judiciaire et surtout aux droits de l’accusé. Cet épisode exacerbera sans doute la controverse autour du port du niqab dans les espaces publics.

   Mais ces ratés – s’ils n’ont pas dissipé le malaise ressenti par plusieurs amis d’Habib Kazdaghli – n’ont pas réussi à altérer l’impression majeure, plutôt favorable, qui s’est dégagé du déroulement de l’audience et que Pierre Galand, président de la Fédération humaniste européenne et membre de la délégation de l’Université Libre de Bruxelles exprime dans des termes qui révèlent son soulagement de voir réunies les conditions d’un procès équitable grâce à la volonté conjuguée de l’appareil judiciaire et de la société civile : « J’ai pu assister au procès sans encombre et sans difficulté. C’est quand même un signal positif qu’il faut enregistrer. Le fait que le plaignant, le Doyen, puisse avoir autour de lui une défense de 30 avocats, le fait qu’il puisse avoir autour de lui nombre d’enseignants pour témoigner de leur solidarité avec la cause du Doyen, cela me paraît des signaux extrêmement importants et intéressants. Le fait que cette défense est unie aussi, cela témoigne qu’il y a dans cette société un ensemble de mouvements qui se font et qui se structurent, une société en pleine évolution et structuration. Je suis plutôt très positivement impressionné ».

   Maître Marie Guiraud refroidit quelque peu l’enthousiasme de Pierre Galand et de ceux à qui la tournure positive prise par le procès inspire beaucoup d’optimisme : « Je ne dirai pas qu’on est rassuré puisque finalement il ne s’agissait que d’une simple audience de procédure. Nous verrons le 15 novembre si le fait que ces jeunes filles comparaissent également en qualité d’auteurs, éventuellement, peut changer la donne ou non ». Nous attendrons avec l’avocate de la FIDH la confirmation, lors de la prochaine audience, des impressions positives.

   Le procès a été effectivement reporté au 15 novembre pour permettre à chaque camp de se constituer partie civile. Le Doyen Kazdaghli s’en plaint non parce que le report prolonge son calvaire mais parce que le dossier « use l’énergie des universitaires qui sont censés s’occuper d’autres choses en ce moment plus importantes pour le pays», a-t-il affirmé à sa sortie du tribunal. C’est pour cette raison qu’il souhaite voir ce dossier classé le plus tôt possible. Ce voeu ne sera pas exaucé le 15 novembre prochain. Les juges seront comme tous les Tunisiens, en train de célébrer, ce jour-là le nouvel an musulman et le procès sera à nouveau reporté.

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DÉPARTEMENT DES RELATIONS EXTÉRIEURES
Service Communication
Cellule Presse.
Valérie Bombaerts, tel 32 2 650 25 34, 0474 27 00 77, Valerie.Bombaerts@ulb.ac.be

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Bruxelles, le 19 octobre 2012

   COMMUNIQUÉ DE PRESSE
Tunis : Mission de soutien au professeur Habib Kazdaghli et à la liberté d’enseignement, de recherche et de création, menée à l’initiative de l’ULB

Le 25 octobre prochain, le professeur Habib Kazdaghli, doyen de la Faculté des Arts, des Lettres, et des Humanités de l’Université de Tunis-La Manouba, répondra devant le tribunal de Première Instance de La Manouba d’actes de violence commis par un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions. Il risque cinq ans de prison. Cette accusation injuste n’est que le dernier épisode d’une longue série qui a vu le professeur Kazdaghli être victime d’agressions et de menaces violant toute norme de conduite à l’égard d’un membre du personnel académique, et ce à l’initiative de la mouvance salafiste tunisienne.

Les événements qui frappent depuis un an l’Université de Tunis-La Manouba sont en réalité le symptôme aigu du revers de la médaille de la révolution tunisienne : les pressions, les provocations et les intimidations qui s’exercent à l’encontre d’universitaires dans l’exercice de leur fonction, et ce alors que des hommes et des femmes du monde culturel tunisien sont eux aussi soumis aux mêmes menaces dans l’expression de leur activité artistique, constituent autant d’atteintes aux libertés promises par la révolution du 14 janvier 2011. Ils relèvent d’une politique concertée, dont l’objectif est d’imposer par la violence et par un climat de peur l’autoritarisme et la prévalence des normes religieuses.

Il y a un mois, le conseil d’administration de l’Université libre de Bruxelles a exprimé sa solidarité avec les universitaires tunisiens qui défendent avec force et courage les valeurs universelles qui sont au fondement de l’enseignement et de la recherche scientifique, et a apporté son soutien le plus ferme aux intellectuels tunisiens engagés dans la défense des libertés académiques dans leur pays.

Afin de marquer davantage encore son soutien au doyen Kazdaghli et à la liberté d’enseignement, de recherche et de création, une délégation menée par le secrétaire perpétuel de l’Académie royale de Belgique se rendra le 25 octobre prochain à Tunis pour assister au procès de Habib Kazdaghli. Outre le secrétaire perpétuel Hervé Hasquin, cette délégation comprendra la vice-rectrice à la politique académique de l’ULB Annemie Schaus, le président de la Fédération humaniste européenne Pierre Galand, l’avocate pénaliste Michèle Hirsch et le professeur Jean-Philippe Schreiber (ULB).

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Le 24 octobre 2012 :

Cher-e-s camarades et collègues,
Vous aurez pu vous rendre compte que je n’aime pas imposer mes choix aux autres lorsque je sais qu’ils peuvent ne pas être partagés. Je ne veux pas non plus outrepasser ma fonction de secrétaire de section du Snesup mais je ne peux rester silencieux et inactif lorsqu’un de nos collègues et ami se trouve pris dans la tourmente.
Habib Kazdaghli est un collègue historien tunisien avec lequel nous avons beaucoup travaillé ces dix dernières années dans le cadre de FRAMESPA et des recherches sur le tourisme au Maghreb depuis l’époque coloniale. Colloques et séminaires ont eu lieu en Tunisie à son initiative de manière extrêmement fructueuse pour tous et pour les travaux menées conjointement. C’est pour moi un cas de collaboration scientifique et humaine de première importance qui continuera à faire référence.
Je ne sais exactement à cette heure ce qui est reproché à Habib mais je suis persuadé qu’il s’agit d’un mauvais procès qui est fait à l’homme, à l’universitaire dans ses fonctions, au chercheur exigeant et intègre, aux valeurs de tolérance, d’intelligence, de liberté, de respect, de dévouement et de partage qu’il a démontrées tout au long de notre collaboration.
On ne peut le laisser juger sans dire à quel point nous avons apprécié son action comme universitaire tunisien et sa contribution scientifique de premier plan dans le cadre international qui était le nôtre. De nombreux collègues de l’Université de Toulouse2-Le Mirail pourront confirmer mon propos bien au-delà de ces quelques lignes. Je souhaite qu’elles parviennent aux instances qui ont accès à son dossier et qu’elles agrègent d’autres soutiens.
Elles sont écrites dans l’urgence mais elles ne sont que le début d’une solidarité universitaire toulousaine dont j’ai le sentiment qu’elle ne fera que croître avec la connaissance du dossier. Nous aimons la Tunisie où j’étais encore en septembre par amitié et empathie. Habib Kazdaghli en est un représentant remarquable, un défenseur efficace, un citoyen qui a porté très haut et très simplement ses valeurs. L’Université tunisienne doit se sentir honorée de le compter parmi ses serviteurs, les Tunisiens aussi. Laissons-le continuer son œuvre en paix et comme il l’entend, ce ne sera que justice.
Merci de prendre connaissance du texte joint et d’agir en conséquence.

Alet VALERO
Professeur à l’Université de Toulouse2-Le Mirail
Directeur des cours de Burgos "Mérimée-De Sebastian"

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Conférence de presse

 

L’Association tunisienne de défense des valeurs universitaires organise, en collaboration avec d’autres associations et instances concernées par l’Université, une conférence de presse, le mercredi 24 octobre 2012 à 11 heures au siège de la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme sise au 54 avenue Habib Bourguiba (Studio 38, N° 54 ).

L’objet de la conférence portera sur le procès du Doyen Habib Kazdaghli qui comparaîtra pour la seconde fois le 25 octobre devant le tribunal de première instance de la Manouba et des poursuites engagées contre les artistes d’EL Abdellia. Ils évoqueront aussi au cours de ce point de presse  les violences perpétrées contre les universitaires, les artistes et les journalistes.

 

ندوة صحفية

تنظم الجمعية التونسية للدفاع عن القيم الجامعية بالاشتراك مع جمعيات و هيئات أخرى مهتمة بالشأن الجامعي يوم ألأربعاء 24 أكتوبر2012 على الساعة الحادية عشرة بمقر الرابطة التونسية لحقوق الانسان (54 شارع الحبيب بورقيبة – الطابق الخامس) ندوة صحفية لإعلام الصحافة بموقف  الجمعية فيما يتعلق بمحاكمة العميد حبيب القزدغلي و التتبعات العدلية ضد فناني العبدلية  كما تتطرق الجمعيات  بمناسبة هذه  الندوة الصحفية  إلى العنف المسلط على الجامعيين و الفنانين و الصحفيين

 

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Communiqué de presse, le 18 octobre 2012

Des universitaires manifestent leur solidarité envers le Professeur Kazdaghli

    Pour avoir défendu les libertés universitaires au sein de sa faculté de Lettres, Arts et Sciences humaines de la Manouba, à Tunis, le Professeur Habib Kazdaghli, historien et doyen de la faculté, risque la prison.

   Depuis la rentrée universitaire de 2011, un groupe de salafistes a choisi cette faculté pour imposer la fin de la mixité et l’installation de lieux de prière dans les campus de l’Université tunisienne. Leur stratégie a consisté à mettre en avant quelques jeunes filles porteuses d’un niqab intégral qui ont exigé de suivre les cours et de passer les examens à visage masqué. Le doyen Kazdaghli a rejeté cette demande avec fermeté en s’appuyant sur les décisions du Conseil scientifique de la Faculté.

  Après une année de provocations, intimidations, et voies de fait sur les enseignants, deux étudiantes en niqab ont pénétré le 6 mars dans le bureau du doyen, en l’insultant et jetant ses dossiers à terre. Celui-ci s’est absenté pour appeler la police, et à son retour après plus d’une heure, une étudiante a prétendu avoir été giflée par le doyen, produisant un invraisemblable certificat médical. Celui-ci se retrouve faussement accusé d’agression envers cette étudiante. Il comparaîtra devant le tribunal le 25 octobre et est passible d’une condamnation de 5 ans d’emprisonnement.

  Cette violence envers une institution universitaire, ce risque de voir son doyen emprisonné sur la base d’une plainte évidemment mensongère, a soulevé l’indignation des milieux universitaires en Tunisie et en France. Un manifeste de solidarité lancé par des universitaires français a rassemblé 1500 signatures, principalement de professeurs, et chercheurs, de France, mais aussi de Tunisie, Italie, Allemagne, Espagne, Belgique, Canada et nombreux autres pays. D’éminentes personnalités ont souscrit à ce manifeste, notamment Fethi Benslama, Albert Fert, Claude Hagège, Françoise Héritier, Albert Jacquard, Axel Kahn, Abdelwahab Meddeb, Edgar Morin, Bernard Noël, Didier Sicard, Alain-Gérard Slama, et Mustapha Tlili.

   Ce manifeste souligne que la liberté d’enseignement, de recherche, et de création, condition nécessaire à une vie universitaire dégagée de toute pression politique ou idéologique, constitue une valeur universellement reconnue, et est nécessaire au développement et au progrès de la société tunisienne.

   Une délégation des signataires de ce manifeste a été reçue le 17 octobre par l’Ambassadeur de Tunisie à Paris. Celui-ci a assuré qu’il fera part à son gouvernement de l’émotion soulevée par ces faits dans les milieux universitaires et dans la société civile, avant la comparution du doyen Kazdaghli jeudi prochain au tribunal de Tunis.

  Des démarches comparables sont entreprises par des universitaires allemands, italiens, et belges auprès des ambassades tunisiennes de leurs pays respectifs.

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تونس في 22 جوان 2012 .

 

بلاغ صحفي حول احالة عميد كلية الآداب منوبة أمام المحكمة

يوم الخميس 05 جويلية 2012

 

اجتمع الأعضاء المؤسسون لهيئة الدفاع عن القيم الجامعية والحريات الأكاديمية عشية الجمعة 22 جوان 2012 بمقر الرابطة التونسية للدفاع عن حقوق الانسان وبعد تبادل الأخبار بشأن حملات التكفير التي طالت المبدعين والفنانين التشكيليين والاعتداءات على الأساتذة الجامعيين تم التركيز على مسألة استدعاء الأستاذ حبيب القزدغلي عميد كلية الآداب والفنون والإنسانيات بمنوبة للمثول يوم الخميس 05 جويلية 2012 أمام الحكمة الابتدائية بمنوبة بتهمة الاعتداء بالعنف على طالبة منقبة وبعد النقاش أجمع الحاضرون على اصدار بلاغ للرأي العام يعلنون فيه:

استنكارهم احالة عميد كلية منتخب امام المحكمة بصفة متهم بعد أن تم الاعتداء عليه وهو بحالة أدائه لوظيفته كعميد واقتحام مكتبه دون استئذان من طرف فتاتين منقبتين قامتا ببعثرة أثاثه ومحاولة اتلاف وثائقه مثلما عاين ذلك السيد وكيل الجمهورية لدى المحكمة الابتدائية بمنوبة الذي حل عشية ذلك اليوم بمكتب العميد وسط أجواء مشحونة من التضليل والعنف وقذف مكتب العميد بالحجارة وهي أعمال مهدت الى الاعتداء من الغد على العلم التونسي من طرف مجموعات دينية متشددة لا علاقة لها بالجامعة.

دعمهم ووقوفهم الى جانب عميد كلية الآداب بمنوبة وأعضاء مجلسها العلمي وكافة أساتذتها وموظفيها وطلبتها ويهنئونهم لتوفقهم في انقاذ سنة جامعية كانت مهددة في أكثر من مناسبة و انجاز دورتي امتحانات أخر السنة بهدوء وسلام بعد أن تم تطبيق القوانين الجامعية وفرض احترام الضوابط الأكاديمية المعمول بها عالميا.

حرصهم على ضرورة التنسيق مع الجامعة العامة للتعليم العالي والبحث العلمي والرابطة التونسية للدفاع عن حقوق الانسان وكافة الجمعيات المنضوية في تنسيقية الدفاع عن الابداع والحريات من أجل تكليف محامين للدفاع عن العميد وتنظيم لقاء اعلامي قبل المحاكمة.

يجددون مطالبتهم سلطة الاشراف بضرورة تحمل مسؤولياتها كاملة في ضمان أمن المؤسسات الجامعية والالتزام بالحماية الجسدية والمعنوية للجامعيين وتطبيق القانون على كل من هددوا أمن الأشخاص وانتهكوا حرمة موظفين كانوا بصدد أدائهم لواجباتهم.

يعلنون تجندهم للحضور يوم الخميس 05 جويلية 2012 في المحكمة الابتدائية بمنوبة للتعبير عن تضامنهم مع العميد حبيب القزدغلي وكافة أساتذة وطلبة كلية الآداب والفنون والإنسانيات بمنوبة الذين استبسلوا جميعا منذ شهر نوفمبر الماضي في الدفاع عن حرمة الجامعة التونسية وقيمها الخالدة لتبقى على الدوام مصدر اشعاع علمي يجدد المعرفة ويعمل من أجل تـونس مزدهرة وعصرية.

 

عن لجنة الدفاع عن القيم الجامعية

الأستاذة رابعة عبد الكافي


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 Tunis, le 22 juin 2012

Communiqué de presse relatif à la mise en examen du Doyen de la Faculté des lettres de la Manouba,

le jeudi 5 juillet 2012

Les membres fondateurs du Comité de défense des valeurs universitaires, de l’autonomie institutionnelle et des libertés académiques se sont réunis le vendredi 22 juin au siège de la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH). Après avoir discuté des campagnes de « takfir », dont les acteurs et les créateurs sont la cible, et des différentes agressions contre les universitaires, ils ont examiné de façon particulière la question de la mise en examen de M. Habib Kazdaghli, doyen de la Faculté des lettres, des arts et des humanités de la Manouba qui, accusé d’avoir agressé une étudiante portant le « niqab », doit, en effet, comparaitre devant le Tribunal de première instance de la Mannouba, le 5 juillet 2012, à 9h.

Face à cette regrettable situation, le Comité de défense des valeurs universitaires, de l’autonomie institutionnelle et des libertés académiques a décidé d’alerter l’opinion publique et d’exprimer :

-Son refus de la mise en examen du Doyen élu de la Faculté de la Mannouba, qui est non pas le coupable mais la victime d’une agression alors qu’il accomplissait son devoir. Deux étudiantes portant le « niqab » se sont, en effet, introduites dans son bureau, en ont endommagé le mobilier. Elles ont dispersé les documents et tenté de détruire les dossiers qui s’y trouvaient. Ces infractions ont été constatées par le Procureur de la République auprès du Tribunal de première instance de La Mannouba, l’après-midi du 6 mars 2012. Ce même jour, le bureau du Doyen avait été la cible de plusieurs jets de pierres. L’atmosphère était très tendue à la Faculté de la Mannouba, elle allait encore s’assombrir jusqu’à aboutir, le lendemain, à la profanation du drapeau tunisien.

-Sa solidarité au Doyen de la Faculté de la Manouba, aux membres du Conseil scientifique, aux enseignants, aux fonctionnaires et aux étudiants, dont la vigilance et la mobilisation toujours vivaces ont permis de sauver tant l’université que l’année universitaire qui a été, à maintes reprises, sérieusement menacée.

-La nécessité de collaborer avec le Syndicat général de l’enseignement supérieur, la Ligue tunisienne des droits de l’homme et les associations. Leur concours permettra d’assurer la défense du Doyen et l’organisation préalable d’une conférence de presse.

-Son appel réitéré à l’autorité de tutelle afin qu’elle assume ses responsabilités administratives en assurant la sécurité des institutions universitaires et en protégeant les enseignants, les étudiants et le personnel administratif des agressions physiques et morales.

-Sa mobilisation et sa présence, le jeudi 5 juillet 2012, à partir de 9h, auprès du Doyen Habib Kazdaghli, lors de l’audience qui se tiendra au Tribunal de première instance de La Mannouba

 Pour le Comité

Rabaâ Abdelkéfi

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Tunis, June 22, 2012

 Press communiqué relative to the examination of the Dean of the Faculty of Letters of la Manouba

on Thursday July 5, 2012

 

The founding members of the Committee for the defense of university values , institutional autonomy and academic freedoms gathered on Friday, June 22 at the headquarters of the Tunisian Human Rights League (LTDH).

After discussing the various “takfir” (excommunication) campaigns targeting actors and creators, as well as the different aggressions against academics, they closely examined the examination of M. Habib Kazdaghli, Dean of the Faculty of Letters, Arts and Humanities of la Manouba, who is accused who having aggressed a female student wearing the “niqab” (full face Islamic veil) and who will appear before the first instance court of la Manouba on July 5, at 9am.

Faced with this regrettable situation, the Committee for the defense of university values, institutional autonomy and academic freedoms has decided to alert public opinion and to express:

1) Its refusal of the examination of the elected Dean of the Faculty of Letters of la Manouba who is not the guilty party but the victim of an aggression while exercising his duties. Two female students wearing the “niqab” did effectively enter his office and proceeded to destroy the furniture, and to scatter and destroy the documents lying on his desk. These infractions were duly witnessed by the prosecutor at the Manouba first instance tribunal on March 6, 2012. The same day, the Dean’s office was the target of several stone throws. The atmosphere which was already very tense that day would worsen the following day when the Tunisian flag was desecrated by a Salafist.

2) Its solidarity with the Dean of the Faculty of Letters of la Manouba , the members of the scientific council, the teachers, the civil servants and the students whose ever present vigilance and mobilization enabled to save the university, as well as the academic year which was seriously threatened on many occasions.

3) The need to work together with the general higher education union, the Tunisian league of human rights and the various associations . Their help will

allow us to ensure the defense of the Dean and the prior organization of a press conference.

4) Its repeated call to the Ministry of Higher Education and Scientific Research to assume its administrative responsibilities, ensure the security of academic institutions while protecting students and administrative staff from physical and moral aggressions.

5) Its mobilization and presence on Thursday, July 5 as of 9 am alongside Dean Habib Kazdaghli during the hearing which be held at the Manouba first instance tribunal.

 For the Committee,

Rabaa Abdelkefi

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Lettre ouverte au président Marzouki, par le Professeur André Nouschi : Grand ami de la Tunisie et un des fondateurs de l’Université de Tunis.

                            Nice le 26 avril 2012 

Monsieur le Président,

    J’ai hésité longtemps à vous écrire, mais il est un moment où le silence devient inacceptable. Je suis attaché à la Tunisie et surtout à l’Université de Tunis que j’ai créée  en 1959 dans le cadre de la coopération entre la France et la Tunisie, dans les débuts de la République Tunisienne. J’ai eu l’honneur d’être reçu à différentes reprises par feu le Président Bourguiba, notamment après la crise terrible de Bizerte en 1961 que j’ai contribué à résoudre avec quelques collègues courageux. Je suis intervenu aussi quand plusieurs de mes étudiants avaient été arrêtés sur ordre de quelques irresponsables politiques. Devant notre détermination,le ministre d’alors Mr Messa’adi a ordonné leur libération. Et je m’en suis félicité avec les collègues qui m’avaient suivi .

  Aujourd’hui, l’affaire est grave, elle met en danger l’avenir politique de la Tunisie. Je me suis félicité l’an dernier quand les Tunisiens ont obligé Ben ‘Ali à fuir avec sa famille. Mes amis Tunisiens et nous ici nous nous en sommes félicités. Nous espérions que les Tunisiens retrouveraient le chemin de la démocratie,d’une démocratie reposant sur le respect des textes ,des lois ,des règlements en usage , des hommes et surtout des femmes .

 Aujourd’hui et depuis le mois d’octobre, mes collègues de la Manouba sont soumis à l’action menée par une poignée d’irresponsables qui se nomment « salafistes » et qui ignorent les règles élémentaires de l’Islam authentique. Ils dévergondent cet Islam dans lequel les Tunisiens ont vécu jusqu’ici  et le rendent odieux.

  Il n’est pas acceptable que les Ministres chargés de l’enseignement supérieur et de l’Intérieur  ignorent le trouble à l’ordre public que ces « étudiants masqués » font régner. Que diriez vous si une ou plusieurs de vos collaboratrices arrivaient masquées dans votre bureau ? Elles auraient été arrêtées par les policiers et les soldats qui gardent le palais présidentiel. Ce qui vaut pour votre palais et vous-même vaut aussi pour la Faculté des Lettres de Manouba et mes collègues, doyen en tête.

   Monsieur le président, comme dans toutes les universités du Monde, cet établissement public doit être protégé sécurisé à l’intérieur de son enceinte par un corps de vigiles dépendant uniquement du doyen. Le Ministre de l’Intérieur et celui de l’enseignement supérieur doivent respecter les lois et l’ordre public. Ils doivent secourir l’institution lorsque le doyen appelle la police à son secours.

   Vous perdrez à ne pas user de la loi dont vous êtes le gardien. Vous risquez de voir des forces extérieures à la loi agir à votre place et imposer un régime à la Ben ‘ali aux Tunisiens. Vous jouez avec le feu en laissant faire les salafistes. La démocratie ne se partage pas dans ses principes. Elle se défend contre ses ennemis. Il y va de l’avenir politique de la Tunisie et de sa crédibilité à l’échelle internationale. Le courage est d’affronter la crise et non de l’ignorer. Avez vous pensé aux conséquences de cette crise sur l’économie de la Tunisie ? 

 Croyez à ma meilleure considération .

 André Nouschi

Professeur honoraire de l’Université

Fondateur et Enseignant à l’Université de Tunis (1959 à 1964)   

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لجنة الدّفاع عن القيم الجامعيّة واستقلالية المؤسّسات والحرّيات الأكاديميّة ومساندة كليّة الآداب و الفنون و الإنسانيات بمنوبة

تونس في 21 ماي 2012

نداء من أجل الدفاع على منظومة تربوية واحدة في خدمة شعب واحد 

 

إثر الإعلان عن اتفاق تم امضاؤه يوم السبت 12 ماي 2012 برحاب جامع الزيتونة بين وزير التربية و وزير التعليم العالي و البحث العلمي ووزير الشؤون الدينية، من جهة، و المسؤول عن التعليم الزيتوني من جهة أخرى، و بحضور رئيس حركة النهضة و جمع من الدعاة و الشيوخ و النشطاء السياسيين، و الذي ينصّ على ما سمي ب"رجوع التعليم الزيتوني الأصلي

* تستغرب لجنة الدّفاع عن القيم الجامعيّة واستقلالية المؤسّسات والحرّيات الأكاديميّة ومساندة كليّة الآداب

 و الفنون و الإنسانيات بمنوبة صدور قرار بمثل هذه الأهميّة الوطنية في غياب استشارة وطنية واسعة ودون تشريك المؤسسات الرسمية وخاصة منها المجلس الوطني التأسيسي ونقابات التعليم وأهل الذكر من الأسرة التربوية وممثلي المجتمع المدني وسائر الأحزاب السياسية دون إقصاء .

