L’interview transcrite de Mohamed Ghannouchi par Jean-Pierre Elkabbach

Publié dans Nawaat | Jan 20, 2011

Par Salah Ben Omrane   

Qui est le premier ministre Mohamed Ghannouchi ? Qui est cet homme qui soudain s’affirme en responsable du destin de la Tunisie pendant cette période de transition alors qu’il occupait ce même poste déjà depuis une dizaine d’années, jusqu’au jour de la sortie spectaculaire de l’ancien président Ben Ali .

Qui est cet homme ,qui le soir de la fuite de Ben Ali ,s’est montré à la checha, la télévision tunisienne, brandissant un article de la Constitution et dire que le pouvoir n’est pas vacant et à qu’à l’occasion, il est celui qui garde les clefs précieusement jusqu’à la prochaine élection présidentielle. Lui qui jouissait de la réputation d’homme réservé, loin des spots médiatiques, qui n’a jamais tenté de voler la vedette à son ancien employeur Ben Ali ,entièrement discret, semble ne pas vouloir s’effacer, ne pas se laisser emporter par la vague du soulèvement devenu une révolution. Au contraire, il dit et il le répète qu’il est l’homme de la transition sans qui la Tunisie serait livrée au chaos. Du personnage peu loquace, il se mue en personnage médiatique et il n’a pas le choix ,à part celui d’abandonner son poste ,car c’est vers lui que convergent toutes les interrogations qu’elles viennent de l’intérieur ou de l’extérieur de la Tunisie. Encore à cette date ,il semble ne pas être tenté de jeter l’éponge . Quant à faire ; mieux vaut canaliser le mouvement que de subir les contres-coups de ses effets .

Jusqu’où tiendra-t-il ou parviendra-t-il à se placer en l’homme de la situation ? Je me suis attelé à la tâche de transcrire l’interview qu’il venait d’accorder au journaliste de la radio Europe 1 Jean-Pierre Elkabbach . Une interview diffusée le 18 janvier 2011, intitulée :”Nous vivons une mutation historique” .

Cette interview qui dure plus que 18 minutes contient de précieuses réponses sur le personnage. Elle est riche en informations et sur ce qui anime monsieur Ghannouchi, d’où mon envie est venue de la transcrire . A vous lecteurs de vous faire une idée maintenant sur le premier ministre Mohamed Ghannouchi.

L’interview :

Jean-Pierre Elkabbach – Mohamed Ghannouchi

J.P.E: Monsieur le premier ministre Mohamed Ghannouchi, merci d’abord de nous accueillir et de nous accueillir chez vous et de nous accueillir dans votre salon. Bonjour !

M.G : Soyez le bienvenu !

J.P.E : Est-ce que je peux vous demander comment vous définissez ce matin la situation après le couvre feu qu’on a vécu toute la nuit ?

M.G : Nous avons encore eu une situation difficile mais nous vivons une mutation historique et le pays est en train de passer à un autre cap qui ouvre d’importantes perspectives à notre population à notre jeunesse.

J.P.E : Vous savez que l’opposition et la rue trouvent que vous n’êtes pas assez loin dans la formation de votre gouvernement, et ce matin il y a de la déception à Tunis ,et dans la Tunisie.

M.G : Nous avons essayé de faire un dosage qui prend en compte les différentes forces dans le pays, de manière à créer un déclic qui nous permettra de pouvoir engager le processus des réformes et être en mesure d’assurer cette transition .

J.P.E : Mais la politique, elle a du retard sur l’Etat et l’évolution de la société tunisienne. Vous aves du retard !

M.G : Oui ,je reconnais que nous avons un retard, mais nous avons la possibilité de rattraper ce retard grâce à la volonté qui nous anime aujourd’hui ,grâce ,surtout au consensus qui a été établi ,qui doit nous permettre de pouvoir accélérer les grandes réformes politiques .

J.P.E : Mais il y a trop de ministères, les principaux ministères qui restent dans les mêmes mains.Je ne sais pas s’ils sont d’anciens Benalistes ou des nouveaux Ghannouchistes mais en tout cas c’est l’architecture qui ressemble à ce qui existait avant, sauf quelques cas .

M.G : Il y a 8 ministres qui avaient des responsabilités dans l’ancien gouvernement ,ils ont gardé leurs portefeuilles parce que nous avons besoin d’eux dans cette phase. Ce sont des ministres qui ont une grande compétence. Ce sont des ministres qui gèrent des départements économiques qui doivent nous permettre de pouvoir poursuivre les réformes économiques et qui nous permettent de remettre le pays au travail .