* تعتبر أنّ هذا القرار الأحاديّ الجانب يمثل بادرة غير قانونية وغير ديمقراطية، تستهدف خرق المبادئ التي تأسّس عليها التعليم الجمهوري الوطني الذي سعى منذ نصف قرن إلى توحيد صفّ التونسيين  وقام أساسا على برامج ومناهج تعليمية و قوانين و هياكل توحد بين التعليم العمومي و التعليم الخاص.

* تؤكد أن ارساء منظومة تربوية موازية مستقلة عن المنظومة التربوية الوطنية ، ذات مرجعية عقائدية و مذهبية و دون إجماع وطنيّ ، لا يمكن إلا أن يقسّم المجتمع ويزرع الفتنة بين التونسيين وأن يساهم في تغذية النزاعات المذهبية  والإيديولوجية  في وقت تقتضي فيه لحظة الحاضر ورهانات الحضارة والمستقبل رص الصفوف و الاعتماد على العقل كقاسم مشترك بين كافّة البشر.

* تحذّر من مغبة الخروج عن النمط التعليمي الذي يحظى منذ نصف قرن بموافقة كل فئات الشعب التونسي و الذي يضمن الحفاظ على مقومات الهوية التونسية بكلّ أبعادها العربية الإسلامية والمتوسطية و الإفريقية وعلى إشعاع تونس و إسهاماتها في الحضارة الإنسانية على مدى العصور و انصهارها في المسار الانساني على درب الرقي و التقدم و التلاقح ببن الحضارات.

* تعتبراللجنة أن استعادة نظام تربوي ما فتئ الطلبة الزيتونيون أنفسهم يطالبون بتعصيره طيلة النصف الأول من القرن العشرين لن يمكّن من تفادي النقائص التي يشكو منها التعليم التونسي بقدر ما يساهم في تفاقمها ، في ظرف يقتضي السعي الجدّي من أجل أن تسترجع البلاد التونسية المرتبة المتقدّمة التي فقدتها خلال السنوات الأخيرة في الترتيب العالمي للجامعات، وذلك بحكم تتالي السياسات التربوية المرتجلة .  

* وإذ تؤكد على ضرورة الخوض في إصلاح شامل للمنظومة التربوية التي بادرت بها وزارة التربية ذاتها حين عقدت أخيرا ندوة وطنية في الغرض، فان اللجنة ترى من الواجب الوطني الحفاظ على المكتسبات التعليمية التي   مكّنت بلادنا، رغم النقائص، من مواجهة تحديات العصر بكل اقتدار و من دفع عجلة التنمية في كافة الميادين.

*  تدعواللجنة إلى مواصلة الاستشارة التي انطلقت فيها وزارة التربية  مع توسيع رقعتها الى مجال التعليم العالي و مختلف مؤسسات المجتمع المدني و تنادي بفتح حوار وطني على أساس تدعيم و تطوير النظام التربوي الجمهوري.  

* تناشد اللجنة كافة التونسيين من أولياء و تلاميذ و طلبة و مدرسين و نقابيين و ناشطين قي المجتمع المدني

 وفاعلين سياسيين للتصدي لكل التوجهات و التمشيات التي تهدد ببث التفرقة بين التونسيين و تدعو في هذا السياق الى بعث  "هيئة وطنية للدفاع عن وحدة المنظومة التربوية الجمهورية" من أجل الحفاظ على مكتسباتنا التربوية.

عن اللجنة

حبيب الملاخ

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الأيام الثقافية لكلية الآداب والفنون والإنسانيات بمنوبة

بالتعاون مع الجمعية الثقافية : الثقة والحقيقة

أيام 2-3-4- و5 ماي 2012

(شعر- موسيقى- مسرح- سينما)

 البرنامج

الأربعاء  2  ماي  2012 

 (بداية من الساعة الثانية بعد الزوال)

-                                 افتتاح معرض الرسوم التشكيلية.

-                                 إبداعات للرسام مراد الحرباوي.

 قراءات شعرية لطلبة الكلية وأساتذتها (تنسيق الأستاذة حسناء التواتي والأستاذ محمد بالطيب).

(ضيف الشرف الشاعر الأستاذ منصف الوهايبي)

نحت الذاكرة للفنانة منى بلهادي.

 

الخميس 3 ماي 2012

(بداية من الساعة الثانية بعد الزوال)

مولد النسيان تعبير فني لفرقة تازركة المسرحية انطلاقا من نص الأديب محمود المسعدي.

مساءلة بورقيبة للفنان محمد رجاء فرحات.

عرض صور: لوحات تونسية  للفنان حميد الدين بوعلي.

قراءات شعرية لطلبة الكلية وأساتذتها (الجزء الثاني )  ضيف الشرف الصغير أولاد أحمد.

الجمعة 4 ماي 2012

(بداية من الساعة الثانية بعد الزوال)

عرض " نفس" علياء السلامي صحبة فرقتها.

فرقة أجراس بقيادة الفنان عادل بوعلاق.

قراءات شعرية (سليم ساسي – زكية ضيفاوي – جليدي لعويني)

الفنانة آمال الحمروني صحبة فرقة عيون الكلام.

السبت 5 ماي 2012

(بداية من الساعة الثانية بعد الزوال)

سينما وثائقية : من وحي الثورة التونسية

"تونس تنتخب" شريط وثائقي لهشام بن عمار يشفع بنقاش بحضور المخرج وكذلك السيد كمال الجندوبي.

قراءات شعرية لجمال الصليعي وبلقاسم عبد اللطيف.

عرض شريطين وثائقيين لصالح جدي : حاتم بالطاهر شهيد الكرامة – الحامة ، جانفي 2011 .

نوبة – جاز فرقة شباب المحرس .

                   العميد

           الحبيب القزدغلي

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 Conférence de Presse

Vous êtes cordialement invité à une conférence de presse

le 25 avril 2012 à 12h30 qui aura lieu à La Faculté de la Manouba

(Salle Hassen Husni Abdelwahab) et qui portera sur

 La première édition des

 JOURNÉES CULTURELLES DE LA MANOUBA

Les 2-3-4 et 5 mai 2012

Théâtre, Poésie, Peinture, Musique, Chant,

 Cinéma, Expression libre et Débats

Les journées seront présentées par

M. Habib Kazdaghli, Doyen de la Faculté des Lettres de la Manouba

M. Abdallah Bejaoui, Président de l’Association Confiance&Vérité

Elles seront organisées par la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba en partenariat avec L’association

 VERITE et CONFIANCE

Un dossier d’information sera mis à la disposition des participants à cette conférence de presse

 Pour de plus amples renseignements, veuillez prendre contact avec:

Mme Latifa Khairi au 55 674 246 ou sur FB

https://www.facebook.com/events/281160595305110/


دعوة لندوة صحفية

يتشرف الحبيب القزدغلي عميد كلية الآداب والفنون والإنسانيات بمنوبة والسيد عبداللة البجاوي رئيس الجمعية الثقافية "الحقيقة والثقة" بدعوتكم لحضور الندوة الصحفية التي يعقدانها يوم الاربعاء 25 أفريل 2012 على الساعة الثانية عشر والنصف بعد الزوال بقاعة الاجتماعات حسن حسني عبد الوهاب والتي سيتم خلالها عرض الخطوط الكبرى لبرنامج الدورة الأولى للأيام الثقافية التي ستحتضنها الكلية أيام 2، 3 ، 4 و 5 ماي 2012 .

سيتم توزيع ملفات على الحاضرينتتضمن معلومات مفصلة عن البرنامج ولمزيد المعلومات يمكن الاتصال بالسيدة لطيفة خيري على الرقم :

 55 674 246 أو على الفايسبوك

https://www.facebook.com/events/281160595305110/

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Nouvelles de la Faculté des Lettres de la Manouba

(Tunis, le 18 avril 2012)

      Reprise des cours et des négociations à la Faculté de la Manouba

       Les salafistes font toujours ce qu’ils disent. Leur discipline, leur persévérance et leur mobilisation sont impressionnantes et constituent des atouts dans la guerre d’usure qu’ils sont en train de mener pour imposer leurs lois. Ce matin, fidèles et ponctuels au rendez-vous qu’ils se sont donné hier, ils  se sont postés devant l’administration décanale, guettant l’arrivée du doyen. Dès que celui-ci apparaît, ils font de leur corps un barrage humain lui obstruant l’accès à son bureau. Il aura fallu quarante minutes de discussions pour les  convaincre de libérer la voie. Ils l’ont fait moyennant la promesse que le doyen engagerait avec leurs représentants des pourparlers au sujet de leurs revendications qu’ils ont présentées par écrit dans un arabe très approximatif. La salle de prière, le droit des niqabées de se couvrir le visage pendant les cours et les examens, l’annulation des sanctions prononcées par  le conseil de discipline du 2 mars dernier sont les réclamations formulées dans le document présenté au doyen. Ils en ont oublié deux qui figurent sur les affiches placardés sur la portée d’entrée de l’administration décanale : la validation de l’examen des étudiantes qui ont passé les épreuves avec le voile intégral et l’annulation du conseil de discipline qui devait se tenir le 17 mars dernier et qui a été reporté au 28 avril prochain à la demande des avocats d’une dizaine d’étudiants coupables de violences, d’entrave au déroulement des cours, d’entrave à un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions, d’effraction d’une salle de cours, etc.

       Dans le journal de 20 heures de la chaîne première de la Télévision nationale diffusé le mardi 17 avril, le directeur général de l’enseignement supérieur, M. Wahid Gdoura, avait déclaré que la solution au problème ne pouvait se faire que par la voie des négociations et exhorté les étudiants à respecter le règlement intérieur de l’institution et les décisions du conseil de discipline. Cette exhortation, émanant pour la première fois d’un responsable ministériel et dans une apparition publique, a été appréciée par de nombreux enseignants qui y ont vu les prémisses d’une nouvelle position du ministère de l’enseignement supérieur, dont le premier responsable nous avait habitués,  au cours de ses apparitions télévisées et ses interviews aux médias de la place, à tomber à bras raccourcis sur les enseignants de la FLAHM et leur doyen, en leur faisant endosser la responsabilité de la crise.

        Ces énièmes pourparlers qui interviennent après un marathon de négociations avortées pendant la semaine infernale du 28 novembre au 6 décembre 2011 et celles également infructueuses des 2 et 3 janvier 2012, s’annonçaient aussi ardues que les précédentes en raison des logiques antinomiques en présence et du refus des salafistes de reconnaître les lois de l’institution. M. Wahid Gdoura en sait quelque chose, lui qui a été délégué par le ministre pour faire les bons offices pendant les dernières négociations et qui s’est heurté à l’intransigeance des salafistes. De fait, le premier round de ces tractations, qui a duré plus de trois heures, s’est achevé sans résultats palpables. Les représentants des  salafistes ont toutefois promis de revenir à la table des négociations après avoir soumis à leurs camarades les propositions du conseil scientifique. D’après les informations qui ont filtré, la proposition, qui sera soumise par les salafistes à leurs camarades,  permet aux étudiants d’avoir un lieu de prière – ce que l’administration de la FLAHM n’a jamais refusé – moyennant le respect par les salafistes d’une charte qui fixe des règles strictes d’utilisation de ce lieu et la stricte observance des règlements de l’institution et des lois qui régissent la vie universitaire. C’est la solution envisagée lors des dernières tractations. Acceptée par les négociateurs, elle avait été rejetée par leur base.

       Les enseignants réunis en assemblée générale syndicale ont dénoncé les violences salafistes et recommandé la fermeté dans l’application des dispositions réglementaires. Ils se sont déclarés déterminés à sauver l’année universitaire pour «  faire échec aux tentatives de sabotage de ceux qui ont misé sur l’année blanche », selon la formule utilisée par l’un des participants au débat. Ils ont salué l’appel émanant de 130 universitaires, d’intellectuels, d’artistes et de personnalités de la société civile pour la constitution d’un comité de défense des valeurs universitaires et de soutien à la FLAHM. Si vous souscrivez à cet appel, vous pouvez laisser votre nom , prénom , adresse et fonction dans notre boite mail .Merci pour votre soutien : 

valeur.universitaire@gmail.com

Le conseil scientifique, convoqué pour une session ordinaire, a examiné les derniers développements de la situation.  Il a fustigé la recrudescence de la violence et il a recommandé la poursuite des négociations tout en recommandant à la délégation des négociateurs le respect des fondamentaux qui régissent les activités pédagogiques et la vie universitaire.

Habib Mellakh, universitaire, syndicaliste. Département de français, Faculté des Lettres de la Manouba (Tunisie)

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AVIS  D’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE

Le syndicat UGTT de la Faculté de l’enseignement supérieur de Manouba organise une réunion extraordinaire ce mercredi 18 avril 2012 dans la salle Hassan Hosni Abdelwaheb de la Faculté à 12:30 ,faisant suite au barrage des salafistes empêchant le Doyen de la Faculté de rejoindre son bureau :

الاتحاد العام التونسي للشغل

الجامعة العامة للتعليم العالي والبحث العلمي

النقابة الأساسية بكلية الآداب والفنون والانسانيات

                       أ 17 أفريل 2012

 

دعوة لحضور

اجتماع عــام

  

   على إثر ما جذّ اليوم، الثلاثاء 17 أفريل 2012 ، بالكلية من اعتصام الطلبة المتطرّفين مجدّدا بمبنى العمادة ومنعهم السيد العميد دخول مكتبه تدعو هيئة النقابة الأساسية جميع الزملاء لاجتماع عام يوم الأربعاء 18 أفريل 2012  بقاعة حسن حسني عبد الوهاب وذلك على الساعة 12 و30 د. قصد متابعة الوضع وتدارسه واتخاذ ما يلزم من مواقف وقرارات.

 

                                                                الكاتب العام

             خالد النويصر 

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Nouvelles de la Faculté des Lettres de la Manouba

(Tunis, le 17 avril 2012)

L’appel des 130 permettra-t-il à la Faculté de la Manouba de retrouver la stabilité ?

       Le calvaire de la faculté martyre continue. Aujourd’hui, le groupe des étudiants salafistes, qui sévit impunément depuis des mois à la FLAHM, a récidivé plongeant dans la consternation les enseignants, les étudiants et toute la famille de la prestigieuse institution. A trois semaines de la fin des cours et à l’orée d’une semaine qui verra l’organisation des premiers devoirs surveillés sanctionnant les unités de valeurs régies par le système du contrôle continu, les étudiants salafistes ont rompu la trêve annoncée, sur la chaîne Hannibal TV  le vendredi 9 mars au cours de l’émission Ala Attarik,  par leur gourou Abou Iyadh, faisant ainsi revivre le spectre de l’année blanche. Le marionnettiste fulminant contre le doyen et le ministère, tout en concédant une suspension provisoire des hostilités sans en préciser la durée, avait menacé de ses foudres l’institution, lui prédisant des lendemains qui déchantent si les revendications du groupe n’étaient pas satisfaites. Entendez le droit des niqabées à l’accès au cours et aux examens, l’octroi de la salle de prière et l’annulation des sanctions prononcées à l’encontre de leurs camarades par le conseil de discipline, exigence  pour laquelle nous avons payé un lourd tribut  ce mercredi noir du 7 mars où le bilan de la terreur salafiste s’était élevé à cinq étudiants blessés (je n’en avais annoncé que deux dans ma chronique).

      Fidèle une stratégie du renfort à l’efficacité éprouvée pendant les derniers bras de fer,  le groupuscule composé au départ de huit étudiants,  dont certains arboraient un pantalon militaire, léopard sous le qamis afghan, a atteint la vingtaine, dont de nombreux intrus, en début d’après-midi. Nous faisant revivre les évènements du 6 décembre 2011, il a empêché, à nouveau le doyen d’accéder à son administration, lui demandant  vers dix heures et demie de « dégager » après avoir  placardé, sur les panneaux en verre de l’entrée, des affiches rappelant les doléances susmentionnés et ajoutant deux réclamations supplémentaires, d’abord celle de ne pas sanctionner par un zéro l’absence des niqabées pendant les examens du premier semestre, ensuite celle de valider l’examen des étudiantes qui ont passé les épreuves avec le voile intégral. Ces étudiants déchaînés n’ont pas hésité à  bousculer le doyen quand il a essayé d’entrer dans son bureau et ils ont occupé l’administration, donnant au personnel l’occasion de se remémorer l’épisode traumatisant du sit-in de l’hiver dernier qui a duré un mois.

     Choqués, incrédules ou émus jusqu’aux larmes, les enseignants ont spontanément exercé le droit de retrait qui permet, en cas de danger,  dans certains pays où la législation du travail est très évoluée, de ne pas honorer le contrat de travail. Ce retrait a été, contrairement aux informations diffusées par la Télévision Nationale, mal informée, massif  et a entraîné une suspension totale des cours motivée non seulement par le risque encouru mais aussi par la solidarité spontanée avec le doyen.

      Les salafistes ont évacué la faculté après la prière d’El Asr et permis au doyen de rejoindre son bureau. La police n’est pas intervenue pour lever le blocus et évacuer les étudiants malgré la demande écrite faite dans ce sens par le doyen au ministre de l’intérieur, ce qui a donné l’occasion aux sit-ineurs de malmener des enseignants venus régler certaines affaires administratives. Un cameraman bousculé, car filmant l’une de ces scènes, a vu l’objectif de sa caméra atterrir par terre.

     Les membres du groupuscule ont déclaré qu’ils reviendraient le lendemain occuper l’administration. Ces menaces, si elles étaient suivies d’effet, entraîneraient la dégradation de la situation sécuritaire à la faculté. Les syndicats des enseignants ont décidé, pour leur part et en guise de riposte à cette éventualité, d’organiser une assemblée générale syndicale  « pour prendre les mesures appropriées exigées par la situation ».

      Cette escalade dans la violence était prévisible. Elle a été précédée durant la semaine dernière par la perturbation du déroulement normal de certains cours qui ont été annulés parce que les niqabées voulaient y imposer leur présence. L’impunité dont jouit le groupuscule et les menaces d’Abou Yadh la laissaient pressentir.

       Les cent trente signataires de l’appel pour la constitution d’un Comité de défense des valeurs universitaires, de l’autonomie institutionnelle, des libertés académiques et de soutien à la FLAHM, publié aujourd’hui par le quotidien Al Maghrib ne s’y sont pas trompés. Après le rappel des différentes péripéties du bras de fer ayant opposé de nombreuses institutions d’enseignement supérieur aux salafistes, après la mise en exergue des violences salafistes et des tentatives de déstabilisation de ces établissements, et particulièrement celle de la Faculté de la Manouba, choisie «  comme cible privilégiée »par les salafistes  « pour tester la capacité de résistance des établissements d’enseignement supérieur à la violation de leurs lois », à cause « du rôle avant-gardiste qu’elle a toujours joué aussi bien dans la sauvegarde des valeurs universitaires, de l’autonomie institutionnelle et des libertés académiques que dans le développement de la tolérance, de l’esprit critique et  du renouvellement de la recherche », les universitaires, les intellectuels tunisiens et les acteurs de la société civile n’hésitent pas à mettre en garde l’opinion publique contre les périls qui guettent  l’enseignement supérieur et à annoncer des dérapages analogues à celui dont nous avons été les témoins aujourd’hui: « Encouragés par le laxisme du ministre de l’intérieur et de celui de l’enseignement supérieur et libres de déployer toute leur violence, ces salafistes pourraient aller encore plus loin et il n’est pas exclu que l’université compte des victimes à la FLAHM et ailleurs».

 La constitution de ce comité qui comprendra vraisemblablement –et si l’on juge par la liste des premiers signataires – des personnalités de la société civile, des universitaires de renom, des doyens et des recteurs réputés pour leur acharnement dans la défense des valeurs universitaires permettra-t-elle de dissuader les salafistes de poursuivre leur entreprise de déstabilisation de la FLAHM ? Contribuera-t-elle à la sauvegarde des acquis de l’université tunisienne ? Les prochaines semaines nous permettront de faire à ce propos une évaluation correcte de la situation et de la capacité de mobilisation de ce nouveau comité.

Habib Mellakh, Universitaire, syndicaliste.Département de français, Faculté des Lettres de la Manouba (Tunisie)

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Message de soutien d’universitaires et chercheurs à leurs collègues tunisiens .

Les universitaires et chercheurs soussignés, amis de la Tunisie, sont émus par les agressions physiques subies fin novembre et début décembre par des collègues tunisiens dont le doyen de l’Université de la Manouba. Ils sont indignés par les agissements inadmissibles de personnes étrangères à l’Université.

Ils adressent à tous les universitaires tunisiens et en particulier au Conseil Scientifique de la Faculté de la Manouba et à son doyen l’expression de leur soutien dans leur action pour une gestion de l’Université indépendante de toutes pressions politiques ou religieuses .
Adresser vos signatures à :

francine.valensi@noos.fr

ou  marc.fellous@inserm.fr     

ABECASSIS                 Frédéric                    Universitaire                    Lyon                   France
ABOU HAIDAR           Laura                        Universitaire             Saint Etienne           France
ALCAIDE                     Catherine                  Universitaire                                                France
AREND                         Elisabeth                   Universitaire                  Brême            Allemagne
AUTIN                          Jean-Louis               Universitaire                                                France

BAFOUR                      Michel                        Chercheur                                                    France
BAIDA                          Jamaa                        Universitaire                  Rabat                  Maroc
BAKRIM                      Nourreddine             Chercheur                        Paris                   France
BARRAUD LANGE    Virginie                      Universitaire                   Paris                   France
BAUSSANT                 Michèle                      Chercheur                                                   France
BECKOUCHE              Pierre                        Universitaire                   Paris                   France
BELAISCH-SHEMAMA   Francine             Chercheur                       Paris                   France
BEN ABDALLAH        Abdel                         Universitaire               Toulouse               France
BEN LAGHA                Zaïneb                       Universitaire                  Paris                   France
BEN OTHMAN           Dalila                          Chercheur                  Montpellier            France
BENGUESMIA           Mahdia                       Universitaire                   Alger                 Algérie
BENSASSON               Renato                       Chercheur                        Paris                  France
BERBEZIER                Isabelle                      Chercheur                                                   France
BERTHELOT              Jacques                     Universitaire                Toulouse              France
BKOUCHE                   Rudolf                        Universitaire                   Lille                    France
BLAIS                          Marie-Claude            Universitaire                 Rouen                 France
BONIN                         Hubert                       Universitaire                                              France
BONNIN                      Philippe                     Chercheur                                                   France
BORDES-BENAYOUN    Chantal                Chercheur                    Toulouse               France
BORIES-SAWALA     Helga                         Universitaire                                               France
BOUCHARD                Philippe                     Hospitalo-Universitaire                            France
BOURG-HECKLY      Geneviève                 Chercheur                        Paris                  France
BOUSSAGOL              Claude                       Universitaire                                               France
BOUTIN                      Claude                       Universitaire               Toulouse                France
BROYER                      Michèle                     Chercheur                                                    France

CALAME                      Claude                       Chercheur                        Paris                  France
CASSE                          Francine                    Universitaire                                              France
CASSEN                       Bernard                     Universitaire                   Paris                  France
CATTANT                   Julie                           Chercheur                                                   France
CEYTE                          Jacqueline                Universitaire                   Paris                  France
CHAULET                    Rudy                         Universitaire           Franche-Comté       France
CHELLY                       Djamel                      Hospitalo-Universitaire                            France
CHEVALDONNE        François                    Universitaire             Aix-Marseille          France
CHIKH-MHAMED      Sonia                        Chercheur                         Angers              France
CHITOUR                    Marie-Françoise     Universitaire                    Angers              France
COSSARD                     Jacques                    Économiste                                                 France
COSTE                          Didier                       Universitaire                Bordeaux              France

DARMON                     Jean-Pierre              Chercheur                        Paris                  France
DAVID                          Danièle                      Chercheur                        Paris                  France
DEDIEU                        Jean-Pierre              Chercheur                        Lyon                  France
DEGUILHEM              Randi                         Chercheur                                                   France
DELAPLACE               Marie                         Universitaire                    Paris                 France
DESJARDINS              Thierry                     Chercheur                                                   France
DEVERIN                     Yveline                     Universitaire                 Toulouse             France
DIRECHE                     Karima                      Chercheur                                                   France
DONABEDIAN            Patrick                      Universitaire           Aix-Marseille           France
DUGAS                         Guy                           Universitaire            Montpellier              France
DUHART                      Jean                           Chercheur                                                  Canada
DULIOUST                  Emmanuel               Hospitalo-Universitaire   Paris                France

EL HOUSSI                  Leïla                          Universitaire      Padoue:Florence          Italie

FAVARD                       Michel                       Enseignant                   Grignols               France
FAY                               Michèle                     Universitaire                   Paris                 France
FAY                               Gérard                      Universitaire                   Paris                 France
FEKRIJE                      Selimi                         Chercheur                                                 France
FELLOUS                     Marc                          Universitaire                   Paris                France
FELLOUS                    Michèle                      Chercheur                                                 France
FELLOUS                    Arlette                       Chercheur                                                 France
FEUGERE                    Lionel                        Universitaire                    Paris                France
FIBBI                            Rosita                        Universitaire                Lausanne            Suisse
FLEVET                       Yann                          Universitaire                                             France
FLORIN                       Bénédicte                  Universitaire                   Tours                France
FONTAINE                  Jacques                     Universitaire                                             France
FRANVILLE                Jean                           Enseignant                                                France
FREY                            Jean-Pierre               Universitaire                                            France
FRONTISI                   Claude-G.                   Universitaire                                           France

GANA                           Alia                            Chercheur                        Paris                France
GILZMER                   Mechtild                    Universitaire                   Berlin         Allemagne
GIRARD                       Micheline                  Universitaire                                           France
GRIGNON                   Nicole                        Universitaire                                            France
GUERRAND                Patrick                      Enseignant                                               France
GUEZ                            Anne-Marie             Enseignante                     Paris               France

HAGEGE                      Claude                       Universitaire                                           France
HARTOG                     François                    Chercheur                        Paris               France
HUETZ de LEMPS     Xavier                       Chercheur                         Nice               France

JEAN                            Nicole                        Chercheur                                                France
JOUANNET                Pierre                        Hospitalo-Universitaire                        France
JOUDRIER                  Philippe                    Chercheur                                                France

KAHN                           Axel                          Universitaire                                           France
KAMOUN                    Malek                       Universitaire               Philadelphie       USA
KARKAR                      Hassane                   Universitaire                     Paris             France
KCHIKECH                  Mohammed             Enseignant                                              France
KHALFA                      Pierre                        Chercheur                                               France
KLAPISCH-ZUBER   Christiane                 Chercheur                         Paris             France
KOGAN                       Emile                          Universitaire                   Paris              France
KOGAN                       Mireille                      Universitaire                    Paris             France
KORN                          Henri                         Chercheur                         Paris              France
KUNTZ                       Marcel                       Universitaire                                           France

LABROUSSE               Hubert                      Chercheur                        Paris              France
LAFAILLE                   David                        Universitaire              Casablanca         Maroc
LAMECHE                   Khira                         Universitaire                   Paris               France
LAURENS                    Annie-France          Enseignante                                             France
LAVALLEE                  Ivan                          Universitaire                                           France
LAZAR                         Philippe                     Chercheur                                               France
LAZAR                         Dominique                Chercheur                                               France
LE FOL                        Nathalie                    Hospitalo-Universitaire  Paris             France
LE MOUEL                 Anne                          Chercheur                                                France
LEGROS                      Olivier                       Universitaire                   Tours             France
LEVY                           Claude                        Universitaire                                          France
LO SCHIAVO             Lidia                           Universitaire                 Messina           Italie
LOMBARD                  Roland                       Universitaire                                           France
LORETI                       Alessio                       Universitaire                                          France
LUCK                            Jean-Marc               Universitaire             Montpellier         France
LUMBROSO                Bruno                        Hospitalo-Universitaire  Rome           Italie

MAHIOU                     Ahmed                      Chercheur                                                France
MAILLEFERT            Joëlle                         Universitaire                    Paris              France
MALIE                         Jean                           Enseignant                                              France
MARCHESNAY          Michel                       Universitaire                                           France
MARTY                       Christiane                  Chercheur                                               France
MASINI                       Jean                           Universitaire                   Paris              France
MASSIAH                    Gustave                    Universitaire                                          France
MATOUSSI                 Anis                           Universitaire                Le Mans           France
MAWAS                       Claude                       Chercheur                        Paris              France
MERLIN                      Gil                              Chercheur                                               France
MERME                       Henri                         Chercheur                                               France
MEYER                        Vincent                      Universitaire                   Metz              France
MEYNIER                   Gilbert                       Universitaire                   Nancy            France
MICHARD                   André                        Universitaire                    Orsay            France
MICHEAU                   Françoise                  Universitaire                    Paris             France
MIEUSSET                 Roger                         Universitaire              Toulouse            France
MOINE                        Gérard                       Enseignant                 Mulhouse           France
MORELLI                   Anne                           Universitaire             Bruxelles            Belgique
MORVA                       Judit                           Enseignante en économie                    Hongrie
MOUNOULOU           Jean-Claude             Universitaire                                           France

NACHI                         Mohamed                  Universitaire                                         France
NETTER                      Pierre                        Universitaire                   Paris              France
NOUSCHI                    André                        Universitaire                   Liège           Belgique

ORSINI                        Pierrette                   Universitaire                                          France
ORTIZ                          Jean                          Universitaire                    Pau                France

PALIDDA                     Salvatore                  Universitaire                Genova              Italie
PATHIER                     Jean-Jacques           Universitaire                                           France
PASCAL                        Julien                        Universitaire                                           France
PEDRETTI                   Marco                       Universitaire                Girona             Espagne
PELLETIER                 Georges                    Chercheur                                               France
PENE                            Olivier                       Chercheur                        Paris              France
PISANI                         Giulio                        Ecrivain            Luxembourg           Luxembourg
PLIHON                       Dominique                Universitaire                   Paris               France
PONS                            Lucien                       Universitaire                   Nice                France
PRADEL                       Jacques                     Chercheur                                               France

QUETIER                     Francis                     Universitaire                                           France

RAHMANI                  Mimoun                     Économiste                       Rabat             Maroc
REBUSCHI                 Manuel                       Enseignant/Chercheur    Nancy            France
RIGAT                        Stéphane                    Universitaire            Aix-Marseille        France
RIVERT                      Daniel                         Universitaire                    Paris               France
ROBAGLIA                Christophe                 Universitaire                                            France
ROSSET                      Roland                       Universitaire                                             France
ROUBIN                     Régine                        Chercheur                                                 France

SAIDI                          Hédi                            Enseigant/Chercheur     Lille                 France
SAINSARD                 Annie                          Universitaire                    Paris               France
SALMIERI                 Adrien                        Universitaire                    Paris               France
SCHAPIRA                 Pierre                         Universitaire                    Paris               France
SEMMOUD                Nora                            Universitaire                  Tours               France
SENOUSSI                 Rachid                         Chercheur                     Avignon            France
SERFATI                    Claude                        Universitaire                                            France
SEYSE                         Geneviève                  Enseignante                                             France
SIGNOLES                 Pierre                          Universitaire                   Tours             France
SIGNOLES                 Aude                           Universitaire                  Istanbul         Turquie
SIMBILLE                  Jocelyne                     Universitaire                 Toulouse         France
SINGER                      Jeanne                        Chercheur                       Paris               France
SOUFIR                      Jean-Claude               Hospitalo-Universitaire  Paris            France
SPEZIALE                  Salvatore                    Chercheur                         Rome            Italie
STORA                        Benjamin                    Universitaire                    Paris             France
STRLETSKI               Gérard                        Universitaire                                          France

TARRIT                     Fabien                         Universitaire                  Reims             France
TCHEN                       Paul                             Chercheur                                               France
THURIOT                  Fabrice                       Chercheur                       Reims             France
TIXIER                       Philippe                      Universitaire                                          France
TONINI                      Alberto                       Universitaire                  Florence         Italie
TRAUTMAN              Alain                           Chercheur                       Paris               France
TRIC                            Olivier                        Universitaire                  Nantes            France
TROIN                        Jean-François           Universitaire                   Tours             France
TROUCHE                  Dominique                 Universitaire                Toulouse          France
TSAPIS                       Rosine                        Chercheur                                                France

VALENSI                    Lucette                       Universitaire                    Paris              France
VALENSI                    Françoise                   Hospitalo-Universitaire  Paris              France
VALENZI                    Lucia                          Chercheur                         Naples           Italie
VANDENBUNDER    Bernard                     Chercheur                          Lille                France
VENTURA                  Maria                         Chercheur                                                 France
VIALE                          Frederic                    Universitaire                                            France
VILMONT                  Valérie                       Hospitalo-Universitaire   Paris              France

WACH                          Bernard                    Universitaire                                            France
WOLF                          Jean-Philippe           Hospitalo-Universitaire   Paris             France
WOLLMAN                Franis-André            Chercheur                                                France

ZITTOUN                   Robert                       Hospitalo-Universitaire   Paris             France
ZOUARI                      Faouzia                      Enseignante                                             France
ZUILY                         Yasmine                     Universitaire                    Paris              France
ZYTNICKI                  Colette                       Universitaire                 Toulouse          France

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Appel à Informer nos Constituants, pour préserver notre Université de toute dérive et sauver la FLAHM

     Chers Amis,

     D’après un Communiqué de l’Assemblée Nationale Constituante (ANC), un Débat avec le Gouvernement aura lieu à ladite Assemblée, ce vendredi 30 mars 2012, ayant pour sujet  « la Situation Sécuritaire dans le Pays », pendant lequel  seront évoqués, en particulier, les incidents  survenus  à la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba (FLAHM). Il est prévu que trois membres du Gouvernement prendront part  à ce Débat, à savoir : Moncef BEN SALEM, Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche scientifique, Abderrazak  KILANI, Ministre auprès du Chef du Gouvernement, Chargé des Relations avec l’ANC, et Ali LAARAYEDH, Ministre de l’Intérieur.

   Or, j’ai écrit, à propos des incidents  survenus  à la FLAHM, trois Articles (référencés ci-dessous [1], [2] et [3]) contenant une description exhaustive de ces événements, avec la position, les déclarations,… de ses principaux acteurs (Etudiants, Enseignants, Personnel Administratif et Ouvrier, Conseil Scientifique, Syndicats,  Ministre de l’Enseignement Supérieur,…), ainsi  que ses faits saillants, ses risques éventuels,… :

 [1] « La nouvelle tendance du Ministère tunisien de l’Enseignement Supérieur ! » 

 [2] « Lettre ouverte à Monsieur Moncef Ben Salem, Ministre tunisien de l’Enseignement Supérieur »

[3] « Trop c’est trop ! Monsieur Moncef Ben Salem, Ministre Tunisien de l’Enseignement Supérieur : Il est temps de partir ! »

  L’Article [1] contient, en outre, dans ses 98 Commentaires, une chronologie détaillée, une  analyse fine de toutes les étapes des dits incidents, depuis leur déclenchement, au mois de novembre 2011, jusqu’à aujourd’hui, ainsi qu’un échantillon des réactions nationales et internationales qu’ils ont suscitées.

 Afin d’éclairer nos Constituants, de mettre à leur disposition un outil de travail efficace leur permettant de mieux cerner les enjeux et les défis de ce grave problème  et d’enrichir le Débat prévu, je vous saurai gré, dans l’intérêt de nos Étudiants, de notre Université et de la Nation, de bien vouloir transmettre cette Lettre à tous les membres de l’Assemblée Nationale Constituante, ainsi qu’à tous les journalistes  que vous connaissez.

 Que Vive notre Université  dans une Tunisie de la Dignité, de la Liberté, de l’Egalité et de la Démocratie !

Salah HORCHANI

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Khaoula Rachidi, l’étudiante qui a escaladé le mur en montant sur le toit de la faculté, en s’opposant à l’enlèvement du drapeau tunisien

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LA FLAHM RÉHABILITÉE ?

Par Ali Toumi Abassi, mardi 13 mars 2012, 10:43 ·

      On ne l’a pas suffisamment compris, mais la FLAHM vient d’être réhabilitée en haut lieu et à point nommé. En décorant la valeureuse étudiante, Khaoula Rchidi, qui eut la témérité de rabattre le caquet au salafiste portant atteinte au drapeau national, le Chef de l’Etat  n’a pas seulement honoré la jeune récipiendaire de la  « médaille de la république », mais tout l’établissement  que le salafisme et ses affidés insoupçonnés, autant que certains énervés en poste au gouvernement, voulaient traîner dans la fange, moyennant procès d’intentions peu plausibles, moult diffamations et de viles machinations.

    Cela relève en fait du paradoxe. Là où le groupuscule salafiste croyait corser la pression sur la faculté, humilier au possible son doyen, harceler au maximum ses enseignants et son personnel et, évidemment, profaner le drapeau national, injustement associé par eux à toutes les vilenies du pouvoir déchu autant qu’aux fantômes d’une laïcité et d’une modernité qu’ils diabolisent, ils ont porté à un point paroxystique leur propre discrédit et mérité la gifle que la magistrature suprême leur a assenée.

     A quelque chose malheur est bon, disons le, et tant pis si on verse dans cet esprit des candides qui voient dans la déconfiture de l’adversaire une justice du ciel ! Désormais, ceux qui sont alignés derrière la FLAHM, pour défendre sa cause juste ainsi que cet idéal de démocratie et de lumières dont elle est naturellement investie, comme toute l’université tunisienne, peuvent se frotter les mains et aller de l’avant dans l’accomplissement de leur auguste mission.

    L’une des premières raisons d’une telle satisfaction est sans doute que, par l’insigne geste de Khaoula Rchidi, cette jeune étudiante notoirement studieuse et sans parti-pris politique ou syndical, l’institution vient de prouver qu’elle est non seulement un haut lieu d’éducation civique porteuse, mais aussi, au besoin, une gardienne farouche de ce qui fait l’essence nationale, alors que ses adversaires s’évertuent à lui coller l’étiquette d’une citadelle hautement marquée à gauche, voire un fief de la dissidence systématique et de la déculturation méthodique des masses. Il est suffisamment révélateur que cette « Marianne » tunisienne est une jeune fille d’un milieu modeste, originaire d’une ville de la Tunisie  profonde (Gafsa), aussi bien à l’aise dans sa langue  et sa culture maternelles que dans la langue et la culture françaises où elle se spécialise, au portrait  exemplairement conforme aux visées  authentiques   et  modernistes de l’école bourguibienne.

     Non moins significatif est l’impact du geste profanateur du drapeau national sur la masse estudiantine de la FLAHM. Cette triste profanation  a eu l’effet d’un électrochoc sur les étudiants présents et absents de la scène. Comme le montre la vidéo prodigieusement procurée par certains, les premiers se sont départis de leur posture de curieux badauds ou de spectateurs indifférents et, rejoignant Khaoula Rchidi, ils ont sauté le pas, au propre et au figuré, pour re-hisser le drapeau et protéger leur méritante camarade, dans une ruée où la solidarité grégaire égale sans doute le réflexe patriotique. Les autres, les absents, les passants, les fuyards, les attentistes, les silencieux savent désormais que le combat de la démocratie les concerne  au plus haut point. Jamais plus, ils ne pourront  faire l’autruche, puisque les ennemis de la patrie sont prêts à franchir toutes les lignes rouges, fussent-elle aussi essentielles et sacrées que le symbole de l’unité et de l’histoire nationales. La conscience estudiantine à l’échelle de la Manouba comme à l’échelle nationale se décline maintenant en un « avant » (la profanation du drapeau national) et un « après », au sens d’une évolution salutaire et tout à fait indispensable, dans le contexte global d’une Tunisie sous des secousses et divers tiraillements révolutionnaires.

    L’opinion profite concrètement aussi de cette commotion subie par la FLAHM. D’aucuns étaient sans doute suffisamment acquis à la version réitérée par le ministre de l’enseignement supérieur et le ministre de l’intérieur qui minimisent le calvaire de cet établissement, et l’imputent officiellement à l’incompétence ou à la mauvaise foi du doyen. Personne n’aura dorénavant l’audace ou la naïveté de faire des dénis de réalité. De l’authenticité islamique ou de la défense des minorités niqabées, les salafistes djihadistes  n’ont vraiment cure. Leurs doléances sont étrangères au droit, leurs méthodes condamnables font fi de la loi et  leur projet idéologique ne reconnaît pas les  valeurs  communes aux Tunisiens, comme la spécificité ou  l’unité nationales et leurs symboles sacrés.

  Quant au positionnement de la faculté sur l’échiquier politique national auquel elle se trouve mêlée,   malgré qu’elle en ait, il faut également se féliciter de cette bouffée d’air sain que lui apporte la réaction sans ambages,  énergique et courageuse du Chef de l’Etat. En médaillant  Khaoula Rchidi, certes, il réagit en Président de tous les Tunisiens et garant des valeurs de la République. Cependant, volontairement ou involontairement, il vient de laver la prestigieuse faculté des éclaboussures imméritées, tout en prenant  publiquement ses distances par rapport au gouvernement convaincu de pusillanimité, pour ne pas dire de connivence aventureuse et malsaine avec le salafisme. Il est permis d’espérer un temps de répit que la faculté devrait faire fructifier pour vaquer aux activités inscrites dans sa vocation naturelle, à savoir l’enseignement et la recherche, mais également pour combler les brèches  par où le salafisme s’y est infiltré, précisément l’information et  la conscientisation de la majorité estudiantine  silencieuse et en proie à la démagogie ou aux lavages de cerveaux extrémistes.

 Le paradoxe de la profanation du drapeau national ne devrait plus être qu’un mauvais souvenir. Ce qui urge maintenant c’est la leçon pédagogique, culturelle et politique qu’il faut en tirer, au sein de l’établissement comme dans le pays et  chez les acteurs de la scène politique. Sa gravité est telle qu’il faut appeler de tous nos vœux une conscience aiguë, commune, des enjeux que tous les Tunisiens ont en partage et des embûches qui jalonnent notre difficile parcours vers la réalisation des objectifs de la révolution.

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               الجمهورية التونسية

   وزارة التعليم العالي و البحث العلمي

                   جامعة منوبة

   كلية الآدابوالفنون والإنسانيات بمنوبة

منوبة في :12/03/2012

  بيـان

اجتمع المجلس العلمي يوم الاثنين 12 مارس 2012 برئاسة السيد العميد و استعرض الأحداث التي عاشتها الكلية أثناء الأسبوع الماضي ومنها منع دخول الطلبة يوم الأربعاء 07 مارس 2012    و إنزال العلم الوطني و اجتماع مجموعة من السلفيين مساء الخميس أمام الكلية و تصريح وزيري الداخلية و التعليم العالي و البحث العلمي لوسائل الإعلام و تواصل حضور الطلبة المطرودين داخل الأقسام و تعطيلهم سير الدروس إلى غاية اليوم.

وبعد التداول في هذه الأحداث و تبعاتها:

 -يندد بما اقترفته الأيادي الآثمة في حق علم البلاد المفدى الذي كان مرفوعا على سارية بالحائط الخارجي للكلية لا داخلها كما زعم السيد وزير الداخلية و خلافا لما تم التصريح به فإن العميد طلب في مناسبتين تدخل قوات الأمن للحيلولة دون إسقاط العلم علما و أن الدفاع عن الراية الوطنية و منع تدنيسها واجب وطني لا يتطلب الإذن من أحد.

 -يسجل بكل اعتزاز حركة الطالبة خولة الرشيدي(سنة أولى ماجستير فرنسية) التي حاولت منع السلفي من إنزال العلم من تلقاء نفسها و بواعز وطني دون أن تأخذ تعليمات من أحد.

 -يعبر عن استنكاره الشديد للتصريحات التي أدلى بها وزيرا الداخلية و التعليم العالي و البحث العلمي و التي يحملان فيها العميد و إدارة الكلية مسؤولية تأزم الأوضاع داخلها و يرى في هذه التصريحات مغالطة للرأي العام و تشجيعا للمتمردين على القانون لمواصلة أفعالهم.

 -يستغرب من تصريح و زير التعليم العالي و البحث العلمي لجريدة الأسبوعي الصادرة اليوم الاثنين 12 مارس الذي اعتبر فيه انعقاد مجلس التأديب تصعيدا و نفى علمه بتاريخه و قراراته، مع العلم أن المديرالعام للتعليم العالي أخبر بذلك أثناء زيارته الكلية قبيل انعقاد المجلس و طلب منه السعي لدى وزارة الداخلية لحماية الكلية. زد على ذلك أن مجلس التأديب أصدر قراراته بما تمليه عليه صلاحياته و بما يقتضيه الواجب لحماية المؤسسة من المستهترين و العابثين بقوانينها الداخلية. و قد وقع إثبات قراراته بمقرر صادر عن السيد رئيس جامعة منوبة.

 -يؤكد للرأي العام أن المجلس العلمي هيئة منتخبة انتخابا حرا و مباشرا و نزيها وأن العميد هو زميل منتخب أيضا و يؤكد أن الساهر على حسن سير الإدارة و التراتيب البيداغوجية هو المجلس العلمي وأن القرارات المتخذة صادرة عن جميع أعضائه و ليس عن العميد فحسب.

 -يدعو وزارة التعليم العالي و البحث العلمي إلى تحمل مسؤولياتها القانونية  في حماية الكلية  و ضمان استقلالها وحيادها و ذلك بإصدار نص يلزم جميع الطلبة باحترام نظامها الداخلي و يمنع الغرباء و المتعصبين الذين يسعون إلى تعفين الوضع و إدامة الفوضى رغم أن البعض منهم قد أحيل على مجلس التأديب  و أطرد من الكلية.

                                                                                                                      عن المجلس العلمي

                                                                                                                              العميـــد

                  الحبيب القزدغلي 

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Nouvelles de la Faculté des Lettres de la Manouba

(Tunis, le 12 mars 2012)

« Touche pas à mon drapeau, touche pas à mon doyen ! »

 

    La terreur salafiste, la profanation du drapeau national et la désignation d’Habib Kazdaghli par plusieurs ministres du gouvernement provisoire comme le responsable des dernières violences salafistes à la Manouba suscitent l’indignation des universitaires. Les doyens des cinq facultés des Lettres du pays, le conseil scientifique de la Faculté des Lettres, des Arts, des humanités de La Manouba, réunis aujourd’hui dénoncent ces dérapages. La conférence mensuelle des doyens des facultés de médecine de Tunis exprime son soutien total à Habib Kazdaghli et aux enseignants de la Manouba.  Le Conseil des cadres de la  Fédération générale de l’Enseignement Supérieur et de la Recherchent Scientifique, réuni samedi dernier a  décrété une grève générale au mois d’avril, entre autres, en signe de protestation contre les dérives salafistes. Le 8 mars dernier, 2000 étudiants du campus universitaire de la Manouba et les enseignants de La FLAHM ont choisi la  journée mondiale de la femme pour manifester devant l’Assemblée Nationale Constituante pour les mêmes raisons. Tels sont les faits saillants des derniers jours et les ripostes universitaires et syndicales recensées à la fin de la semaine dernière au début de cette semaine en relation avec la crise à La Manouba.

 

     C’est le ministre de l’intérieur qui a ouvert mercredi dernier, lors d’une émission de la Télévision Nationale consacrée aux évènements dramatiques de la journée,  le bal des accusations pour faire endosser au  doyen  de la FLAHM la responsabilité de la dégradation de la situation et pour en faire un bouc émissaire dans une affaire où tous les témoignages concordent pour incriminer les silence et la passivité des autorités gouvernementales : « Il n’a pas fait appel aux forces de l’ordre » a-t-il déclaré en substance au cours de l’émission et il a fait du doyen l’instigateur de l’affaire du niqàb « pour des raisons éminemment politiques ». Le démenti  du doyen publié dans tous les médias ne dissuade pas les salafistes, prompts à croire la version qui les arrange, d’attaquer dans les médias et les chaînes de télévision le doyen injustement désigné à leur vindicte. Qui veut tuer son chien l’accuse, bien sûr, de la rage.

« Haro sur le baudet ! »

Le ministre voulait-il alerter  l’opinion salafiste en désignant publiquement le coupable ? Je ne voudrais faire de procès d’intention mais en regardant l’émission, c’est la  formule de la Fontaine dans Les Animaux malades de la peste qui m’est venue à l’esprit pour rendre compte de la situation parce qu’elle sied à merveille dans un contexte où le doyen sert de bouc émissaire. « Haro sur le baudet ! », semblait lancer  le ministre à l’adresse des téléspectateurs.  « Haro sur le doyen ! » semble avoir repris en chœur la meute déchaînée des contradicteurs et des traqueurs qui en veulent à la FLAHM et son doyen pour leur résistance héroïque au harcèlement continu et à nul autre pareil  dans l’histoire de notre pays d’une secte dont l’objectif est de faire plier l’institution universitaire, de soumettre ses règlements à son diktat, de faire de ces derniers le reflet de leur idéologie  avant de s’attaquer aux libertés académiques. La  rengaine ressassée par les détracteurs jette l’anathème sur ce « grand criminel », ce grand maudit de Khazdaghli, ce grand Satan, « l’agent du Mossad », le franc-maçon, le laïc, le suprême mécréant et recourt à un vocabulaire puisé dans le champ lexical de l’hérésie et de la trahison pour en faire le grand coupable. Les salafistes interviewés dans ces médias rivalisent à qui mieux pour l’abreuver d’insultes et le vouer aux gémonies. Le gourou de la secte à la Manouba, Abou Yadh n’y va pas de main morte, déclinant les variantes de cette même rengaine le vendredi 9 mars dans l’émission d’Hannibal TV Ala Attarik à l’occasion d’un rassemblement devant la FLAHM organisé par les salafistes, la veille vers vingt heures et couvert par la chaîne satellitaire. Interrogé sur la profanation du drapeau national qui a suscité la consternation et l’indignation de tous les Tunisiens, toutes tendances confondues, il a minimisé la gravité de l’acte et on avait l’impression qu’il ne la mesurait pas, déclarant préférer l’emblème noir de l’internationale islamiste, considéré comme l’emblème du Prophète, au drapeau national, ignorant que ce dernier symbolise l’appartenance arabo-musulmane de la Tunisie par son croissant et son étoile à cinq branches figurant les cinq préceptes de l’Islam. Il a considéré que le profanateur du drapeau ne devait pas être traduit devant les tribunaux et qu’il n’accepterait de le livrer à la justice que lorsque  Habib Kazdaghli, « le grand criminel », « l’agent du Mossad »  – et il prétend détenir les preuves de cette accusation –serait jugé par les tribunaux. Il n’a pas caché, dans cet entretien, être à l’origine, de la rébellion des étudiants salafistes et a annoncé qu’il avait suspendu, en concertation avec les défenseurs du niqàb, le mouvement de contestation pour donner au ministère la possibilité « de tenir ses promesses ». Les masques sont tombés. Nous avons là l’aveu – si besoin était –que l’action des salafistes est d’ordre politique et qu’elle s’inscrit dans la droite ligne de la contestation salafiste des derniers mois qui  a vu le mouvement  s’attaquer aux symboles de la liberté et que ce sont les politiciens du mouvement qui tirent les ficelles de toute cette agitation.

    Le jeudi 8 mars, le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique entre dans la danse pour reprendre presque mot à mot les propos qu’il a tenus dans l’hebdomadaire de langue arabe AL Akhbar le 9 février dernier, incriminant les enseignants de la Manouba et leur doyen : « J’accuse clairement mes collègues (de la Faculté) de ne pas être à la hauteur pour résoudre ce problème. Le doyen n’a pas fait ce qu’il fallait faire pour résoudre le problème pacifiquement et il a des arrière-pensées politiques », a-t-il asséné en marge d’une conférence de presse au palais présidentiel de Carthage, tenue à l’occasion de la visite du président turc en Tunisie.

     « L’affaire de la Manouba est un faux problème. Nous avons 96 filles dans toute la Tunisie qui portent le niqàb dans les 193 institutions universitaires, et il n’y a de problème nulle part sauf à la Manouba", a poursuivi M. Ben Salem.

      « Je ne suis ni pour ni contre le niqàb en cours, je constate qu’il y a des professeurs qui enseignent dans le Golfe où toutes les filles portent le niqàb et ça ne pose pas de problème », a-t-ilajouté, « accusant les médias et le conseil scientifique de la Faculté de la Manouba d’avoir amplifié le problème ».

     L’aveu est de taille. Le ministre aurait voulu que les universitaires tunisiens adoptent la réglementation en vigueur au golfe, oubliant que nous sommes dans un pays souverain qui a ses lois et oubliant l’avis qu’il a sollicité auprès du tribunal administratif au sujet du port du niqàb dans les institutions universitaires et la position claire et nette dudit tribunal quant à son interdiction pendant les cours, les examens et chaque fois que l’étudiante sollicite un service auprès de l’administration. Le ministre n’a-t-il pas reconnu dans sa conférence de presse du vendredi 17 février que l’institution universitaire avait le droit d’interdire le niqàb dans les situations ci-dessus évoquées ? Pourquoi cette volte-face et ce double discours ?

     M. Rafik Abdesselem, ministre des affaires étrangères, s’est lui aussi mis de la partie dans l’émission Saraha Raha d’Hannibal TV, diffusée samedi dernier pour incriminer le doyen de la Manouba dans la même optique du lynchage médiatique.

           Au lieu de reconnaître, dans l’affaire du niqàb la responsabilité d’une minorité minuscule, qui s’est rebellée contre les lois en vigueur, au lieu de protéger les enseignants contre les actes de violence des salafistes, au lieu d’aider l’institution à appliquer les mesures disciplinaires que son conseil de discipline a prises,  les autorités se rangent du côté des salafistes. Alors que c’est leur silence, leur inertie et leur proximité politique vis-à-vis des salafistes qui contribuent au pourrissement de la situation, voilà qu’ils accusent le doyen et le corps enseignant d’incompétence et de manipulation politique. Dans l’émission d’Hannibal TV diffusée ce soir après les informations, M. Ben Salem se plaint  d’endurer une dure épreuve depuis son arrivée au ministère à cause de l’affaire du niqàb. Mais il ne doit pas la faire assumer à notre doyen. Parodiant la célèbre chanson de Gavroche  dans Les Misérables, je dirai :

« Si le ministre a bu le calice jusqu’à la lie,

   Ce n’est pas  la faute à Kazdaghli.

   Si les salafistes font appel aux miliciens,

   Ce n’est pas la faute au doyen.

  Si le ministre n’est pas convaincant,

  Ce n’est pas la faute aux enseignants ».

« Touche pas à mon drapeau, touche pas à mon doyen ! »

       Ce statut de bouc émissaire réservé au doyen, la terreur salafiste et la profanation du drapeau national ont suscité la consternation et l’indignation des universitaires. Les doyens des cinq facultés des lettres et sciences humaines du pays, le conseil scientifique de la FLAHM, réunis aujourd’hui pour examiner la situation à la suite des derniers développements ont tiré la sonnette d’alarme, mettant en garde contre la menace de l’année blanche.

     Le communiqué publié à la fin de la réunion par les cinq doyens condamne vigoureusement « l’atteinte portée à notre drapeau national parce qu’il constitue l’un des symboles de la souveraineté nationale et de l’identité nationale que l’université a contribué à forger en collaboration avec les autre catégories sociales et grâce aux sacrifices qu’elles ont consentis». Les doyens se sont déclarés « fiers de l’attitude de  l’étudiante Khaoula Rchidi » propulsée à la stature d’une héroïne nationale parce qu’elle a hissé la bannière nationale arrachée par un salafiste au risque de sa vie et qui a été décorée dans la matinée des insignes de l’Ordre de la République par le Président de la République en compagnie de sa camarade Amel Aloui qui est venue à son secours lorsqu’elle avait été sauvagement agressée  par les salafistes.

  Le communiqué  contredit les allégations ministérielles selon lesquelles  tout est bien dans la meilleure des universités possibles sauf à la FLAHM. Les doyens ont tenu à exprimer leur inquiétude au sujet de la recrudescence de la tension dans leurs établissements à la suite des problèmes liés au niqàb et leur peur d’un « surcroît de tension ». Rétablissant  la vérité, ils ont réfuté les allégations selon lesquelles la FLAHM est la seule institution à souffrir du problème quasi insurmontable des salafistes : « La tension liée aux conditions de déroulement des enseignements, de l’encadrement et de la vie académique en général » née du problème salafiste «  n’est pas un problème spécifique à la FLAHM ».lit-on dans le communiqué qui relève le fait que «  la presque totalité des facultés des lettres et sciences humaines du pays a connu et continue à connaître des troubles dans leur fonctionnement normal en raison du comportement des extrémistes religieux ».

       En conséquence, les responsables des cinq facultés « refusent de faire porter au doyen dans son institution (en l’occurrence Kazdaghli à la Manouba) la responsabilité du pourrissement de la  situation » et considèrent cette attitude comme une dérobade et « un refus par le pouvoir d’assumer  ses responsabilités nationales et comme  une volonté flagrante de la part de certaines parties gouvernementales d’impliquer l’université dans les conflits politiques ».

    Vraisemblablement ulcérés par la duplicité du ministère, « ils rejettent son double discours qui prétend d’une part respecter les mesures internes prises par les doyens et les conseils scientifiques et d’autre part s’ingère dans leurs affaires dans le but de les exhorter à satisfaire les revendications des groupes salafistes et à les considérer comme légitimes ».

    A la fin de leur communiqué, les doyens « réitèrent leur détermination à assurer le bon fonctionnement de leurs institutions et font assumer à l’autorité de tutelle la responsabilité de l’échec possible de l’année universitaire actuelle et ses conséquences désastreuses sur nos étudiants, leurs familles et la communauté nationale en général ».

      Les doyens des quatre facultés de médecine de Tunisie, réunis en conférence mensuelle, ont tenu à signifier dans une lettre envoyée au doyen de la FLAHM leur dénonciation des actes de violence commis par les salafistes « qui menacent l’indépendance et la sécurité de tous les établissements d’enseignement supérieur » et l’expression de leur « soutien total » et  leur « inamovible appui dans cette lutte contre ces agissement hautement condamnables ».

 Réfutation des déclarations gouvernementales par le conseil scientifique de la FLAHM

    Le conseil scientifique de la FLAHM a examiné la dégradation de la situation à la faculté au cours de la semaine dernière caractérisée particulièrement par les évènements dramatiques du 7 mars dernier, le rassemblement des salafistes des quartiers voisins devant la FLAHM au cours de la soirée du 8 mars, les déclarations des ministres de l’intérieur et de l’enseignement supérieur, la présence permanente au sein de l’institution des étudiants renvoyés et leurs continuelles perturbations des cours. Il a tenu à dénoncer la profanation du drapeau national, à condamner les déclarations des deux membres du gouvernement susmentionnés faisant du doyen le bouc émissaire à sacrifier sur l’autel de la vindicte salafiste, à réfuter les déclarations du ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique à l’hebdomadaire Assabah al Ousboui au sujetdu conseil de discipline.

    Au sujet du drapeau national, le conseil rappelle que contrairement aux allégations du ministre de l’intérieur, cet emblème avait un support fixé au mur extérieur de la faculté, comme le montrent d’ailleurs les images vidéos publiées dans les médias, et n’était pas hissé à l’intérieur de l’établissement, « que le doyen a demandé à deux reprises l’intervention des forces de l’ordre pour éviter le retrait du drapeau sans compter que la défense du drapeau national et l’interdiction de sa profanation est un devoir national et qu’on n’a pas besoin d’être sollicité pour le faire », comme l’a si bien compris l’héroïque Khaoula Rchidi « qui a essayé d’empêcher le salafiste de faire descendre le drapeau de son propre chef,  sans avoir reçu d’instructions de quiconque  et qui était  mue par un sentiment patriotique».

   Le conseil considère les déclarations des deux membres du gouvernement « rendant le doyen et l’administration de la faculté responsables de la détérioration de la situation comme une mystification de l’opinion publique et une incitation des contrevenants à la loi à récidiver ».

   Au sujet du conseil de discipline, le conseil « s’étonne des déclarations du ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique à l’hebdomadaire Assabah al Ousboui, daté du 12 mars où il a considéré la tenue du conseil de discipline comme une escalade et où il a nié avoir eu connaissance de sa date et de ses décisions ». Il les réfute en rappelant que « le directeur général de l’enseignement supérieur en  a été informé au cours de la visite qu’il a rendue à la faculté avant la tenue du conseil de discipline, qu’il a été prié d’intervenir auprès du ministère de l’intérieur pour protéger la faculté », que « le conseil de discipline a pris ses décisions en vertu de ses prérogatives et mû par le devoir de protéger l’institution contre ceux qui font fi de sa réglementation intérieure » et « que son verdict a été ratifié par une décision administrative émanant du président de l’université ».

    Répondant aux accusations et insinuations selon lesquelles le doyen est l’esclave d’un agenda politique  et qu’il jouit d’un pouvoir absolu mis au service de sa finalisation, le conseil scientifique « insiste auprès de l’opinion publique sur le fait qu’il est une instance élue librement, directement et en toute transparence et que le doyen est élu par ses collègues, que cette instance  veille au bon fonctionnement de l’administration et à l’application des mesures pédagogiques et que ses décisions sont prises collégialement et non par le doyen ».

    Le communiqué s’achève sur un appel au ministère de tutelle pour  « assumer ses responsabilités historiques dans la protection de l’institution et pour garantir son autonomie et sa neutralité et ce, en publiant un texte obligeant les étudiants au respect de son règlement intérieur et empêchant les intrus et les sit-ineurs qui s’évertuent à pourrir la situation et à perpétuer l’anarchie d’y accéder bien que certains d’entre eux aient été traduits devant le conseils de discipline et  renvoyés de l’établissement ».

Ripostes syndicales et universitaires

         Il ne faut pas terminer sans évoquer les ripostes syndicales et les actions menées par les associations universitaires, par les syndicalistes ou programmées par eux. Le Conseil des cadres de la  Fédération générale de l’Enseignement Supérieur et de la Recherchent Scientifique, réuni samedi dernier a  décrété une grève générale au mois d’avril, entre autres, en signe de protestation contre les dérives salafistes. Le 8 mars dernier, 2000 étudiants du campus universitaire de la Manouba et les enseignants de La FLAHM ont choisi la  journée mondiale de la femme pour manifester devant l’Assemblée Nationale Constituante pour les mêmes raisons.

    Enfin, répondant à l’appel du Forum universitaire tunisien, association de réflexion sur les problèmes de l’université et de défense des valeurs universitaires, une cinquantaine d’enseignants issus d’établissements différents sont venus  vendredi 9 mars à  la FLAHM avec un drapeau tunisien à la main, exprimer leur indignation à cause de la profanation de l’emblème  national,  « leur refus du règne de la terreur et de la violence » et « leur attachement aux valeurs académiques ».

 Habib Mellakh, universitaire, syndicaliste. Département de français, Faculté des Lettres de la Manouba (Tunisie)

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Nouvelles de la Faculté des Lettres de la Manouba 

(Tunis, le 7 mars 2012)

 

Terreur salafiste à la Manouba 

- Le drapeau tunisien profané

- « Où est le doyen ? Je vais le frapper d’un coup de couteau », vocifère une niqabée

- « L’un d’entre vous est-il le doyen mécréant ? », nous dit un  salafiste hystérique qui essaye de nous agresser

- Les salafistes des quartiers voisins  de la FLAHM se postent devant l’entrée principale de l’institution et empêchent les étudiants d’en franchir le seuil

- Les étudiants de l’UGET pourchassés par les salafistes : un bilan de deux blessés

 

     De mémoire d’enseignant sur le point d’achever la trente neuvième année de sa carrière, je ne me souviens pas avoir été témoin d’une journée aussi cauchemardesque que celle que je viens de vivre aujourd’hui. Il m’a été donné d’assister sous le régime de Bourguiba et de Ben Ali à de nombreuses crises, à des moments dramatiques à l’université mais je n’ai jamais vu des scènes aussi terrifiantes où une faculté, des enseignants et des étudiants sans défense ont été livrés par les autorités à l’hystérie d’un groupuscule politique. Des étudiants rcédistes ont, certes, pu parfois attaquer des institutions universitaires à l’occasion d’élections des représentants des étudiants au sein des conseils scientifiques mais ces agressions n’ont jamais été perpétrées par des milices rcédistes et les enseignants ont toujours été épargnés.

     Ce groupuscule politique qui a pris en otage aujourd’hui notre faculté était composé d’une centaine de salafistes et de membres du parti Ettahrir, arborant les drapeaux de leurs partis respectifs. Ces miliciens dont certains ont été reconnus comme des commerçants ayant pignon sur rue dans des quartiers populaires voisins de la faculté et qui rappellent par leur uniforme – habit afghan et brodequin militaire – , leur comportement violent, leurs chants, les groupuscules fascistes et extrémistes qui ont sévi dans d’autres contrées, sont venus réclamer le départ du doyen élu de la FLAHM. Bloquant l’accès à la faculté, ils ont empêché tous les étudiants d’en franchir le seuil et interdit aux voitures d’y pénétrer.  Cette interdiction a suscité la rage de beaucoup d’étudiants désireux de rejoindre les salles de cours, très critiques à l’égard de l’autorité de tutelle accusée de connivence avec les partisans du niqàb, mais impuissants devant les menaces des salafistes, impressionnants par leur force physique, grossiers à souhait et dont le regard, les gestes et les propos arrogants dissuadaient de nombreux étudiants à persévérer dans leurs tentatives de forcer le blocus. Ce barrage humain érigé par les salafistes semblait plaire à quelques étudiants arabisants auxquels on a fait accroire que la détermination des enseignants à refuser les niqabées  avait engendré l’impasse, les avait privés de cours et qu’il fallait les faire plier en recourant à la politique du pire. Vers dix heures et demie, l’obstination de la majorité habituellement silencieuse renforcée par des militants de l’UGET  a fini par avoir raison du blocus. Mais seuls  quelques cours ont eu lieu à cause du forfait de nombreux étudiants craignant dès le départ de se mesurer aux salafistes et  préférant rentrer chez eux  et en raison de la décision prise par les militants de l’UGET d’organiser une assemblée générale devant l’administration centrale pour contrecarrer la démonstration de force des salafistes.

        La joute verbale, par assemblées interposés, opposant salafistes et ugétistes se transforme en une altercation sur le toit de l’ancien poste de police lorsque des salafistes ont enlevé le drapeau tunisien et l’ont remplacé par le drapeau noir  du parti Ettahrir. Cette profanation de l’emblème national, perçue comme une atteinte à l’unité de la Nation et un affront à ses valeurs et au sang versé par ses martyrs a suscité une réaction très noble et très héroïque chez une jeune étudiante qui, contrant le sectarisme du salafiste, s’est précipitée pour hisser à nouveau  le drapeau national et qui, bien que sauvagement bousculée est parvenue à ses fins avec l’aide d’autres camarades. Ce sacrilège n’est pas sans rappeler une autre scène où l’un des sit-ineurs, en tenue de combat, brandit dans une attitude iconoclaste, après s’être hissée  sur le socle élevé de la sculpture baptisée « Michket el Anouar » (la lanterne du savoir) et située au milieu du parc , ce même drapeau noir du parti Ettahrir. Cette scène qui s’est déroulée à la fin des examens semestriels, et qui est emblématique des enjeux de l’affaire du niqàb, signifie la politisation de l’université, son asservissement aux idéologies, l’intention d’en faire l’instrument d’une idéologie sectaire, d’une propagande pour un nouveau projet de société inspiré d’une lecture dogmatique de l’Islam qui exclut les autres interprétations considérées comme des hérésies. L’élément nouveau aujourd’hui qui réside dans la profanation de la bannière nationale confirme ce projet sectaire.

   Ces salafistes, après un échange d’accusations et d’insultes mutuelles avec les ugétistes, pourchassent ces derniers à l’extérieur de la faculté, blessant deux d’entre eux selon des témoignages concordants. De retour à la faculté, ils essaient de semer l’épouvante à l’intérieur de l’établissement.  Alors que j’étais en train de discuter de la situation avec un groupe de trois collègues, l’un des salafistes qui semble avoir mis les pieds à la faculté pour la première fois, plus hystérique que les autres et  suivi par une horde déchaînée, courant à une allure vertigineuse vers l’administration centrale qui abrite le bureau du doyen, toise notre groupe et nous dit : « L’un d’entre vous est-il le doyen mécréant ? » et il nous aurait agressé sans l’interposition énergique de l’un des étudiants  qui a craint le pire. Une niqabée vocifère :   « Où est le doyen ? Je vais le frapper d’un coup de couteau »,. Et le groupe de continuer sa course folle vers le bureau du doyen à qui je téléphone et qui m’apprend qu’il n’est plus dans son bureau.

    A peine sorti de la faculté, je suis témoin de la cavalcade d’un groupe conduit par une jeune fille et pourchassé par un groupe de barbus. Bien qu’essoufflée et en proie à une grosse panique, elle  m’informe qu’elle est journaliste freelance, qu’elle travaille pour la BBC et qu’elle est poursuivie, elle son groupe, pour avoir filmé les salafistes en train de tabasser un étudiant de l’UGTT, l’objet de la poursuite étant bien entendu la confiscation de la caméra du groupe pour récupérer le film accusateur . Un citoyen remarquant le désarroi arrête sa voiture et nous avons le temps de nous y engouffrer.

     Que les salafistes sèment la terreur à la faculté, qu’ils menacent de mort le personnel, qu’ils cherchent le doyen pour l’agresser ou le poignarder, tout cela  n’émeut nullement les autorités qui se murent dans un silence complice. Les requêtes du doyen auprès des autorités sollicitant l’intervention des forces de l’ordre pour mettre fin à l’attaque des salafistes et au chaos qu’elle a  générée n’ont pas été prises en considération. Nous sommes devenus coutumiers de cette attitude qui n’étonne plus  venant d’autorités qui nous ont aussi habitués à prendre  la défense des agresseurs ou qui nient le réel en évoquant la fabulation des enseignants ou  le déforment en parlant de l’amplification des faits. Vers dix sept heures, le sit-in est levé par les sit-ineurs eux-mêmes selon les informations qui me sont parvenues.

    Cette journée dramatique a entamé, il faut l’avouer, le moral des collègues les plus jeunes mais la détermination à sauver l’année universitaire et à défendre les valeurs universitaires a pris le pas sur la fatigue constatée chez le personnel enseignant un peu éprouvé par trois mois d’un combat stoïque. C’est le constat qui a pu être fait à l’occasion de l’assemblée syndicale tenue aujourd’hui qui sera suivie d’autres assemblées générales d’évaluation lors des prochains jours.

 

Habib Mellakh, universitaire, syndicaliste. Département de français, Faculté des Lettres de la Manouba (Tunisie)

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Nouvelles de la Faculté des Lettres de la Manouba (Tunisie)

(Tunis, le 6 mars 2012)

Nouvelle escalade de la violence et de la tension à la Manouba

- Les étudiants empêchés d’accéder aux salles de cours et aux amphithéâtres

- le bureau du doyen mis sens dessus dessous par deux niqabées

-Un fonctionnaire en réunion avec le doyen évite de justesse une pierre lancée à l’intérieur de ce bureau

- Le dilemme cornélien des enseignants pris entre le danger lié à l’absence de sécurité et l’intérêt des étudiants.

       Depuis une semaine, les évènements et les incidents violents se succèdent à la Faculté de la Manouba à une allure démentielle et le chaos s’installe petit à petit après une courte accalmie observée pendant les deux premières semaines du mois de février. Après les agressions subies au début de la semaine dernière par les professeurs Samia Yazidiet Souhaïl Chemli et le défoncement de la porte de la salle occupée par ce dernier, ce qui a poussé les enseignants à exercer leur  droit au retrait, après le sit-in organisé vendredi dernier par « des envahisseurs » brandissant les drapeaux de partis islamistes non reconnus, venus des environs soutenir les étudiants déférés devant le conseil discipline, nous avons vécu aujourd’hui une autre journée terrible et à plusieurs égards insolite, caractérisée par une escalade inattendue, ou du moins, dont l’ampleur n’était pas annoncée d’autant plus que le ministère, par le biais du cabinet du ministre, avait dénoncé jeudi dernier les actes de violence subies par les enseignants et indiqué que les mesures disciplinaires intérieures étaient les mieux appropriées pour mettre fin à ce fléau de la violence, sans compter le fait que le verdict prononcé par le conseil de discipline était jugé clément par de nombreux observateurs ( un non lieu, un avertissement, un blâme, 2 renvois de six mois, un renvoi d’une année).

     En bonne logique, une fois que les sanctions ont été entérinées par l’autorité de tutelle et publiées – cela s’est passé hier matin – le ministère aurait dû prendre les mesures d’accompagnement nécessaires pour calmer l’atmosphère et empêcher les étudiants renvoyés de la faculté d’y accéder pour qu’ils ne nuisent plus. La protection attendue par les enseignants et qui aurait été perçue comme une dissuasion par les perturbateurs ne venant pas, les défenseurs du niqàb en ont profité à nouveau pour empêcher le déroulement des cours des groupes 1 et 2  de la deuxième année arabe. Les étudiants de ces deux groupes (80 environ) ont, en guise de riposte, décidé ce matin d’interdire à tous les étudiants de l’institution d’accéder à leurs départements dans le but de pousser l’administration et le ministère à trouver une solution définitive au problème. Il ne s’agissait pas d’une grève générale ou d’un boycottage des cours comme l’ont laissé entendre certains journalistes collaborant avec des journaux électroniques mais d’une nouvelle prise en otage de la faculté décidée par de nouveaux protagonistes. Pourtant ces étudiants n’ont pas bronché pendant cinq mois alors que leurs cours étaient continuellement perturbés, que six jours auparavant, ils avaient manifesté dans le campus universitaire de la Manouba pour soutenir leurs professeurs victimes de la violence des partisans du niqàb et pour demander le respect du règlement intérieur de leur institution. Qu’ils paralysent aujourd’hui la faculté (seuls quelques rares cours ont eu lieu quand des étudiants, surtout ceux des masters et de l’agrégation, ont pu par un escalier dérobé, après  avoir trompé la vigilance des sentinelles, accédé aux bâtiments abritant leurs départements), est d’autant plus suspect que les étudiants coupables d’agressions et d’infractions ont été sanctionnés et qu’une solution est  possible grâce à l’application de ces sanctions. Qu’ils réclament le départ du doyen et qu’ils reprochent à l’administration de la faculté son impuissance à l’occasion de leur manifestation devant les bureaux de l’administration centrale est d’autant plus surprenant qu’ils n’ont cessé de soutenir jusque dans les derniers jours la position du conseil scientifique de l’établissement et qu’ils réclamaient la semaine passée le départ du ministère. Que penser de ces incohérences et de cette volte-face que rien n’annonçait ? Beaucoup de collègues scandalisés crient à la manipulation.

    Cette situation tendue et propice à tous les dérapages a poussé deux niqabées qui en voulaient au doyen et au conseil de discipline, l’une pour avoir écopé d’un renvoi de six mois, l’autre parce qu’elle comparaîtra prochainement devant l’instance disciplinaire, à faire irruption dans le bureau du doyen qui était en réunion avec un employé de la direction des affaires estudiantines, pour mettre ses documents, ses affaires, sens dessus dessous. Après l’intrusion sauvage, le bureau visité par les journalistes et le substitut du Procureur de la République présentait un aspect de désolation : des documents, des parapheurs, des livres, des revues et des journaux jonchaient le sol et étaient parfois froissés mais rarement déchirés. On aurait dit qu’une tornade était passée par là.

     Le doyen est allé à la suite de cette agression porter plainte auprès du district de la Garde Nationale à la Manouba. Longtemps après son départ, l’une des étudiantes a simulé, selon les témoignages des membres de l’administration présents, un malaise après avoir mesuré la gravité de son forfait, prétendant avoir été violenté par le doyen et réclamant le SAMU. Ses camarades en ont profité pour lancer, via la page Talaba-révolution de Facebook, leur page sur le réseau social, un appel aux salafistes des quartiers voisins pour qu’ils viennent renforcer leurs rangs. Répondant à cet appel, une vingtaine de leurs militants se masse vers dix huit heures devant la porte de la faculté. Une dizaine parmi ces recrues pénètre dans l’enceinte de l’établissement pour rejoindre le groupuscule attroupé devant l’administration centrale. Vers dix neuf heures, un projectile lancé – à en juger par son impact –  avec une force inouïe dans la direction du bureau du doyen défonce une vitre, traverse un rideau, effleure un fonctionnaire en réunion avec le doyen et trois de ses collègues et atterrit au beau milieu du bureau après s’être fracassé en deux. Plus de peur que de mal ! Mais le sentiment d’insécurité s’empare de plus en plus du personnel enseignant, administratif et ouvrier.

    Demain, les enseignants se réuniront en assemblée générale à midi et demie, pendant la pause entre les deux séances de la journée. Ils n’ont pas décidé de faire valoir leur droit au retrait car ils sont pris dans un dilemme cornélien. Ils pensent à leur sécurité mais ils sont soucieux de faire éviter aux étudiants le spectre de l’année blanche. C’est, du reste, pourquoi ils ont suspendu la semaine dernière l’exercice de leur droit au retrait. Mais pourront-ils continuer à être stoïques alors qu’une menace réelle plane désormais sur leur intégrité physique et qu’ils essuient continuellement les humiliations depuis maintenant plus de trois mois sans que personne ne songe à les protéger ?

Habib Mellakh, universitaire, syndicaliste.Département de français, Faculté des Lettres de la Manouba .

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Interview réalisée en ce début mars 2012 du Doyen de la Faculté des lettres des arts et des humanités de Manouba, Habib Kazdaghli :

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Nouvelles de la Faculté des Lettres de la Manouba

(Tunis, le 1 mars 2012)

 Les enseignants de la Manouba suspendent l’exercice du droit au retrait

        Une grande confusion a caractérisé dans les médias, auprès des étudiants, de l’opinion publique et même chez les enseignants la qualification de l’action menée par les enseignants  de la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba au cours des deux derniers jours. Le caractère inédit de ce type d’action en Tunisie, l’absence de culture juridique chez beaucoup d’acteurs de  la scène syndicale, même quand il s’agit des droits reconnus ou méconnus des travailleurs, sont à l’origine de ce cafouillage terminologique.

        Alors que ces termes sont inappropriés au niveau juridique, on parlé  tantôt de grève ouverte, tantôt de suspension des cours. Le bureau syndical de la FLAHM a toutefois précisé que les enseignants n’étaient pas en grève mais qu’ils étaient dans l’impossibilité d’assurer leurs cours à cause de périls réels encourus, sans trouver le terme adéquat pouvant se substituer à cette formule périphrastique qui est  « le droit au retrait ». Il ne le dit pas par pure rhétorique ou parce que que la grève ouverte fait peur et pour atténuer l’effet d’une annonce pareille mais par référence à cette notion à laquelle on n’est pas familiarisé.

         Ce droit est reconnu en France et dans d’autres pays pour les fonctionnaires et pour les ouvriers et défini dans le code du travail français comme le droit pour le salarié de « se retirer » d’une situation de travail présentant un « danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé ». La durée du droit au retrait dépend de la nature du danger et de sa persistance. Droit individuel mais pouvant être exercé collectivement, il n’entraîne ni sanction, ni retenue sur salaire. Même si le droit tunisien ne le reconnaît pas – il n’en existe aucune mention, ni dans le code du travail, ni dans la loi sur la fonction publique – et que les enseignants de la FLAHM n’en avaient aucune connaissance, ils ont estimé qu’ils pouvaient, en vertu du bon sens, se prévaloir du danger vécu pour se retirer et qu’ils n’étaient pas dans une situation de grève, puisque cette action est définie par le législateur comme un arrêt de travail volontaire dans le but de faire aboutir des revendications professionnelles. L’objectif de ce retrait était de pousser l’autorité de tutelle à leur éviter le risque d’être à nouveau agressés par « les sections d’assaut » implantées à la Manouba grâce au recrutement d’un corps de vigiles réclamé depuis les examens semestriels ou, à défaut, et dans l’attente de l’engagement de ce service de fonctionnaires dépendant du doyen, par l’appel aux forces de l’ordre pour aider les agents de la faculté à filtrer les entrées.

          Les enseignants de la FLAHM ont organisé aujourd’hui deux assemblées générales syndicales pour un suivi de la situation et une évaluation, en début de matinée et en début d’après-midi, de la permanence du risque d’agression ou de sa disparition, en vertu de la définition du retrait qui lie sa durée à la persistance du danger. Au cours de l’assemblée tenue le matin, les enseignants ont jugé que l’autorité de tutelle n’avait pas offert les conditions de sécurité requises pour une reprise du travail. L’assemblée de l’après-midi a pris connaissance des communiqués du ministère et du rectorat diffusés en début d’après-midi pour dénoncer les violations continuelles de la faculté par le groupuscule des partisans du niqàb et les agressions répétées contre les enseignants et pour exprimer le soutien total de ces deux autorités aux professeurs agressés et leur souci de les protéger. Même s’il ne résout pas le problème sécuritaire et qu’il n’est pas signé ni par le ministre en voyage, ni par un représentant de l’autorité, le communiqué émanant du cabinet du ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique ainsi que l’engagement du ministère à solliciter un cordon de sécurité pour protéger les enseignants à l’occasion de la traduction devant le conseil de discipline de la FLAHM des étudiants coupables d’agressions et d’infractions, ont eu le don de constituer aux yeux des enseignants, un progrès à même de  justifier la suspension de l’exercice de leur droit au retrait. Toutefois, ils se sont déclarés mobilisés pour entreprendre toutes les actions jugées utiles chaque fois que leur sécurité serait menacée et que leur dignité serait bafouée et pour revendiquer la publication par le ministère d’une note de service validant le règlement intérieur de la faculté selon les termes d’un communiqué commun publié en fin d’après-midi par les deux syndicats de la FLAHM.

  Habib Mellakh, universitaire, syndicaliste.

Département de français, Faculté des Lettres de la Manouba

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Nouvelles de la Faculté des Lettres de la Manouba

(Tunis, le 28 février 2012)

Nouvelles grèves de protestation des enseignants, rixes et échauffourées entre étudiants

        La situation a dégénéré à nouveau ce matin vers dix heures et demie à la faculté des lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba à la suite deux nouvelles agressions perpétrées par le groupuscule qui occupe la faculté. La professeur Samia Yazidi a été empêchée d’assurer son cours et a essuyé les quolibets et les insultes d’une bande déchaînée. Le professeur Souhaïl Chemli est devenue la cible privilégiée de ces assaillants qui s’en sont pris à lui pour la deuxième fois en huit jours. Aujourd’hui ce sont deux niqabées appuyées par leurs partisans qui se sont particulièrement distinguées en  défonçant la porte de la salle affectée à ce dernier, après l’avoir abreuvé d’un concert d’injures d’une rare intensité.

        Dégradation de biens publics et participation à la dégradation de biens publics, entrave à des fonctionnaires dans l’exercice de leurs fonctions, outrage à un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions, ces délits dont les membres du groupe se sont rendus coupables aujourd’hui, sont des infractions à la loi dont ils sont coutumiers depuis trois mois et qui sont sanctionnées par le code pénal tunisien  en vertu de plusieurs articles dont l’article 116, qui stipule que « quiconque exerce ou menace d’exercer des violences sur un fonctionnaire public pour le contraindre à faire ou à ne pas faire un acte relevant de ses fonctions » commet une infraction pénale. Mais ils n’ont jamais été traduits en justice pour ces délits ni même sérieusement inquiétés malgré les récidives, et les plaintes déposées par l’administration et les victimes de ces agressions. Cette énigme intrigue les enseignants à la FLAHM qui se sentent de plus en plus abandonnés par les autorités et livrés à leurs agresseurs. Exaspérés par les humiliations, les violences physiques et morales, les menaces, le harcèlement programmé qu’ils subissent depuis trois mois et l’indifférence des autorités, ils ont traduit leur ras-le-bol la semaine dernière par une grève d’une journée et demie.

        Mais aujourd’hui un fait nouveau dans la riposte des enseignants doit être mis en exergue. Pour la première fois depuis le début de la crise, ils ont manifesté à l’intérieur du campus de la Manouba scandant des slogans où ils ont insisté sur leur détermination à assurer leurs enseignements tout en fustigeant les empêcheurs de tourner en rond, les saboteurs de leurs cours. Aspirant à être des enseignants assidus dans une université libérée des intrus, à assurer des cours dans une faculté libérée des milices et des sections d’assaut, ils ont répété en chœur : «  جامعتنا حرة حرة و الدراسة مستمرة » (Notre université doit être libérée et nos cours continuellement assurés). Cette idée a été ressassée dans des formules difficilement traduisibles par un traducteur soucieux de respecter la rime et l’esprit du slogan. Elle a été reprise par de nombreux intervenants lors de l’assemblée générale qui s’est tenue aujourd’hui. Les enseignants de la FLAHM sont partis de l’idée que le contrat de travail entre l’universitaire et l’Etat tunisien comportait une obligation de moyens en vue de protéger le fonctionnaire, d’assurer sa sécurité dans l’exercice de ses fonctions, d’empêcher les agressions dont il pourrait être la victime, obligation figurant explicitement ou d’une manière allusive dans de nombreuses lois ainsi que dans les recommandations internationales, comme celle relative à la condition du personnel enseignant de l’enseignement supérieur, adoptée par la Conférence générale de l’UNESCO en 1997. Estimant que le contexte actuel de leur institution a engendré de graves périls pour leur sécurité et considérant que l’Etat est récalcitrant à offrir les moyens visant à assurer cette sécurité, condition sine qua non du fonctionnement normal du service public de l’enseignement dont il a la charge, ils ont revendiqué à nouveau le droit de travailler dans des conditions de sécurité normales. Ils se sont déclarés prêts à reprendre le travail dès demain si l’autorité de tutelle débarrasse la faculté des intrus et assure les conditions de leur départ définitif, c’est-à-dire  le recrutement d’un corps de vigiles dépendant du doyen et, en attendant, le recours à des forces  de sécurité disposées près de la faculté pour aider son personnel à filtrer les entrées. Par contre si les autorités continuent à être laxistes en fermant les yeux sur les violences, alors qu’elles devraient faire preuve d’une « tolérance zéro » pour toute perturbation des études, ils s’excuseront de ne pouvoir assurer leur mission en raison de la défaillance de l’Etat, peu soucieux de respecter le droit à la sécurité des enseignants et des étudiants et refusant de fournir les moyens pour le faire. Ils tiennent à assurer à toutes les parties que ce n’est pas le droit à manifester pacifiquement qui est en cause mais les violences exercées dans le but d’empêcher l’application d’un règlement intérieur que le tribunal administratif vient de valider.

     Un autre fait nouveau mérite aussi d’être signalé. Les étudiants, qui vivent aussi dans l’insécurité parce que continuellement menacés par le groupuscule selon les confidences de beaucoup d’entre eux, se sont joints à la manifestation des enseignants qui a été suivie par un rassemblement devant la Présidence de l’Université de la Manouba. Le Recteur de la Manouba, qui a reçu une délégation composée d’enseignants et d’étudiants l’a assurée de son soutien total et de sa détermination à aider  la faculté dans la lutte qu’elle mène pour imposer le respect des valeurs universitaires et pour la défense de la sécurité des cours.

   De retour à la faculté, les manifestants semblent avoir été provoqués par le groupuscule des partisans du niqàb. Il en a résulté des rixes et des échauffourées entre les étudiants des deux bords. De nombreuses étudiantes se sont évanouies, terrorisées par le spectacle des scènes de violence qui ont opposé les deux camps.

     Depuis hier, on sentait venir les nouveaux troubles, le groupuscule ayant amorcé une nouvelle escalade en empêchant le déroulement de six cours et obligeant les enseignants travaillant dans les amphithéâtres à déclarer forfait et  1200 étudiants concernés par les cours dans ces espaces à en être privés à cause du terrible boucan occasionné par les haut-parleurs du groupuscule, occupé à animer une séance de prédication selon une coutume maintenant bien établie. Il a aussi à nouveau squatté la salle 153 pour l’affecter à la prière. Cette escalade semble n’être qu’un échauffement en prévision de la journée du vendredi 2 mars qui s’annonce terrible. En effet, c’est ce jour-là que sera traduit devant le conseil de discipline de la FLAHM le premier groupe d’étudiants coupables d’infractions et d’actes de violence.

  Habib Mellakh, universitaire, syndicaliste.

Département de français, Faculté des Lettres de la Manouba

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Nouvelles de la Faculté des Lettres de la Manouba
(Tunis, le 9 février 2012)

Dans un entretien du ministre  de l’enseignement supérieur avec un journaliste de l’hebdomadaire Al Akhbar, le Doyen de la FLAHM accusé par son ministre de complot et « d’avoir crée de toutes pièces la crise du niqàb » « Le fanatisme politique à l’origine de la recrudescence de la crise à la FLAHM et à la Faculté des Lettres de Sousse » selon le ministre

      Dans un entretien avec un journaliste de l’hebdomadaire AL Akhbar publié aujourd’hui (le 9 février 2012) sous le titre : « je fais assumer au doyen de la FLAHM la responsabilité de l’explosion de la crise »,  Monsieur Moncef Ben Salem, ministre  de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique donne son point de vue au sujet des causes de la crise à la FLAHM, des évènements survenus à la Faculté des Lettres de Sousse le 8 octobre 2011, de la violation de l’enceinte de la FLAHM  par des éléments étrangers à l’institution, des  violences subies par les enseignants et de son attitude à leur égard. Se félicitant que la crise ait été circonscrite aux deux institutions susmentionnées, il stigmatise « le jeu politique » et « le fanatisme politique » à l’origine de l’exacerbation des évènements.

        Après  avoir absous les sit-ineurs de la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba des violences qu’ils ont commises pendant deux mois dans sa déclaration au Nouvel Observateur du 2 février dernier où il affirme qu’ils se comportent de manière civilisationnelle (sic !) » et «qu’il ne faut pas être durs avec eux », il revient à la charge pour minimiser cette violence qu’il rejette par principe mais dont il fait assumer la responsabilité à certains doyens dans une allusion limpide à Habib Kazdaghli, doyen de la FLAHM et Moncef Ben Abdeljelil, doyen de la Faculté des Lettres de Sousse. Interrogé  sur sa réaction au sujet de la violence subie par les enseignants, il affirme : «  Nous sommes opposés à la violence contre les professeurs et les autre corps dans l’enceinte de l’université et nous refusons le fanatisme, l’entrée des étrangers et nous essayons d’agir en ce sens. Mais nous demandons aussi de ne pas amplifier les faits. Nous savons aussi que l’histoire ne pardonne pas. Quelques doyens sont responsables de la recrudescence de ces actes de violence en raison de  leur fanatisme politique. Eloignez l’université des affaires politiques et elle retrouvera son calme ! ».

        Rejoignant dans leurs analyses tous ceux dont l’imagination débridée a forgé de toutes pièces la thèse d’un complot à l’origine de la crise du niqàb, ourdi par le doyen de la FLAHM pour des raisons politiques, il s’acharne sur ce dernier, le met en pièces l’accusant d’avoir « créé de toutes pièces » la crise et même de l’avoir attisée. A l’interviewer qui voulait savoir ce que le ministre entend par « fanatisme politique » et s’il accuse « des parties appartenant au milieu universitaire d’avoir contribué à l’explosion de la situation, essentiellement à la FLAHM, ce dernier répond : « … En toute clarté, c’est le fanatisme politique du doyen de la FLAHM qui est à l’origine de la crise du niqàb à la Manouba. La solution existe. Mais il y a des parties qui ont exploité l’évènement. Je fais assumer gentiment à Monsieur Habib Kazdaghli la responsabilité du déclenchement de la crise. Le doyen de la FLAHM n’est pas le seul doyen de gauche en Tunisie. Mais il y a des cadres appropriés à l’exercice de l’activité politique et certainement pas l’université. Monsieur Kazdaghli aurait dû exercer la politique en dehors de l’enceinte de l’université ».

      Le journaliste d’Al Akhbar qui ne semble pas convaincu de cette lecture impute d’une manière très enrobée la responsabilité des évènements à la violence des sit-ineurs :

- « Ne pensez-vous pas, dit-il au ministre, que l’entrée de quelques éléments salafistes, leur séquestration du doyen de la FLAHM, leur obstination à imposer l’accès aux classes des étudiantes portant le niqàb est une violation de l’espace universitaire, du genre de celle que vous venez d’évoquer ? »

Le ministre, tout en exprimant une position de principe hostile au fanatisme et à la présence des « étrangers » quelle que soit leur appartenance politique et religieuse, enfonce le clou et porte des accusations très graves de complot ourdi contre le ministre qui n’épargnent ni le doyen, ni le conseil scientifique, ni les enseignants de la Manouba. De hauts fonctionnaires du ministère sont même impliqués dans ce complot :

- « Nous avons étudié la question avec beaucoup de sérieux mais le fanatisme politique ne nous a pas permis de trouver une solution. Je fais endosser au doyen, au conseil scientifique et aux collègues de la FLAHM ce qui est dernièrement arrivé d’autant plus que Habib Kazdaghli a ignoré l’autorité de tutelle, son recteur, Monsieur Chokri Mabkhout, qu’il a contacté d’autres parties, qu’il a organisé le rassemblement devant le ministère, rassemblement dont les dessous ont commencé à être éclaircis . Nous avons surtout découvert que des directeurs de notre ministère avaient été impliqués dans ce rassemblement afin de créer une escalade dans la situation. Puis, il (Habib Kadaghli) a attaqué le ministère dans les médias. Il y a eu une préparation du rassemblement qui a vu la participation des étudiants et des enseignants. Il y a un directeur général au ministère parmi ceux qui ont planifié cela et qui ont appelé à la démission du ministre…. Le terrain est miné au ministère et certains ont engagé le syndicat sur cette pente dangereuse.»

      La chasse aux sorcières va-t-elle commencer ? Est-ce le prélude à une grande purge au sein du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche qui serait nettoyé des brebis galeuses en attendant que les brebis égarées rentrent au bercail ? Les prochains développements de la situation nous éclaireront sur ce chapitre. Mais il est à craindre que ce nouvel épisode ne creuse le fossé entre les universitaires et leur ministre et n’approfondisse la crise qui connaît en ce moment une petite accalmie en raison probablement du climat politique dans le pays et des caprices du climat qui n’encourage pas les sit-in.

Habib Mellakh, universitaire, syndicaliste. Département de français, Faculté des Lettres de la Manouba

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INVITATION du Doyen de la Faculté Habib Kazdaghli pour une conférence qui aura lieu mercredi prochain le 08 février 2012 à 14:30 dans la salle Hassan Hosni Abdelwaheb de la Faculté .

Cette conférence ,sera tenue par le D. Sadok Belaïd, professeur en droit constitutionnel sous le thème :

"Lectures des évènements de la Faculté des lettres de la Manouba ".

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Décision du tribunal administratif :

L’étudiante M.S. avait saisi le tribunal administratif en février 2011, en recours en suspension et en annulation contre la décision de refus de son inscription à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Sousse, pour le motif qu’elle porte le Nikab, lors de sa présentation devant les autorités administratives et pédagogiques de la Faculté. La juridiction administrative a répondu à l’intéressée par l’irrecevabilité  de son recours,  dans son arrêt du  28 décembre 2011.

_Arrêt du tribunal administratif

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Nouvelles de la Faculté des Lettres de la Manouba 

(Tunis, le 05 février 2012)

 L’université tunisienne et le tribunal administratif solidaires  de la Manouba

     Une propagande malveillante continue à présenter la Faculté des Lettres, des Arts, des Humanités de la Manouba comme une institution rebelle, intransigeante ou très maladroite dans la gestion de l’affaire du niqàb quand les détracteurs qui participent à cette campagne de dénigrement décident d’être moins virulents dans leurs critiques. Faisant la politique de l’autruche et niant le réel, ces contempteurs prétendent qu’elle est isolée, privée du soutien  des acteurs de la vie politique et de la société civile et des autres institutions considérées soit comme permissives ou « légalisatrices » du port du niqàb et, dans tous les cas, indifférentes à ce qui se passe à la Manouba.  Ils occultent, de ce fait, les prises de position du président de la république, du président de l’assemblée nationale constituante, de plusieurs partis politiques, de la ministre de la femme et de la famille ( l’affaire du niqàb remettant en question le statut de la femme),  de la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme,  de l’UGTT, de l’URT de la Manouba, du bureau exécutif de la FGESRS, de son conseil des cadres et les actions syndicales   menées pour revendiquer la publication d’un texte juridique interdisant le port du niqàb dans les institutions d’enseignement supérieur, telles que la grève générale de soutien organisée par les universitaires, le 1 décembre 2011, leur rassemblement le 1 décembre 2011 et le 4 janvier 2012 à l’appel de leur fédération.

     Les évènements survenus lors des derniers jours  sont venus confirmer ce soutien et  apporter un cinglant démenti à nos détracteurs malveillants ou mal informés. La publication par la presse de la position commune des quatre facultés de médecine du pays au sujet du niqàb, prise depuis le 2 novembre dernier mais ignorée du grand public et dont j’ai longuement rendu compte dans ma dernière chronique, la position des cinq doyens des facultés des lettres et sciences humaines du pays, réunis le 31 janvier dernier, qui exigent des étudiantes de se dévoiler le visage dans l’enceinte de l’établissement montrent un appui continu à la FLAHM. Elles prouvent aussi qu’en matière d’interdiction du niqàb, il y a plus royaliste que le roi et que la FLAHM a fait preuve de plus de « tolérance » ( ou a été plus laxiste du point de vue de ceux qui sont plus à cheval sur les principes) que les autres établissements qui ont généralisé cette interdiction à tous les espaces alors que la FLAHM la limite aux salles de classe, d’examen et d’encadrement.

       Par ailleurs, les gens qui focalisent sciemment sur la FLAHM, présentée comme opposée au niqàb parce que c’est un foyer de mécréants, oublient ou feignent d’oublier qu’avant la prise en otage du doyen le 28 novembre 2011, date de la médiatisation de l’affaire du niqàb et du début de la crise à la Manouba, il y a eu un précédent à la Faculté des Lettres de Sousse qu’ un groupe d’assaillants a attaquée au début de l’année universitaire parce que son administration a refusé d’inscrire à la faculté l’étudiante Maroua Saïdi qu’il   a été impossible d’identifier en raison de son port du niqàb et de son refus de se découvrir le visage. Le cas de cette étudiante a été soumis au conseil scientifique qui a entériné la décision de l’administration, « étant donné les impératifs de la transmission du savoir qui exige du professeur qu’il connaisse personnellement ses étudiants, qu’il n’ y ait aucun obstacle à cette connaissance aussi bien dans un but d’évaluation du travail que de formation » selon la formule utilisée dans le rapport du doyen de la Faculté des Lettres de Sousse envoyé au tribunal administratif, saisi par l’étudiante pour abus de pouvoir. Dans son arrêt datée du 28 décembre 2011, cette juridiction déboute Maroua Saïdi de son recours visant l’annulation de la décision de la faculté parce que la liberté vestimentaire « à l’image de toutes les libertés individuelles ou publiques  est soumise à l’obligation de tenir compte de l’organisation des services publics et de leur marche normale » et que le refus de l’inscription «  s’inscrit dans le cadre des dispositions réglementaires en vigueur et des impératifs liés au bon fonctionnement du service public et à la garantie des intérêts des étudiants eux-mêmes » dans une allusion claire du juge à l’interaction pédagogique indispensable à la réussite de la formation des apprenants .

         Les détracteurs amnésiques ne se souviennent plus que, bien avant la survenue des incidents de la  Faculté des Lettres de Sousse et de la FLAHM, la Faculté des sciences, des mathématiques et des sciences physiques de Tunis a interdit pendant l’année universitaire écoulée à l’étudiante Sana Akdiri, inscrite en 3ème année de la licence fondamentale de physique, de suivre les cours et de  passer les examens à cause du port du niqàb. Pourtant l’étudiante s’est pliée à la décision des autorités universitaires parce qu’elle n’était pas soutenue par ce même groupuscule qui a semé la panique à la Faculté des Lettres de Sousse au début de l’année universitaire et qui  perturbe depuis plus de deux mois le fonctionnement normal de la FLAHM, mettant sous tension constante et agressant souvent son personnel et ses étudiants.

        La décision de la faculté des sciences de Tunis a été validée le 7 Juillet 2011 par le tribunal administratif qui a pris en compte les arguments présentés par son doyen au sujet de la formation théorique et pratique reçue par les étudiants et les risques de fraudes liés au niqàb. L’activité d’enseignement, lit-on dans l’arrêt rendu par le tribunal administratif, citant le rapport du doyen, exige pendant les cours théoriques et les séances de travaux pratiques « une interaction pédagogique avec l’enseignant et la participation en classe », rendues impossibles par ce voile qui couvre le visage. Les séances de TP supposent en outre le port d’un uniforme règlementaire et l’interdiction de tout vêtement «susceptible de présenter un danger pour l’expérimentateur »   dans les laboratoires, selon les termes du même arrêt.

          A côté de sa dimension pédagogique, la question du niqàb a une charge hautement idéologique et politique difficile à assumer par les institutions d’enseignement supérieur, qui n’ont pas voulu s’aventurer sur un terrain aussi glissant,  parce qu’elle concerne le statut de la femme tunisienne, objet des débats les plus passionnés et les  plus contradictoires depuis la Révolution. Ni la FLAHM, ni la faculté des sciences de Tunis, ni la Faculté des Lettres de Sousse n’ont voulu la médiatiser, jalouses qu’elles étaient de leurs prérogatives et pour qu’elle ne soit pas montée en épingle par les hommes politiques. Ce sont les violences exercées par le groupuscule qui a sévi aussi bien à Sousse qu’à la FLAHM, particulièrement le 28 Novembre et le 6 Décembre 2011 qui ont porté l’affaire devant les médias. Certaines institutions universitaires avaient même adopté un profil bas face à la présence de quelques étudiantes intégralement voilées comme le montre par exemple cette information publiée le 6 Juin 2011 par le journal électronique Leaders qui reprochait à l’administration d’un établissement de Tunis d’avoir permis à des étudiantes dont le visage était couvert  par un niqàb de passer les examens malgré l’opposition du conseil scientifique et du syndicat. Et le journal de se faire l’écho  des protestations énergiques  d’un enseignant ayant une ancienneté de plus de 33 ans dont il ne cite pas le nom et qui a adressé une lettre au ministre de l’enseignement supérieur où il écrit en substance : « j’avoue que je ne peux pas dispenser pleinement mon cours quand je ne sais pas à qui je m’adresse. J’ai toujours veillé à ce qu’il y ait une interaction pédagogique entre mes étudiants et moi-même et je tiens à continuer à le faire. Le fait de m’adresser à des visages masqués me gêne énormément et fait que les conditions de travail ne sont plus propices à un enseignement d’un niveau scientifique valable».

         Pour qui suit la chronologie des évènements, il est évident que le sit-in de la Manouba et les violences qui l’on suivi ont  été   la conséquence logique des évènements de la faculté des sciences de Tunis, de la faculté des lettres de Sousse où les doyens ont appliqué rigoureusement le règlement et de la décision du tribunal administratif rendue le 7 Juillet 2011. Devant l’obstination des universitaires à défendre le bon sens pédagogique et les prérogatives du conseil scientifique, que restait-t-il à faire sinon à recourir à l’argument de la force après la faillite du système de défense des partisans du niqàb, incapables de convaincre par la force de l’argument. Et si ces derniers ont choisi la FLAHM, c’est pour faire accroire auprès de l’opinion publique qu’ils sont victimes d’une discrimination politique et religieuse parce que le doyen de cette institution est adhérent à un parti politique moderniste et que ses enseignants sont des mécréants qu’il faut également combattre tout simplement parce que les islamologues de la FLAHM étudient l’Islam avec les outils de la linguistique, des sciences sociales et de la psychanalyse et qu’ils font des travaux d’exégèse non conformes à la doxa. Comme le dit l’adage : « Qui veut tuer son chien, l’accuse de la rage ».

       Cet historique est révélateur du conflit entre le droit exercé par les universitaires, en vertu de la loi qui les autorise à « légiférer » sur les questions scientifiques et pédagogiques, droit qui s’est manifesté dans l’interdiction du niqàb pour des raisons légitimes et légales approuvées par le tribunal administratif et l’arbitraire d’un groupuscule qui ne reconnaît pas ces prérogatives et qui est appuyé par un ministre dont l’attitude porte  à croire qu’il rechigne à protéger les enseignants et qui refuse de valider par une circulaire leurs positions.

      Le ministre de l’enseignement supérieur et beaucoup de dirigeants nahdhaouis ne restent pas en effet insensibles à l’image de la victime que veulent se forger auprès de l’opinion publique les sit-ineurs de la Manouba. Dans une déclaration faite au Nouvel Observateur publiée dans le numéro du 2 février 2012, il reprend comme un leitmotiv l’idée qu’on ne peut pas légiférer sur le niqàb en absence d’une constitution, idée déjà développée dans l’émission d’Hannibal TV Saraha Raha et dans le quotidien Al Maghrib. Il n’exclut  pas implicitement que les prérogatives des conseils scientifiques puissent être confisquées si la future  constitution légalisait le niqàb et il exprime sa sympathie à l’égard des sit-ineurs de la Manouba : « Je trouve qu’ils se comportent de manière civilisationnelle(sic!). Il ne faut pas être dur avec eux. C’est dommage que certaines filles soient empêchées de passer leurs examens parce qu’elles portent le niqàb. Je m’étonne que des gens qui font partie de l’élite de la Tunisie soient incapables de gérer une petite affaire. D’autant que leur refus d’accepter des étudiantes voilées se trouvera peut-être un jour contraire à des lois futures. Pour le moment, il suffirait qu’elles suivent les cours dévoilées en se tournant vers un mur et qu’elles ne regardent pas le professeur. Et pour les examens, que des femmes contrôlent leur identité ».  Les rôles sont inversés. Le bourreau devient une victime. Les agressions sont niées par omission et les agressés deviennent une élite incapable de gérer une aussi petite affaire que celle du niqàb, ce qui leur vaudra, si le ministre reste au gouvernement, la confiscation de leurs prérogatives pour incompétence (sic !). Pas une seule tentative de réfutation des raisons pédagogiques ayant motivé le refus des enseignants ni de remise en question du verdict et des attendus du tribunal administratif ne sont esquissées dans les déclarations du ministre. Autre indice d’un monde à l’envers : c’est la première fois dans notre pays qu’un gouvernement montre autant d’indulgence sinon de bienveillance face aux sit-ineurs au point qu’ils ont été pendant un mois les seuls maître à bord à la faculté et qu’ils se sont plu impunément pendant le mois restant à perturber ses cours et ses examens. Curieuse situation que celle d’un pays où le gouvernement regarde faire les violeurs des règlements universitaires et du code pénal sans réagir et où on adopte des règles de droit inédites en refusant d’appliquer la  loi en vigueur sous prétexte qu’elle pourrait changer dans une année !

       C’est ce contexte qui explique aujourd’hui la visibilité des positions de plusieurs institutions universitaires et la publicité qu’ils font à leurs démarches conjointes. La « fuite » relative à la position commune des doyens des quatre facultés de médecine du pays contre le port du niqàb dans leurs institutions, la démarche récente des cinq doyens des faculté des lettres et des sciences humaines du pays, réunis pour réitérer leur interdiction du voile intégral dans l’enceinte de leurs établissements et dont les résultats ont été répercutés par les médias relèvent d’une volonté d’envoyer un signal fort au gouvernement : les universitaires sont solidaires de la FLAHM et ne sont plus prêts à accepter la complaisance du gouvernement à l’égard des sit-ineurs. A cet égard, un évènement historique, qui est passé inaperçu, a eu lieu à la Faculté de Médecine de Tunis le 1 décembre 2011. Les enseignants de cette faculté ont suivi presque massivement ce jour-là le mot d’ordre de grève lancé par le bureau exécutif de la FGESRS pour soutenir la FLAHM, alors qu’ils ne sont pas affiliés à ce syndicat !

     Ce message ainsi que les décisions du tribunal administratif ont conforté les enseignants de la Manouba dans le bien fondé de leurs décisions. C’est ce qu’ont rappelé les enseignants réunis en assemblée générale commune le jeudi 2 février. Ils ont à nouveau exprimé leur colère face à l’inertie et aux duperies du gouvernement et ils ont salué la détermination de  la FGESRS à prendre des positions très fermes dictées par le fait que les négociations avec le ministère de tutelle au sujet de l’affaire du niqàb semblent avoir abouti à une impasse.

     Dure, dure sera la reprise si le ministère ne prend pas conscience que les universitaires sont plus que jamais déterminés à défendre  les compétences qui leur sont consenties par la loi et que le statu quo ne fera qu’envenimer la situation non seulement à la FLAHM mais aussi dans toutes les institutions du pays !

Habib Mellakh, universitaire, syndicaliste. Département de français, Faculté des Lettres de la Manouba .

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Nouvelles de la Faculté des Lettres de la Manouba (Tunisie)
(Tunis, le 27 janvier 2012)

Les fossoyeurs de la démocratie

     Les sit-ineurs ont été évacués hier soir vers dix huit heures. Les forces de l’ordre leur ont interdit de passer la nuit  à la faculté. Le matin, ils sont revenus toujours dans le même but d’imposer les étudiantes portant le niqàb, ce qui contredit les allégations selon lesquelles ils ont levé le sit-in et mis fin à la grève de la faim pour avoir obtenu gain de cause. Mais la journée a été dans l’ensemble calme même si deux étudiantes se sont imposées à cause du souci des surveillants de ne pas perturber la concentration des candidats. De toutes les façons, elles ont été prévenues que leurs copies ne seraient pas corrigées en raison de leur refus de respecter le règlement. Deux germanistes ont passé cet après-midi les épreuves sans voile.
     Les enseignants réunis en assemblée ont fait le bilan des quatre premières journées de la session, qui a fait apparaître l’inefficacité des autorités sécuritaires incapables de protéger le personnel de l’institution. Elles ont soufflé le chaud et le froid tout au long de la semaine des examens et nous ont soumis au régime de la douche écossaise, promettant d’agir mais différant continuellement le moment de l’action ou l’annulant tout simplement. Leurs troupes étaient certes en état d’alerte mais elles   ne sont jamais intervenues pour prévenir les perturbations en empêchant les éléments étrangers à la faculté d’y accéder parce que leurs chefs ne leur ont pas donné ce genre d’instruction  si bien que la sécurité  a été le talon d’Achille d’une organisation qui aurait pu être impeccable sans les carences sécuritaires .  C’est la bravoure du personnel qui a permis d’éviter le pire et qui a compensé les défaillances des forces de l’ordre. Il faut dès maintenant, estiment les enseignants, inviter le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche scientifique à envisager le recrutement d’un service d’ordre des vigiles qui surveille et contrôle les entrées et qui peut appeler, en cas de problème, les autorités universitaires compétentes (doyen ou recteur selon la législation en vigueur) à demander l’aide des services de l’ordre public comme cela se passe à La Sorbonne par exemple. Le service d’ordre, qui a veillé au déroulement des examens, a joué le rôle de ces vigiles mais les brigades d’intervention des gardes nationales postées devant la faculté et sollicités par le doyen n’ont pas voulu répondre à son appel.
      Les enseignants ont également décidé de se joindre à la marche pour les libertés qui sera organisée le samedi 28 janvier par un collectif composé de plusieurs partis et associations dans le but de défendre les libertés académiques et la dignité des universitaires.
        Pendant le déroulement de l’assemblée, comme un athlète victorieux qui monte sur le podium pour recevoir sa médaille, l’un des sit-ineurs, en tenue de combat, brandit dans une attitude iconoclaste, après s’être hissée  sur le socle élevé de la sculpture baptisée « Michket el Anouar » (la lanterne du savoir) , le drapeau noir du parti Ettahrir, parti panislamique appartenant à la mouvance islamiste et voulant la restauration du califat. Situé dans une position stratégique au milieu du parc, « Michket el Anouar », monument dédiée aux  lumières, sert d’emblème à la faculté et a été réalisée pour  rendre hommage, comme son nom l’indique,  au savoir et à la science. Cette scène, emblématique des enjeux de l’affaire du niqàb, signifie la politisation de l’université, son asservissement aux idéologies, l’intention d’en faire l’instrument d’une propagande pour un nouveau projet de société inspiré d’une lecture dogmatique de l’Islam qui exclut les autres interprétations considérées comme des hérésies. Une approche pareille sonne le glas de la libre pensée pour lui substituer le prêt à penser qui fait de l’identité, au lieu d’un concept en perpétuelle construction, un concept figé et sclérosé. Elle trahit les véritables intentions des sit-ineurs qui s’abritent derrière la liberté religieuse pour imposer un projet politique totalitaire qui enterrera la démocratie naissante. J’ai vu dans le regard atterré d’une collègue, qui était l’un des témoins de cette scène inimaginable il y a une année, l’expression de la peur de voir le rêve caressé un certain 14 janvier se transformer en cauchemar.
Par  Habib Mellakh, universitaire, syndicaliste.
Département de français, Faculté des Lettres de la Manouba (Tunisie)

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Nouvelles de la Faculté des Lettres de la Manouba (Tunisie)
(Tunis, le 26 janvier 2012)

La  FLAHM, les acteurs de la vie politique et de la société civile unis contre la violence et pour la défense des libertés.

        À l’appel des partis de l’opposition, des organisations non gouvernementales parmi lesquels la Ligue tunisienne des droits de l’homme et  de toute la corporation des enseignants de la Faculté des Lettres et des Arts et des Humanités de la Manouba qui a rejoint vendredi après-midi l’initiative mais  dont le nom n’apparaît pas sur la liste des participants pour des problèmes de coordination, des milliers de Tunisiennes et de Tunisiens ont participé aujourd’hui à « la marche de toutes les libertés » pour défendre la liberté d’expression, la liberté de pensée, la liberté de création, les libertés académiques et les droits de l’homme menacés par des groupes islamistes radicaux  qui utilisent la violence pour imposer leurs idées.

   Les enseignants de la Manouba ne se sont pas engagés dans la manifestation à titre individuel  mais comme un groupe solidaire faisant partie d’une institution désireuse de faire avec les autres composantes de la société tunisienne un front commun contre le fanatisme  et consciente qu’elle a été ciblée par ces groupes parce qu’elle a toujours été, aussi bien du temps de Bourguiba que Ben Ali le porte- drapeau  de la résistance contre l’atteinte aux libertés, aux principes démocratiques et le symbole de l’attachement aux libertés académiques. N’a-t-on pas souvent reproché aux chercheurs de notre faculté, spécialistes des études islamiques d’avoir transgressé tous les tabous et d’avoir nui par leurs nouvelles approches à l’Islam, alors qu’en s’écartant des lectures traditionnelles ou dogmatiques, ils ne faisaient que renouveler les recherches sur l’Islam, qu’enrichir la pensée islamique. Pourtant ces critiques  acerbes souvent relayées par des menaces ne les ont jamais dissuadés de persévérer dans la même voie qui fait du respect des libertés académiques l’une des conditions importantes du développement de la recherche scientifique. Accusés d’hérésie, voués aux gémonies, ils sont depuis deux mois la cible d’une campagne de dénigrement savamment orchestrée par la page de Facebook Talaba-révolution, d’actes d’agressions verbales quotidiennes et de violences physiques moins nombreuses mais parfois violentes qui ont touché des fonctionnaires, des ouvriers et des étudiants, à l’image de celle qui a entraîné mon admission aux urgences de l’hôpital Kassab le 6 décembre dernier et  celle subie par Slah Torkhani, fonctionnaire au service des publications le jour du démarrage des examens semestriels et qui lui a valu la pose de quatre points de suture au menton.

      La veille, comme par hasard, Hamadi Redissi, juriste et, à l’instar de chercheurs de la FLAHM, auteur d’ouvrages sur l’Islam qui n’ont pas eu l’heur de plaire aux défenseurs de l’orthodoxie musulmane et aux fanatiques,  a été sauvagement agressé par des extrémistes religieux, venus assister au tribunal de Tunis au procès de Nessma-TV dont le patron a été traduit en justice pour « atteinte au sacré » à la suite de la diffusion  du long-métrage d’animation français Persépolis doublé dans le dialecte tunisien et où figure une scène au cours de laquelle le héros, un enfant qui implore Dieu, essaye de l’imaginer au moment où il lui adresse ses prières, ce qui est proscrit par l’Islam. Le même jour, Zied Krichen, rédacteur du journal indépendant Al Maghrib connu pour sa dénonciation de l’extrémisme religieux et pour son soutien à la FLAHM, est tabassé dans le but évident de terroriser les militants au service de la liberté de la presse.

     Je pourrai multiplier à loisir les exemples prouvant la similitude de situation entre le vécu des enseignants de la FLAHM et celui des journalistes, des acteurs de la société civile et des avocats. Je n’en ai ajouterai qu’un seul. A la Manouba comme ailleurs, les auteurs des agressions sont restés impunis en  dépit des plaintes déposées et de la présence de témoins ayant fait leur témoignage. La manifestation a été, par conséquent, l’occasion d’envoyer un signal fort à l’adresse du gouvernement pour qu’il traduise en justice les auteurs de toutes ces agressions.

        La conscience de participer à un front commun a poussé la corporation  des enseignants de la Manouba à se joindre à la marche comme l’un de ses organisateurs mais la spécificité de leur situation l’a amenée à se singulariser d’abord en marquant spatialement la distance avec le reste du cortège. Cette façon de se démarquer a permis aux enseignants de la Manouba de mettre en exergue leur groupe et leur large banderole blanche brandie à tour de rôle pendant les trois heures de la marche et sur laquelle on pouvait lire l’inscription en grands caractères rouges, visible de loin et qui a servi de point de repère aux enseignants retardataires impliqués dans les surveillances de la dernière journée des examens : « Les enseignants de la Faculté des Lettres, des Arts, des Humanités de la Manouba manifestent pour la défense des libertés académiques et de la dignité de l’universitaire ». Cette manifestation dans la manifestation a eu pour effet positif de faire de la propagande pour la cause de la FLAHM, ce qui était du reste l’objectif recherché. A chacune des étapes de la marche, les journalistes et les citoyens photographiaient ou filmaient à qui mieux mieux notre groupe.

Les  slogans scandés ont aussi mis en évidence la spécificité du combat de l’université pour les libertés. C’est dans cet esprit qu’ils ont mis surtout l’accent sur son rôle majeur d’éclaireur pour la diffusion de la lumière du savoir, sur le respect des libertés académiques, des prérogatives des  conseils scientifiques et l’attachement aux principes des élections à tous les niveaux.

       Beaucoup de citoyens et d’universitaires ont tenu, en signe de soutien à la cause de la FLAHM, à rejoindre notre mini-manifestation. Scandant à tue-tête et sans répit nos slogans grâce à leur voix de ténor, Ahlem Boussaada et Haikel Ben Mustapha se sont également improvisés en coryphées, nous invitant souvent à reprendre en chœur les slogans qu’ils nous proposaient. Des citoyens, reconnaissant en moi l’auteur de cette rubrique quotidienne, diffusée sur Facebook, sont venus nous assurer de leur admiration et de leur soutien ainsi que d’anciens étudiants des écoles normales supérieures de Tunis et de Sousse, d’anciens camarades de classe que je n’avais pas revu depuis 38 ans. Notre doyen, devenu aujourd’hui une star selon la formule élogieuse d’une collègue, dite d’un air taquin, est félicité par des citoyens qu’émerveillaient son abnégation et son endurance. D’autres manifestants sont venus spontanément nous aider à hisser notre banderole, comme pour nous signifier l’adhésion totale à notre combat. Je retrouve dans ce soutien l’écho des nombreux messages qui me sont parvenus sur Facebook ou par le courrier électronique et où leurs auteurs nous signifiaient leur appui inconditionnel. Khaled Nouisser, le secrétaire général de notre syndicat, égal à lui-même, toujours imperturbable (Plus discret, plus Bouddha que moi, tu meurs !), quitte le premier rang et se fond dans la masse anonyme des manifestants pour échapper aux photographes. Tout au plus, consentira-t-il une seule fois sur mon insistance à hisser la banderole de la FLAHM pour une photo souvenir, non pour être sous les feux de la rampe mais pour mettre en valeur le slogan inscrit sur la banderole. C’est ce qu’il m’a semblé percevoir dans son hésitation à répondre à mes sollicitations.

      Il était écrit que cette journée historique du 28 janvier nous procurerait beaucoup de bonheur. Nous avons fait entendre notre voix comme en témoigne l’écho très positif de notre mini-manifestation sur les pages de Facebook et sur les journaux électroniques. Le cercle de nos partisans s’élargit de jour en jour. Dans une déclaration publiée dans le journal électronique Al Masdar, Madame Sihem Badri exhorte les étudiantes portant le niqàb à respecter le règlement intérieur de la faculté et à ne plus hypothéquer l’avenir de l’écrasante majorité de leurs camarades et leur droit aux études en entravant la marche de la faculté. Une manifestation comme celle d’aujourd’hui fait apparaître une vérité de plus en plus évidente qui elle été occultée au début de la crise pour des considérations politico-politiciennes : Le combat initié par la FLAHM est devenu de jour en jour la Manouba celui d’une  société qui est venue à bout du totalitarisme et qui n’accepte pas qu’il revienne.

Habib Mellakh, universitaire, syndicaliste. Département de français, Faculté des Lettres de la Manouba (Tunisie)

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Nouvelles de la Faculté des Lettres de la Manouba (Tunisie)
(Tunis, le 25 janvier 2012)

     Les enseignants de la Manouba condamnés à un travail de Sisyphe

     L’enseignant de la Manouba est un  Sisyphe malheureux mais pas encore désespéré. Chaque fois qu’il croit avoir obtenu le départ définitif des sit-ineurs, ces derniers reviennent à la charge et occupent à nouveau l’institution. Et notre valeureux Sisyphe se remet à l’ouvrage avec beaucoup de courage, d’abord pour ne pas être l’otage du groupe des défenseurs du niqàb et pour obtenir ensuite à nouveau la levée de leur sit-in. Ce scénario s’est répété aujourd’hui pour la troisième fois en dix jours. A huit heures quarante cinq minutes, ce matin, alors que l’on croyait  les sit-ineurs partis pour ne plus revenir, d’autant qu’ une quinzaine d’agents des brigades d’intervention de la garde nationale (BIG) s’était postée devant la faculté ,un premier groupe  composé d’étudiants de la FLAHM, non concerné par les examens et par conséquent non autorisé à accéder à la faculté, devenue depuis vendredi dernier un centre d’examen, a forcé la porte principale de l’institution. Il  a contraint par la menace  les enseignants, les agents et les ouvriers contrôlant cet accès à permettre l’entrée de quatre étudiantes portant le niqàb, bien qu’elles aient refusé de signer,  un engagement en vertu duquel elles acceptent, conformément aux dispositions réglementaires, de se découvrir le visage durant les séances d’examen. « On vous coupera les doigts, se sont-ils entendus dire, si vous ne nous laissez pas entrer ! » Cette scène s’est passée sous le regard indifférent des forces de l’ordre qui n’ont rien fait pour arrêter les agresseurs avançant qu’ils n’avaient pas reçu  d’ordre dans ce sens.

       Les agressions verbales et physiques se sont poursuivies devant le département d’histoire et  le département d’arabe où une collègue a été bousculée par l’un des défenseurs du niqàb. A ce groupe s’est joint le jeune chômeur évoqué dans mon bulletin précédent et poursuivi en justice pour avoir proféré précédemment des menacés de mort à l’encontre de certains collègues. Son impunité l’encourage à abreuver d’injures un enseignant, venu discuter avec lui, et à lui souhaiter la mort, à la suite de quoi ce dernier est pris d’un malaise. Le groupe menaçant réussit à forcer l’entrée des deux départements. Les assaillants pénètrent chaque fois dans les salles d’examen et y imposent les étudiantes intégralement voilées tout en filmant la scène pour prouver le refus  des professeurs surveillants de les accepter. Ces derniers le font à leur corps défendant pour éviter la perturbation des examens mais ils informent les candidates que leurs copies ne seront pas corrigées en raison de leur refus de respecter le règlement.

     Durant l’après-midi le groupe, qui s’est renforcé par des intrus ayant escaladé les murs de la faculté, s’est rassemblé devant le département des langues et le département d’arabe. Une collègue pique une crise de nerfs puis s’effondre en larmes à la suite d’une invasion analogue à celle de la matinée et des menaces qui lui sont adressées et qui lui signifient que le groupe est décidé à empêcher le déroulement des examens si l’étudiante voilée n’était pas autorisée à composer.

Ces actes tombent sous le coup de la loi. Il s’agit de délits dont le plus grave est l’entrave à un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions par le recours à la menace et à la violence. Ces méfaits ont été rendus possibles à cause de la passivité des forces de l’ordre. Il ne sert à rien de lever le sit-in quand on ne fait rien le lendemain pour empêcher le retour des sit-ineurs. Ces derniers passeront la nuit à la faculté.

      Les enseignants réunis en assemblée générale ont décidé de poursuivre leurs efforts pour assurer le déroulement des examens. Une bonne nouvelle est venue aujourd’hui récompenser leur résistance  et leur abnégation. Monsieur Mustapha Ben Jaafar, président de la Constituante, a souligné ce matin en recevant le doyen de la FLAHM  « la nécessité de réunir les conditions à même de garantir le bon déroulement des examens …….mettant l’accent sur l’impératif de respecter les règles pédagogiques définies par le conseil scientifique » selon une dépêche de l’agence TAP.

Habib Mellakh, universitaire, syndicaliste.
Département de français, Faculté des Lettres de la Manouba (Tunisie)

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Nouvelles de la Faculté des Lettres de la Manouba (Tunisie)
(Tunis, le 24 janvier 2012)

Une rude et terrible journée

       Les promesses  n’engagent que ceux qui les reçoivent, jamais ceux qui les font. Les enseignants de la Faculté des lettres, des Arts, des Humanités de la Manouba (FLAHM) l’ont vérifié ce matin au moment du démarrage des examens et leurs doutes quant à la crédibilité des promesses ministérielles se sont avérés fondés.  Aucun des engagements pris par les autorités n’a été honoré. C’est le constat amer fait par les professeurs surveillants,  par le service d’ordre composé de fonctionnaires et d’ouvriers appartenant à l’institution et aux établissements voisins et renforcé par des  collègues à la retraite, par les anciens doyens venus soutenir leur faculté dans la dure épreuve qu’elle traverse. Ni la promesse de la protéger par un dispositif de sécurité dissuasif aussi bien pour les personnes étrangères que pour les étudiants non concernés par les épreuves de la journée, ni celle d’obliger les sit-ineurs à l’évacuer  n’ont été tenues pour des raisons obscures. C’est ce qui explique chez les sit-ineurs l’arrogance  qu’ils ont affiché ce matin lorsque les différents cordons de sécurité chargés de l’ordre se sont déployés devant les départements, les amphithéâtres et les locaux des deux bibliothèques pour prévenir toute irruption des sit-ineurs dans ces espaces.  Voyant le brassard rouge arboré par les enseignants pour dénoncer les violences subies par les universitaires depuis deux mois, ils ont tenté vainement de les provoquer :
- Mais pourquoi portent-ils le brassard ? Que Dieu les maudisse ! dit l’un.
- Qu’ils aillent en enfer ! renchérit l’autre.

         Vers neuf heures, appelés en renfort par une étudiante qui a tenu coûte que coûte à passer l’épreuve sans se découvrir le visage, ils  se sont dirigés vers le bâtiment  abritant le département d’arabe et ont abreuvé d’injures les membres du cordon de sécurité placé devant ce pavillon, puis ils les ont menacés de mort ou d’égorgement. Un jeune chômeur, après avoir proféré des menaces de mort il y a une quinzaine de jours à l’encontre de la  directrice d’un département, récidive et s’adressant à deux collègues qui ont tenté de le calmer,  leur dit :
- A la faculté, nous organisons des sit-in mais à l’extérieur, nous tuons et nous égorgeons. Vous ne pourrez pas nous échapper, puisque nous vous filmons !
Puis après avoir vainement tenté avec les autres membres du groupe des sit-ineurs de forcer l’entrée du bâtiment, il brise avec son brodequin le vitrage de la porte en aluminium pour essayer d’imposer le passage de deux étudiantes portant le niqàb. L’un des bris de verre tranchants touche au visage monsieur Slah Torkhani, fonctionnaire au service des publications. La plaie profonde au menton, qui en a résulté,  a nécessité quatre points de suture.

          Les sit-ineurs  appellent ensuite des renforts de l’extérieur qui arrivent mais ils ne peuvent forcer la porte principale de la faculté en raison de la résistance héroïque du service d’ordre. Un jeune escalade la porte et tombe sans gravité. Pris par ce qui semble une crise d’épilepsie, il est transporté aux urgences pour être soigné.

       Mis hors d’état de nuire grâce à la vigilance des enseignants et leur acharnement à assurer le déroulement des examens, les sit-ineurs ne trouvent pas mieux, dans une nouvelle escalade, que d’occuper à nouveau le bâtiment qui abrite l’administration centrale et le bureau du doyen. Mais ayant constaté que les étudiantes portant le niqàb n’ont pas pu passer les épreuves de la matinée, ils n’essayent plus pendant l’après-midi d’imposer leur présence dans les salles  d’examen.

        Cette terrible journée vécue par les enseignants de la Manouba leur a permis de prouver à l’opinion publique et aux autorités qu’ils sont prêts à tous les sacrifices pour que leurs 8000 étudiants qui sont leurs enfants puissent passer leurs examens et qu’ils sont intransigeants quand on veut leur confisquer leurs prérogatives. Grâce au dévouement de l’ensemble du personnel prêt à braver le danger, nos étudiants ont pu passer leurs examens sans avoir été inquiétés et ils ne se sont même pas rendu compte des incidents qui ont émaillé la journée.  

      Il faut  des nerfs d’acier et un calme olympien pour pouvoir supporter de pareilles épreuves. Mais les enseignants ne sont pas prêts à revivre la tension qui a caractérisé cette journée de démarrage. Ils sont certes décidés à braver les difficultés mais à l’impossible nul n’est tenu. C’est la conclusion qui ressort des débats qui ont eu lieu pendant l’assemblée générale syndicale tenue aujourd’hui pendant la pause, entre les deux séances d’examen de la journée. C’est pourquoi les enseignants ont réitéré les exigences formulées et les avertissements  lancés lors des précédentes réunions.

       Les contacts entre le secrétaire général de l’UGTT et le premier ministre d’une part et les démarches directes entreprises par le doyen auprès du ministre de l’intérieur ajoutés à la pression syndicale d’autre part, ont permis de lever le sit-in  à dix huit heures, pour la troisième fois en l’espace de dix huit jours. Mais cette  mesure sera inefficace si elle n’est pas accompagnée de la protection des environs de la faculté par un dispositif de sécurité à même d’empêcher les fauteurs en eau trouble de s’y introduire dans le but de perturber les examens. Le communiqué du président de la république dénonçant les actes de violence qui ont émaillé le déroulement de la première journée ainsi que son appel à faire respecter le règlement intérieur de la faculté augure-t-il de la prise de ce genre de décisions ou bien s’agit-il de sa part d’une simple déclaration de principe et de vœux pieux puisque la gestion du dossier de l’éducation ne fait pas partie de ses prérogatives ? Nous le saurons pendant les prochaines heures lorsque les enseignants de la Manouba rejoindront leur faculté pour y assurer une deuxième journée de surveillance.  

Habib Mellakh, universitaire, syndicaliste.
Département de français, Faculté des Lettres de la Manouba (Tunisie)

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Nouvelles de la Faculté des Lettres de la Manouba (Tunisie)
(Tunis, le 23 janvier 2012)

Sit-in des universitaires devant le ministère, si les examens étaient sabotés

      Le nombre des grévistes de la  faim est passé à dix samedi dernier selon une dépêche de l’agence France-Presse qui cite Mohamed Bakhti. « Cinq filles en niqab ont rejoint la grève de la faim commencée par leurs camardes le 18 janvier» a déclaré ce  porte-parole des sit-ineurs et coordinateur du sit-in à la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba, annonçant une nouvelle escalade dans la crise qui dure depuis environ deux mois et qui perturbe le fonctionnement normal de l’institution. Les organisateurs du sit-in mettent de plus en plus la pression sur le gouvernement et sur les enseignants afin qu’ils autorisent les étudiantes portant le voile intégral à suivre les cours et à passer les examens.
     Pendant que les grévistes de la faim  poursuivent leur grève dans une résidence privée avec un suivi médical mais sans couverture médiatique et que les cours sont suspendus pour une durée de trois jours  consacrée à la préparation de l’examen, les sit-ineurs qui les soutiennent continuent à occuper la FLAHM à moins de vingt quatre heures du démarrage de la  session et ils sont prêts à perturber le déroulement des  examens.

    « Qu’attendent les autorités sécuritaires pour les obliger à lever le sit-in ? » C’est la question angoissante que se posent les enseignants  et les étudiants qui estiment que le statu quo, synonyme d’absence des conditions optimales de déroulement des examens, compromet la tenue de la session. Echaudés par l’expérience amère des deux derniers mois qui a vu les sit-ineurs s’incruster à la faculté pour y commettre impunément de multiples délits et infractions et, certains que les promesses n’engagent pas ceux qui les tiennent, ils ont fini par douter de la crédibilité des engagements pris par le ministre comme le montrent leurs réflexions exprimés sur les pages des réseaux sociaux et dans les assemblées et ils appréhendent  de plus en plus  que le gouvernement ne cède à la pression, ce qui nous entraînerait dans une voie sans issue.

     Les enseignants à cheval sur le principe, à leurs yeux, sacro-saint de l’autonomie pédagogique de l’institution ne sauraient accepter la confiscation de leurs prérogatives. C’est ce message qu’ils ont tenu à envoyer à l’autorité de tutelle au cours de l’assemblée générale syndicale commune tenue ce matin pour suivre l’évolution de la situation et prendre les mesures appropriées pour garantir un déroulement normal de la session. Malgré le statu quo qu’ils déplorent et bien que les autorités continuent à faire la sourde oreille à leur revendication légitime relative à la nécessité de réunir les conditions d’un bon déroulement des examens, ils s’engagent à faire l’impossible pour que les étudiants ne soient pas privés de leurs examens. Ils sont même prêts à essayer d’assurer leur déroulement en l’absence des garanties réclamées. Si malgré leur détermination et leur dévouement, les  examens étaient sabotés, ils en feraient endosser la responsabilité aux sit-ineurs et au gouvernement, ils les suspendraient et ils organiseraient un sit-in devant le ministère pour l’amener à prendre les responsabilités qui lui incombent.

      Il convient de signaler que le secrétaire général du syndicat de base des enseignants de la FLAHM, Khaled Nouisser a été reçu ce matin, avant la tenue de l’assemblée, par Houcine Abassi, secrétaire général de l’UGTT, en présence de Mustapha Medini, secrétaire général de l’URT de la Manouba. Les deux responsables syndicaux l’ont assuré du soutien inconditionnel  de l’UGTT et de l’URT dans cette phase très délicate de l’histoire de l’université où l’autonomie pédagogique des institutions universitaires est menacée et ils se sont engagés à participer à toutes les actions décidés par les universitaires.  

Habib Mellakh, universitaire, syndicaliste. Département de français, Faculté des Lettres de la Manouba (Tunisie)

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Nouvelles de la Faculté des Lettres de la Manouba (Tunisie)
  (Tunis, le 18 janvier 2012)

   Mobilisation générale pour la réussite des examens et mise en garde contre les risques d’échec

           Les directeurs de département, les présidents des masters, les coordinateurs des sections, les présidents des jurys des examens, le secrétaire général de la faculté, le responsable du service des examens se sont réunis aujourd’hui sous la présidence du doyen. Ce comité qui se réunit traditionnellement dans les institutions d’enseignement supérieur à la veille des examens semestriels aide le doyen à mettre en œuvre les décisions du conseil scientifique relatives à l’organisation des examens, aux règles régissant les délibérations et aux critères de rachat. Etant donné le contexte qui prévaut à la faculté en ce moment, l’attention de ce comité s’est évidemment focalisée sur les mesures appropriées pour la réussite des examens semestriels. Les membres présents se sont  déclarés mobilisés pour cet objectif malgré les difficultés rencontrées et les menaces qui pèsent sur leur déroulement.

          Ces enseignants, en charge de la responsabilité des examens, ont retenu, conformément aux prérogatives de la faculté et compte tenu des moyens dont elle dispose, des modalités internes très strictes et parfois draconiennes pour permettre une organisation rigoureuse des examens. L’interdiction absolue d’accès à la faculté pour toutes les personnes non concernées par les examens figure parmi ces décisions ainsi que la mobilisation de tout le personnel enseignant, administratif et ouvrier. La faculté est d’ailleurs tenue de renforcer ce service de surveillance par le recours à l’aide des institutions voisines. Une demande dans ce sens a été faite à l’autorité de tutelle par l’assemblée dans une lettre signée par le doyen et qui suggère aussi au ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique trois  mesures complémentaires majeures qui n’entrent pas dans les attributions de la faculté mais qui sont considérées comme indispensables à la tenue des examens :
1.    La levée du sit-in et l’engagement de poursuites judiciaires à l’encontre des auteurs d’agressions verbales ou matérielles et de menaces de liquidation physique dont le personnel enseignant, administratif et ouvrier a été la victime.
2.    La protection des alentours de la faculté par un dispositif sécuritaire performant analogue à celui qui a permis aux examens nationaux de 2011 de se dérouler dans de bonnes conditions.
3.    La publication par le ministère de tutelle d’un texte précis interdisant le port du niqàb et de tout autre voile cachant le visage pendant les cours, les examens et les séances d’encadrement dans le but de soutenir le règlement intérieur de la faculté.
L’assemblée met également en garde l’autorité de tutelle contre les risques d’échec liés à l’absence de  mise en œuvre de ces mesures.

              Pendant que toute la faculté est en alerte pour la réussite des examens, la perturbation de certains cours et de certains devoirs surveillés continue. Cinq cours et devoirs surveillés ont été aujourd’hui annulés en raison de l’entêtement des sit-ineurs à imposer la présence dans les salles des étudiantes portant le niqàb, tandis que les hauts parleurs hautement performants diffusant les harangues des leaders ont considérablement gêné le déroulement des cours et des devoirs surveillés.

            Plus grave est l’incident qui a eu lieu vers deux heures et demi de l’après-midi et qui a vu un étudiant inscrit en première année histoire légèrement blessé  à l’œil à la suite d’une agression perpétrée par un jeune chômeur qui n’a pas hésité à utiliser son couteau, blessant légèrement à la main un gardien qui essayait de l’arrêter. Une plainte a été portée contre l’agresseur par la faculté auprès du district de la garde nationale de la Manouba. Triste destin, en ces jours sombres, d’une prestigieuse faculté condamnée à alimenter les potins et la rubrique des faits divers dans les feuilles de chou !

Habib Mellakh, universitaire, syndicaliste.
Département de français, Faculté des Lettres de la Manouba (Tunisie)

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Nouvelles de la Faculté des Lettres de la Manouba (Tunisie)
(Tunis, le 17 janvier 2012)

Accord pour un dispositif sécuritaire renforcé pendant les examens
Assemblée générale syndicale à la FLAHM, le 19 janvier

       Recevant aujourd’hui les membres du bureau national de la FGESRS, le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique,  Monsieur Moncef Ben Salem leur a promis de protéger les examens semestriels de la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba grâce à un dispositif sécuritaire renforcé devant l’institution, capable d’empêcher le sabotage des épreuves par des étrangers. Le renforcement du personnel administratif et ouvrier en charge du contrôle de l’identité et de la sécurité a également été décidé par le ministre et annoncé pendant cette séance de négociations avec les représentants de la FGESRS. Ces deux mesures doivent, pour être efficaces, s’accompagner d’une nouvelle levée du sit-in  par les forces de l’ordre.

      Par contre le ministre ne s’est pas clairement prononcé sur la publication d’ un texte  (circulaire, note de service ou communiqué ) entérinant la décision des conseil scientifiques de l’université tunisienne d’interdire le port du niqàb ou de tout autre voile pendant les cours, les salles d’examen et les séances d’encadrement. Il a reporté cette décision à une date ultérieure et l’a subordonnée aux résultats d’une consultation auprès du tribunal administratif saisi par le ministère de cette affaire.

        Il s’agit vraisemblablement d’avoir un avis sur la compatibilité du texte proposé à la consultation avec les libertés individuelles et la particulièrement la liberté vestimentaire. C’est une première dans notre pays. IL s’agit en apparence d’une procédure visant à protéger les droits de l’homme et qui ne peut être  qu’appréciée dans un pays qui est dans une transition démocratique. Mais à y regarder de plus près, l’on se rend compte qu’elle est étrange. C’est comme si, oubliant que la liberté vestimentaire n’est jamais absolue, on demandait au tribunal administratif, au nom de cette liberté vestimentaire, de donner son avis sur l’obligation du port de l’uniforme par des policiers ou des douaniers ou de la blouse blanche par le corps médical ou paramédical pendant le travail parce que des professionnels appartenant à ces secteurs souhaiteraient  abandonner ces uniformes par caprice ou pour des motifs religieux (Qui sait si un jour une femme appartenant à la douane, ou une infirmière ne demanderait à porter le niqàb pendant son travail ?). Depuis quand un code vestimentaire doit-il être soumis à l’avis d’un tribunal administratif ? Les  codes vestimentaires  souples ou stricts ainsi que les règlements d’uniformes ont toujours existé dans toutes les civilisations et ont toujours été déterminés par la profession soit pour des raisons pédagogiques, soit pour des raisons d’hygiène ou d’autorité, sans aucune ingérence du pouvoir politique ou religieux. Pourquoi devrait-il en être autrement aujourd’hui en Tunisie alors que personne ne remet en cause la liberté vestimentaire en dehors des lieux de travail.

      La décision de s’en remettre au tribunal administratif est l’expression d’un profond malaise du ministre de la majorité nahdhaouie, confrontée à la rébellion des sit-ineurs  mais obligé de tenir compte  du point de vue de ses partenaires au sein de la coalition gouvernementale. Après le soutien accordé par le Président de la république, Monsieur Moncef Marzouki au conseil scientifique de la Manouba le 5 janvier dernier et la position claire du président de l’assemblée constituante, Mustapha Ben Jaafar, favorable à l’interdiction du niqàb en classe, vendredi dernier, le gouvernement est entre le marteau et l’enclume.

       Mais cet attentisme ne semble pas plaire aux enseignants de la Manouba, chaque jour confrontés aux dérapages verbaux et aux menaces des sit-ineurs et qui  sont très inquiets, à six jours du déroulement des examens, à cause des atermoiements ministériels et de la tension qui monte de jour en jour. Ils se réuniront en assemblée générale syndicale le jeudi 19 janvier 2012 à 12h30 pour une nouvelle évaluation de la situation à la lumière des derniers développements selon une information communiquée par Khaled Nouisser, secrétaire général du syndicat de base des enseignants.

      Habib Mellakh, universitaire, syndicaliste.
      Département de français, Faculté des Lettres de la Manouba (Tunisie)

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Nouvelles de la Faculté des Lettres de la Manouba (Tunisie)
(Tunis, le 16 janvier 2012)

Nouvelle escalade dans la crise à la faculté

       Tandis  que les enseignants et le personnel administratif et ouvrier ne ménagent aucun effort pour assurer les cours et préparer les examens du premier semestre malgré les perturbations, les provocations et les menaces  et que le mouvement  de soutien aux étudiantes intégralement voilées commence à s’essouffler en raison de la résistance de tout le personnel de l’institution, les sit-ineurs ont convoqué aujourd’hui une conférence de presse au cours de laquelle ils ont annoncé l’entrée de cinq étudiantes portant le niqàb dans une grève de la faim à partir de demain. Cette nouvelle escalade dans la crise augure d’un durcissement de la position des sit-ineurs après l’accalmie relative qu’a connue aujourd’hui la faculté. L’administration n’a en effet relevé que l’annulation de deux cours dont le déroulement a été saboté par les sit-ineurs selon le scénario décrit dans les bulletins précédents. C’est le calme annonciateur de la tempête.

      Pendant ce temps, les membres du conseil scientifique, les directeurs de département, les présidents de jury, les présidents des masters, le secrétariat général, le service des examens sont à pied d’œuvre pour la réussite des examens semestriels et ils ont entamé la préparation de la session de janvier tout en sachant que son déroulement peut être compromis par la présence des sit-ineurs et la nouvelle escalade. C’est pourquoi l’assemblée générale syndicale du 12 janvier a insisté sur l’urgence qu’il y a à réunir les conditions  nécessaires à la tenue des examens : un texte clair et précis signé par le ministre entérinant la décision des conseil scientifiques de l’université tunisienne d’interdire le port du niqàb ou de tout autre voile pendant les cours, les salles d’examen et les séances d’encadrement, l’évacuation des sit-ineurs et la protection des examens par un dispositif sécuritaire opérant devant la faculté et dans ses alentours pour empêcher le sabotage des épreuves par des étrangers.

           Ce sont ces revendications que transmettra le bureau national de la FGESRS au ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique demain à l’occasion d’une séance de négociations au cours de laquelle d’autres problèmes de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique seront abordés et discutés.

  Habib Mellakh, universitaire, syndicaliste.
      Département de français, Faculté des Lettres de la Manouba (Tunisie)

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Nouvelles de la Faculté des Lettres de la Manouba (Tunisie)
(Tunis, le 12 janvier 2012)

Le spectre de l’année blanche plane à nouveau sur la Manouba
    

La tension s’est accrue pendant ces 2 derniers jours à la Faculté des Lettes, des Arts et des Humanités de la Manouba ( FLAHM) à la suite des menaces de mort proférées à l’encontre d’Amel Jiidi, directrice du département d’anglais par un jeune barbu demeurant à la cité Ettadhamen, venu prêter main forte aux  sit-ineurs. L’intention d’imposer le droit des étudiantes intégralement voilées à passer les examens quitte à en compromettre le déroulement, intention proclamée par les défenseurs du niqàb et signifiée d’une manière effrontée aux professeurs, , a également envenimé la situation. C’est dans cette ambiance délétère que s’est tenue l’assemblée générale des enseignants de la FLAHM convoquée pour débattre des actions susceptibles d’amener   le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique à tenir ses promesses d’entériner par circulaire  la décision prise par le conseil scientifique de la FLAHM d’interdire pour des raisons pédagogiques,  pendant les cours, les examens et les séances d’encadrement tout vêtement pouvant cacher le visage.

     Les cent vingt  enseignants présents, conscients des dangers qui guettent l’université et particulièrement  la confiscation des libertés académiques et des prérogatives arrachées de haute lutte , se sont montrés déterminés à mettre fin aux atteintes à leur dignité, à sauver l’année universitaire, à  défendre les prérogatives de l’enseignant, son droit à fixer les règles de la profession et décidés à faire valoir l’autonomie du conseil scientifique dans la prise des décisions d’ordre scientifique et pédagogique conformément aux dispositions réglementaires en vigueur. La tenue de cette assemblée a été l’occasion d’un débat très constructif qui a débouché sur un consensus autour des positions et des mesures suivantes:
1.    La condamnation vigoureuse des menaces de mort proférées à l’encontre d’Amel Jiidi et des agressions subies par les enseignants, le personnel administratif et ouvrier. Si les enseignants se sont limités à une position de principe alors qu’ils auraient pu décider de faire une grève de protestation en raison de la gravité de la situation, c’est parce qu’ils ont placé l’intérêt des étudiants au dessus des intérêts de la corporation. Ils demandent au rectorat de la Manouba et à la FGESRS d’engager des poursuites judiciaires à l’encontre des agresseurs et à l’administration de l’institution de prendre les mesures disciplinaires adéquates sanctionnant leurs agressions.
2.    L’engagement à ne ménager aucun effort pour assurer le déroulement des examens dans les meilleures conditions possibles. Ils se déclarent prêts, à cet égard, à être présents massivement pendant les surveillances et à imaginer une stratégie efficace qui permette de contrecarrer toute velléité de sabotage  des examens. Le ministère est tenu pour sa part d’assumer la responsabilité qui lui incombe dans ce sens en prenant les mesures suivantes :
a)    La publication d’une circulaire ou à défaut d’un communiqué entérinant par écrit la décision du conseil scientifique du 2 novembre 2011 et la généralisant à toutes les institutions. Cette condition est nécessaire mais non suffisante pour assurer le déroulement des examens.
b)    La mise à la disposition de la faculté d’un service de sécurité composé de la police et de l’armée, analogue à celui qui a permis l’année dernière le bon déroulement du baccalauréat pour empêcher les éléments étrangers d’accéder à la faculté et de perturber ses examens. Il s’agit là d’une mesure à mettre en œuvre impérativement en complément de la première condition qui est nécessaire mais pas suffisante. Ce dispositif n’opère pas dans l’enceinte de la faculté.
c)    La protection de la faculté contre les éléments étrangers qui perturbent ces cours par le recours à un service d’ordre de caractère civil comparable à ceux qui assurent l’ordre dans certaines universités étrangères.
         Si ces conditions ne sont pas réunies, les enseignants de la FLAHM s’excuseront parce qu’ils ne          
         pourront pas assurer le déroulement des examens.
3.    L’appel aux universitaires pour qu’ils prennent par le biais des structures syndicales autorisées les décisions de soutien qui s’imposent à l’échelle nationale.

Habib Mellakh, universitaire, syndicaliste.
 Département de français, Faculté des Lettres de la Manouba (Tunisie)

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Nouvelles de la Faculté des Lettres de la Manouba (Tunisie)
(Tunis, le 10 janvier 2012)
La volte-face de Moncef Ben Salem a encouragé le retour des sit-ineurs

       La situation est de jour en jour plus tendue à la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba (FLAHM) et le sentiment d’insécurité  gagne de plus en plus  les enseignants et les étudiants surtout après l’agression physique dont Amel Jiidi, directrice du département d’anglais a été la victime hier après-midi et la menace de mort proférée à son encontre par un intrus qui s’est introduit à la faculté pour renforcer le groupe des défenseurs du niqàb et qui a été identifié par la garde nationale comme un jeune, habitant à la cité Ettadhamen et ne fréquentant aucun établissement d’enseignement supérieur. Une étudiante terrorisée hier, parce que la salle de classe où elle se trouvait a été envahie par le groupe, a dû sauter par l’une des fenêtres du rez-de-chaussée. Son témoignage a été recueilli par la garde nationale.

       Le feuilleton des cours empêchés de se dérouler (au nombre de trois) continue et deux devoirs surveillés n’ont pas eu lieu. Mais le nouvel élément  dans l’épisode d’aujourd’hui a trait à la reprise du sit-in. Les sit-ineurs ont passé la nuit d’hier à la faculté, amenant le matériel sophistiqué des meetings politiques avec des haut-parleurs et des micros très performants, et accrochant, entre les arbres du parc, des pancartes rappelant leurs revendications, sauf qu’en guise d’auditeurs, ils n’ont eu qu’une poignée d’étudiants et des journalistes de la chaîne al Jazeera. Tous les ingrédients sont par conséquents réunis pour la reconstitution du contexte qui a prévalu avant la fermeture de la faculté. Les collègues inquiets, scandalisés ou atterrés estiment que la situation est devenue intenable, que les examens semestriels qui auront lieu dans quinze jours  sont menacés et que les cours de rattrapage décidés par le conseil scientifique peuvent être suspendus.

      Je n’ai pas voulu hier dans ce bulletin évoquer la menace de mort à l’encontre d’Amel Jiidi avant de m’assurer d’une prise en mains de l’affaire par la police, de peur d’être accusé d’amplification. Pourtant d’aucuns serinent jusqu’à aujourd’hui cette rengaine dans quelques médias. La prise en otage du doyen, la prise en otage de toute la faculté obligée de fermer ses portes et soumise jusqu’à aujourd’hui au diktat des sit-ineurs, l’agression qui m’a amenée aux urgences, Amel Jiidi menacée de mort, tous ces faits ainsi que les  injures quotidiennes dont les enseignants sont abreuvés et les atteintes à la liberté du travail ne suffisent-ils pas pour convaincre nos détracteurs et l’état tunisien de la gravité de la situation ? Faudra-t-il que quelqu’un soit grièvement blessé ou qu’il meure à la faculté pour que l’on mesure les dangers réels encourus par tous ceux qui la fréquentent dans les circonstances actuelles ? Ces actes ne constituent-ils pas des délits punissables par le code pénal ? Ces faits ne sont-ils pas assez accablants pour que la justice se saisisse de l’affaire et traduise les coupables devant le tribunal ? Pourquoi livre-t-on la faculté aux sit-ineurs ?

       Les universitaires, dans leur écrasante majorité considèrent que l’affaire du niqàb les concerne tous et qu’elle n’interpelle pas uniquement les enseignants de la Manouba comme le montrent, du reste, la grève du premier décembre et le rassemblement du 5 janvier.  Ils ne comprennent pas pourquoi la levée du sit-in n’a pas été suivie d’une arrestation des coupables. Ce a qui pu se passer après l’engagement des autorités à ratifier le règlement intérieur sur le niqàb par la publication d’une circulaire demeure, à leurs yeux, un mystère. Un conseil interministériel réuni jeudi 5 janvier pour discuter de la question du niqàb et la rencontre des membres du conseil scientifique de la Manouba avec le président de la république étaient portant porteurs de promesses que la double levée du sit-in avait confortées. Les universitaires ont  également caressé l’espoir que la nécessité d’une politique gouvernementale cohérente en matière de niqàb conjuguée à la pression des universitaires  amènerait le ministre de l’enseignement supérieur  à s’aligner sur la position de Taïeb Baccouche, son collègue  de l’éducation nationale dans l’équipe de Béji Caïd Essebsi, favorable à l’interdiction du niqàb dans les collèges, les écoles primaires et les lycées, dans un contexte identique à la situation actuelle et qui a vu la constitution de la Tunisie abrogée. La circulaire de l’ancien ministre de l’éducation nationale n’a pas pour autant été considérée comme illégale par le tribunal administratif et elle est actuellement reconduite par son successeur. La volte-face de Moncef Ben Salem, à qui les universitaires imputent le durcissement actuel dans les positions des sit-ineurs et qui est intervenue à l’occasion de l’émission Saraha Raha, révèle-t-elle des divergences au sein du gouvernement sur la question ? Si tel est le cas, les membres de l’actuelle équipe ont intérêt à accorder leurs violons parce que la situation risque de dégénérer, si l’on ne résout pas le problème.  

       Conscients de la gravité de la situation, le bureau syndical de l’enseignement supérieur de la Manouba, celui du syndicat du corps commun,  celui des ouvriers et celui des fonctionnaires, appuyés par le bureau exécutif de l’UGTT envisagent d’organiser, dans les meilleurs délais, sous l’égide du bureau national de la FGESRS et de l’URT de la Manouba, une assemblée générale pour prendre les mesures susceptibles d’aider au déblocage de la situation.

Habib Mellakh, universitaire, syndicaliste.
 Département de français, Faculté des Lettres de la Manouba (Tunisie)

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Nouvelles de la Faculté des Lettres de la Manouba (Tunisie)
(Tunis, le 9 janvier 2012)

Malgré le retour massif des étudiants de la FLAHM, quelques incidents ont empêché, ce matin, le déroulement de certains cours. IL en a résulté une atmosphère très tendue comparable à celle que la faculté a connue pendant les premiers jours de la crise et qui a vu la répétition d’un scénario devenu classique : une étudiante portant le niqàb se fait escorter, au moment où elle se dirige vers sa salle de classe par un groupe d’une quinzaine ou d’une vingtaine d’étudiants  non inscrits pour la plupart à la faculté, acquis à sa cause et munis d’appareils photos et de caméras . Tandis que l’étudiante entre dans la salle de classe, certains d’entre eux en bloquent l’accès. D’autres y pénètrent pour faire valoir auprès de l’enseignant en charge du cours le droit de cette étudiante à y prendre part sans se découvrir le visage en violation du règlement intérieur qui interdit de se voiler le visage et qui empêche l’entrée des étudiants dans les salles de classe pour y semer le trouble. Le professeur essaye de convaincre l’étudiante de se découvrir le visage tandis que ses camarades qui ont fait irruption dans la salle filment la scène malgré l’opposition de l’enseignant qu’ils insultent parfois. Après le montage de la vidéo, il ne restera plus aucune trace de cette agression verbale. Cette vidéo est censée être utilisée comme une preuve contre l’enseignant, coupable d’avoir empêché l’accès au cours et pris en flagrant délit (sic !). Le film ou la photographie permettent aussi d’identifier ce professeur récalcitrant et l’expose aux représailles. C’est une forme d’intimidation et une menace à peine voilée. Quand l’enseignant n’arrive pas à convaincre l’étudiante, il quitte la salle.

Aujourd’hui sept enseignants (4 enseignants arabisants, deux anglicistes et un italianisant) ont dû quitter la salle après avoir été verbalement agressés et menacés par les intrus. La directrice du département d’anglais venue prendre la défense de son collègue a été physiquement agressée. Elle a porté plainte auprès du district de la garde nationale de la Manouba. Pendant que les enseignants sont humiliés et qu’ils sollicitent la protection des autorités, le ministre déclare qu’il ne pourra pas envoyer aux établissements d’enseignement supérieur de circulaire interdisant le port du niqàb pendant les cours, les examens et les séances d’encadrement tant  que la constitution n’aura pas été rédigée !

 Habib Mellakh, universitaire, syndicaliste.
 Département de français, Faculté des Lettres de la Manouba (Tunisie)

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Salem Labiadh

مقالنا في جريدة الحصاد عدد 12 / ليوم 3/12/2011
الجامعة والثورة والسلفية
د.سالم لبيض

ما من شك في أن أحد أكبر المكاسب التي عرفتها تونس خلال السنوات الخمسين المنقضية   هي                                      هي

Salem Labiadh

الجامعة التونسية، وما من شك كذلك في أن تلك الجامعة قد أُنشأت من عرق الفقراء ودافعي الضرائب من مختلف الطبقات والشرائح الاجتماعية وبالتالي فإن وجودها ليس مزية من النظام السياسي أو من هذا الشخص أو ذاك ممن تولى أمر البلاد كما يحلو للبعض ترويجه. ولكن من حقائق الأمور اليوم هو أن الجامعة التونسية التي تنامى عدد طلابها في السنوات الأخيرة إلى أكثر من 350 ألف طالب تحتضنهم ما يناهز 200 مؤسسة جامعية لم تبرز منها إلا تلك المعطيات الكمية التي كثيرا ما افتخر بها نظام بن علي وتباهى، مع أن جامعاتنا المحدثة لم تكن لتجد لها مكانا في خارطة التصنيفات العالمية أو هي مصنفة خارج الترتيب، وهذه حقيقة كان يعرفها كافة المهتمين بالشأن العام في تونس وخارجها (انظر تصنيف جامعة شنغهاي 2010 حيث تحتل أفضل الجامعات التونسية وهي جامعة سوسة الرتبة 6719 عالميا). وبعيدا عن سياسة التزييف التي مارسها النظام السابق والذي لم ينج منها حتى تاريخ تأسيس الجامعة حيث جاء في مؤلف خمسينية الجامعة التونسية الذي أصدرته وزارة التعليم العالي أيام الوزير البوعوني أن بعث الجامعة كان سنة 1958 وهو ما خوّل له زورا الاحتفال بخمسينيتها سنة 2008 ولم يكن له من هدف من وراء ذالك الإجراء سوى ترسيخ ذكراه إلى جانب ذكرى المؤسسة الجامعية والتقرب بذلك من ولي نعمته بن علي الذي ناله شرف كتابة رسالة خاصة نشرت بخط يده في أولى صفحات الكتاب وهو الرجل الأمي قراءة وكتابة، في حين أن التاريخ الحقيقي لتأسيس الجامعة التونسية إما أن يكون سنة 1956 مع بعث دار المعلمين العليا أو سنة 1960 مع صدور قانون إحداث الجامعة. وبعيدا عن تلك السياسة الدعائية التي كانت توظف كل شيء لصالح السياسي، لا بد من الاعتراف بأن جامعاتنا كانت تعيش خلال العقود المنقضية أزمة مزمنة شبيهة بأزمة الجامعة الفرنسية بوصفها مستنسخة منها (انظر العدد الهام من مجلة موس    
– Revue du Mauss ; L’université en Crise Mort ou Résurrection n 33
Premier semestre 2009 ; 384 p )
إن مظاهر أزمة الجامعة التونسية كثيرة جدا، منها ما هو متعلق بجمهرة Massification الجامعة بسبب الصبغة السياسية لامتحان الباكالوريا بعد أن حاد عن وظيفته العلمية، ومنها ما هو متعلق بالبنية الأساسية الضعيفة أو المنعدمة خاصة في المؤسسات الناشئة حيث تُفتقد المكتبات والتجهيزات، ومنها ما هو متعلق بظروف الطالب المتردية جدا في مستويات السكن والمعيشة والمنحة(50 دينار شهريا)، ومنها وما هو متعلق بنظام التكوين لاسيما النظام المعروف بأمد المستنسخ من التجارب الأروبية ودولها المانحة، والمدعوم بقروض البنك الدولي، الذي أعطى نتائج كارثية فيما يتعلق بنوعية الخريجين وأفقد الحياة الجامعية صبغتها الأكاديمية وحوّل الجامعة إلى مؤسسة للمهننة وتعلُم بعض الحرف والصنائع على غرار مدارس التكوين المهني ولكن بأكثر سوء. ومن مظاهر الأزمة المستعصية والمعقدة نوعية الجامعي ففي السنوات الأخيرة ولسد الفراغ الذي سبّبه العدد الكبير من الطلبة وقع الاستنجاد بالموظف السامي للتدريس ووصلنا إلى مرحلة تدريس الطالب للطالب، هذا ناهيك عن أنظمة الترقية الجائرة والأجور الجامعية المصنفة في أسفل السلم العالمي حيث يتقاضى أستاذ التعليم العالي في حدود 1000 أورو وهو ما يتقاضاه الطالب في شكل منحة، ويتقاضاه صاحب الأجر الأدنى في أروبا، ولا يتجاوز أجر مساعد التعليم العالي وهي أدنى رتبة في السلم الجامعي، سوى 600 أورو(اعتمدنا الأورو وليس الدينار في القياس لأن المتطلبات الجامعية لا تصنف محليا وإنما عالميا)، وهذه الأجور الضعيفة مقارنة بالجامعيين على مستوى عالمي ومقارنة بكوادر الدولة وما يتمتعون به من امتيازات، تعكس المقدرة الشرائية المتدنية للجامعي وتدفعه إلى القيام بأعمال أخرى موازية لسداد نفقات حياته المرتفعة من كونه ينتمي نظريا إلى الطبقات المترفهة، ويدفعه كذلك إلى الارتماء في أحضان حزب التجمع الحاكم الذي اشترى منه كرامته وحريته واستقلالية موقفه مقابل المنصب والمرتبة الإدارية التي تحصل عليها هذا الأستاذ أو ذاك (2772 استاذ تجمعي سنة 2002 انظر كتاب زهير مظفر من الحزب الواحد إلى حزب الأغلبية ) . ا                                                                                                                                لأغلبية

لم تكن أزمة الجامعة سوى جزء لا يتجزأ من أزمة مجتمع بكاملة عمل نظام بن على تعطيل ديناميته الاجتماعية والسياسية ومن ثمة الهيمنة عليه بواسطة مؤسسات الدولة التي اخترقها الفساد والاستبداد فتحولت جهازا معاديا للمجتمع الذي تنظمه. وقد جاءت ثورة 14 جانفي تتويجا لحركة احتجاجية بدأت بمضامين اجتماعية في 17 ديسمبر سرعان ما أخذت أبعادا سياسية تطالب بتغيير النظام. لكن المفارقة تكمن في أن الثورة لم تقدها الشرائح الجامعية والنخب التي تمتهن الفكر وهي الأكثر وعيا من بين مختلف الشرائح وإنما فجّرتها وقادها وانتصرت فيها شرائح أخرى أقرب من عامة الناس رغم أنها أقل وعيا مقارنة بالجامعيين. المفارقة أيضا في أن الجامعيون لم يعيشوا الثورة الملتهبة في سيدي بوزيد والقصرين منذ 17 ديسمبر 2010 إلا في 12 جانفي 2011 وذلك من خلال التجمع الذي لم يتجاوز بضع مئات من الأشخاص في كلية الحقوق بتونس قبل أن يتجهوا في ذلك اليوم إلى مقر جامعة تونس المنار الذي لا يبعد سوى مئات الأمتار، بل هناك من يتحدث آنذاك عن حياده تجاه ما يجري في البلاد يوم سقوط العدد الأكبر من الشهداء في القصرين وتالة ويوم أن سقط زميلنا حاتم بن طاهر شهيدا في موطنه مدينة دوز فنالت معه شرف الشهادة ولم تنلها معه الجامعة لأنها لم تكن مسرحا للإحداث الاحتجاجية كما كانت زمن أوجها. وبعد يومين فقط من ذلك التاريخ سقط بن علي ولكن الرسالة التي وُجهت للجامعيين أن مجيئكم قد جاء متأخرا جدا أو هو منعدم إذا ما استثنينا المشاركات الفردية لبعض الجامعيين المنخرطين في بعض أحزاب المعارضة وعددهم كان قليلا جدا أو البعض الآخر من المهتمين بالشأن العام. ولعل تلك المشاركات المحتشمة جدا في مستوى مقالات الرأي الداعمة للانتفاضة الشعبية التي عمت مختلف مناطق البلاد وهذا من وظيفة الجامعي الأساسية، وفي مستوى التظاهر والاحتجاج في الشوارع، أو هو الغياب شبه الكلي للجامعة هو الذي أقصاها من النقاش السياسي الذي تعيشه البلاد منذ 17 ديسمر 2010 إلى اليوم وحرم الكثير من الجامعيين من الوصول إلى المجلس التأسيسي بعد أن اعتقدوا أن ذلك الأمر يسيرا بالنسبة إليهم، بينما نال شرف الانتماء إلى المجلس أشخاص من شرائح اجتماعية ابعد ما تكون عن النخبة الجامعية ولكنها أقرب إلى عامة الناس وهمومهم. ومن غير المبالغة القول أن الجامعة التونسية حُيدت أو حيدت نفسها عما يجري في البلاد بسبب هذا التمشي الفوقي الذي انتهجته أو انتهجه جامعيوها، وكنا ننتظر طيلة الفترة المنقضية لاسيما بعد الثورة أن يثير الجامعيون ونقاباتهم ومختلف الأطر المنظمة للحياة الجامعية القضايا الحقيقية للجامعة وخاصة التفقير المنظم الذي مارسه بن علي على الجامعيين والتهميش الممنهج الذي أقصى الجامعة من لعب أي دور في الحياة العامة وأن تتحول إلى منبر للنقاش السياسي والفكري والأكاديمي لكل ما يدور فيها ومن حولها إضافة إلى دورها في التدريس والبحث كما هو حال أغلب جامعات الدنيا، ولكن الذي حدث غير ذلك بالمرة، فقد تحولت الجامعة إلى مؤسسة بفلوفية لا تتقن إلا رد الفعل تجاه مثير خارجي يسمى السلفية، حدث ذلك في سوسة وفي قابس وفي الزيتونة وفي القيروان ومنوبة اولا وفي منوبة أخيرا ولا نعتقد أن هذا المسلسل سينتهي قريبا فكلما حضرت السلفية تحركت في مواجهتها الجامعة وكلما غابت السلفية عن المشهد أعفى الجامعيون أنفسهم من عناء التحرك. لقد انخرط الكثير من الجامعيين في الاحتجاج تجاه الخطر الداهم المسمى بالسلفية وظاهرة النقاب وخطورتها على الحريات الشخصية، وتعالت الأصوات المنادية بتحييد الجامعة وعدم تسييسها وانتضمت الإضرابات والاعتصام وتوجه الجمع إلى المجلس التأسيسي، وما من شك في أن كل ذلك مشروعا في مناخ الحريات الذي وفرته الثورة لمن شارك فيها ولمن لم يشارك، وأن النقاش والاحتجاج والاعتصام والتظاهر الذي لا يصل درجة ممارسة العنف على الغير بأي مسوغ كان هو أمرا طبيعيا بل وضروريا في مشهد متعدد متنوع وهو من مقتضيات لعبة الديمقراطية والتداول السلمي على السلطة، وأن القبول بكل مكونات المشهد السياسي والفكري والأيديولوجي في الجامعة هو من طبيعتها بوصفها مؤسسة تنتج الأفكار والمعرفة ولعلها تحتكر ذلك وهو في رأيي أمرا ضروريا وحيويا . وإن هذا المناخ المفتوح داخل الجامعة من النقاش والحوار وتبادل الأفكار وتصحيح المفاهيم سواء كان في الأطر الشكلية أو على هامشها هو وحده الذي سيصلح السياسات الجامعية الفاسدة التي اقترفتها أيادي القائمين على الجامعة زمن بن علي والتي أدت من ضمن ما أدت إليه بروز الظواهر المتطرفة الدينية وغير الدينية التي انتصرت على ما يبدو على ما أنتجته المؤسسة التعليمية الجامعية وغير الجامعية التي روجت يوما للعقلانية والحداثة والتسامح. ولنا من تاريخ الحركة الطلابية دروس، فقد كانت تلك الحركة تشكل مجتمعا فكريا وايديولوجيا موازيا للمجتمع العلمي منذ الستينيات وحتى بداية التسعينيات، ولقد تربى أغلب كوادر الأحزاب والتنظيمات السياسية والنقابية والحقوقية المشتغلة اليوم في تلك المدرسة. إن النقاش السياسي والفكري الحر والمفتوح في الجامعة هو الوحيد القادر على الإقناع على سبيل المثال بأن لون الإسلام لم يكن يوما السواد القاتم وإنما هي الألوان المتعددة للشعوب وألسنتها وبالتالي ثقافاتها المختلفة وأن أشكال اللباس هي جزء من عادات الشعوب وتقاليدها وثقافاتها التي تنتجها ألسنتها متفاعلة مع محيطها الاجتماعي والثقافي والبيئي، وأن الإسلام لا يميل إلى العنف والدليل أن أكبر الشعوب الإسلامية في أندونيسيا ونيجيريا وغيرها لم يدخلها فارس مقاتل واحد وإنما دخلها تجار ينشرون الكلمة التي كانت أكثر وقعا من السيف والمدفع، وأن العلم فريضة تطلب ولو كانت في الصين وسكان الصين زمن الرسول لم يكونوا من المسلمين أو المؤمنين ومع ذلك فإن طلب علمهم واجب متأكد مع أنه علم وضعي وليس علما دينيا …إلخ ، وخلاصة القول هو أن الجامعة مطالبة بالخوض في قضايا حقيقية تهمها وتهم المجتمع ومطالبة بأن تكون مفتوحة للجميع بدون إقصاء وبعيدا عن ممارسة أي شكل من أشكال العنف وأن تحييدها عن التوظيف السياسي لهذا الطرف أو ذاك من الطلبة أو الأساتذة أمر بات متأكدا .                                                                                                                                         متأكدا

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7 réponses à Faculté la Manouba.

  1. Ping : Nouvelles de la Faculté des Lettres de la Manouba.Tunis, le 26 janvier 2012. | Le milieu autorisé

  2. Ping : Nouvelles de la Faculté des Lettres de la Manouba.Tunis, le 26 janvier 2012. | Le milieu autorisé

  3. Hajer Miladi dit :

    l’article suivant s’impose comme une contexte incontournable à quiconque qui s’intéresserait à "l’affaire Manouba"
    https://www.facebook.com/photo.php?fbid=2531616022645&set=a.1798600937726.94927.1620852523&type=1&theater

  4. Hajer Miladi dit :

    Etant enseignante à la faculté des lettres de la Manouba et vu les liens étroit qu’entretient Marc Fellous avec Israel, j’appelle ce dernier à ne pas s’ingérer dans les affaires de ma faculté. Ce genre d’intervention va à l’encontre de l’autonomie de l’université tunisienne. Je préfère avoir affaire à des compatriotes extrémistes qu’à des étrangers aux relents sionistes.

    • Il y a à peu près 600.000 personnes qui appartiennent à la communauté religieuse juive de France. Ils ne sont pas tous des défenseurs de l’idéologie sioniste hégémonique et expansionniste. Dans cette même communauté il y a des ardents défenseurs de la cause palestinienne. Certains sont même des activistes réputés pour la reconnaissances des droits fondamentaux des palestiniens dont celui d’avoir un État indépendant avec des frontières reconnues internationalement. Ils n’ont pas attendu pour réagir ,la vague des soulèvements anti-gouvernements amorcée en Tunisie en décembre 2010. Croyez moi, ce ne sont pas quelques excités qui scandent quelques slogans dans la rue. Ils interviennent en France dans les milieux associatifs mais aussi dans les territoires occupés. Demandez aux premiers concernés les familles palestiniennes, ils vous diront qui les aide sérieusement et efficacement ! Quand ils ont fait de la cause palestinienne la leur, de ce choix, des gouvernements arabes sont devenus leurs adversaires et leur ont interdit l’entrée dans leurs territoires et pendant ce temps là, les Bernard Henri Lévy étaient biens accueillis. Ces mêmes Bernard Henry Lévy étaient et le sont encore, leurs adversaires en France et en Europe.

      Toute simplification comporte des dangers. Ceci dit, si vous tenez des informations précises sur la nature et la qualité des "liens entretenus" que vous sous entendez , à la conditions qu’elles ne soient pas des allégations sans fondement, ce blog est à votre disposition .

  5. Hajer Miladi dit :

    Cher milieu autorisé, je suis tout à fait d’accord sur tout ce que vous dites dans votre message. A propos des liens que je mentionne, toute personne intéressée peut jeter un coup d’oeil sur les articles ci-dessous et tirer ses propres conclusions. Je m’attarderais tout juste sur le travail “scientifique” de marc Fellous.
    Dans ses recherches en génétique, il a voulu faire croire que les Juifs du monde entier sont de la même origine ethnique et que les juifs sont le peuple le moins "Melangé" au monde…il a publié une Pseudo-étude, que (apparemment) les journaux scientifiques Francais ont refusé de publier, démontrant que les juifs de Jerba sont PURS et que malgré, leur pretendue existence plusieurs fois millenaire en Tunisie, ne se sont pas mélangés à d’autres peuples, et qu’un juif Jerbien est Génétiquement proche d’un juif de Russie et que les Aschkenazes et les Sepharades sont issus d’un seul et ancien Peuple…Les Arabes, les berbères, et les noirs de Jerba sont génétiquements différents des juifs et se sont entre-melangés….
    C’est une thèse qui démontre que les Juifs, ou qu’ils soient, sont un PEUPLE PUR et MILLENAIRE, et que les juifs qu’ils soient RUSSES, ETHIOPIENS ou TUNISIENS sont tous issus d’une meme origine…c’est une étude qui verse dans l’idéologie sioniste en voulant donner de la légitimité au "PEUPLE D’ISRAEL" ou "L’ANCIEN PEUPLE DE JUDÉE’.’

    Voir
    http://marcoroz.over-blog.com/article-32552857.html
    http://www.controverses.fr/pdf/n12/fellous12.pdf

    http://www.readoz.com/publication/read?i=1028372&pg=7#page6

    http://www.i-sis.org.uk/victoryForIndependentScience.php

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