J.P.E : Est-ce qu’il ont les..( interrompu par M.G.) oui !

M.G : Certains départements clés en matière de sécurité, étant donné le grand enjeu de la sécurité dans le pays dans cette phase .

J.P.E : Mais ceux que vous avez gardés qui travaillaient sous Ben Ali ,est ce qu’ils ont les mains propres ?

M.G : Tous les ministres qui sont restés ont les mains propres doublées par une grande compétence et ils ont du mérite parce …ils ont …que grâce à leur dévouement, ils ont réussi à réduire la capacité de nuisance de certains milieux…

J.P.E : C’est-à-dire !

M.G : C’est-à-dire ,ils ont manœuvré, tergiversé, essayé de gagner du temps pour que …préserver l’intérêt national.

J.P.E : Alors vous avez ,il faut le reconnaître aussi fait entrer les chefs de trois partis d’opposition qui étaient les bêtes noires de l’ancien régime et en même temps toute une génération de jeunes brillants de la société civile. Si aujourd’hui, aujourd’hui Monsieur Ghannouchi, il y avait des mouvements qui s’exprimaient dans les rues et qui contestaient ce nouveau gouvernement, qu’est ce que vous faîtes ?

M.G : Enfin ,la contestation est logique .Nous entrons dans une ère de liberté et les Tunisiens ont le droit de s’exprimer .Mais ce que je dis : Donnez nous une chance pour que nous puissions commencer la mise en œuvre de ce programme ambitieux de réformes qui doivent nous permettre d’assurer une mutation.

J.P.E : Ça va dépendre des actes et des décisions que vous prendrez .Mais quand vous entendez dire, j’ai entendu un opposant hier soir sur Europe1, dire :  » Le dictateur est tombé . Il est parti. La dictature continue ».

M.G : Ce n’est pas du tout juste ! Ce n’est pas du tout juste ! Aujourd’hui il y a une ère de liberté qui se manifeste dans la télé ,qui se manifeste dans la rue, un nouveau esprit qui se dégage totalement différent de celui qui prévalait par le passé.

J.P.E : Vous vous engagez à défendre toutes les libertés à les développer, je veux dire internet presse, télévision . La Tunisie sans censure. Vous savez que ça c’est jamais vu ici .

M.G : Je le ferai et je m’y engage. Et pour nous c’est un choix essentiel .Et la composition du nouveau gouvernement avec des grands ténors de la société civile constitue également une importante garantie .

J.P.E : Pourquoi, alors que la Constitution actuelle vous obligerait à faire des élections dans deux mois, vous attendez six mois ? Qui vous l’a demandé ?

M.G : C’est-à-dire ,c’était une condition de ceux qui sont entrés au gouvernement ,parce que nous avons discuté longuement sur la pate-forme , sur la base , laquelle il sont entrés dans le gouvernement . Et parmi les conditions il faudrait avoir un peu de temps pour qu’ils soient en mesure d’organiser des élections libres et transparentes.

J.P.E : Les Tunisiens , vous savez qu’ils sont en colère, hein , et quand on les entend ,ils sont heureux de pouvoir se parler, ils sont impatients. Ils prennent goût à la liberté qu’ils ont obtenue et arrachée. Vous avez tout vécu tout vu, hein , Monsieur Ghannouchi. Qui a convaincu Ben Ali de quitter le pouvoir et la Tunisie ?

M.G : Ça réellement je ne le sais pas. Moi j’ai appris comme n’import qui ,que le président a quitté précipitamment le pays et j’ai été invité à prendre la parole pour que …assumer la responsabilité qui m’incombe.

J.P.E : Ça vous est tombé dessus ! Oui , oui ! Est-ce que …On dit que ce sont les américains Obama ,Clinton qui l’ont encouragé à partir . On dit que c’est surtout l’armée qui lui a dit «Partez ! »

M.G : Croyez moi ,je n’ai pas eu le temps de réfléchir étant donné les évènements qui se précipitent .Pour moi l’enjeu principal lorsque j’ai pris les responsabilités c’est de retrouver le calme. Le vendredi quelques heures après avoir pris mes responsabilités je suis resté au ministère de l’intérieur pour suivre les opérations qui sont menées par les services de sécurité.

J.P.E : Parce qu’il y avait un risque de guerre civile, ce qui voulait dire .

M.G : Un bain de sang se préparait .Il y a réellement …Ce sont…Une gravité sans précédant .

J.P.E : A ce moment là, quand il va partir sa vie est en danger .Je ne sais pas si vous avez eu les derniers mots avant son départ pour l’exil mais le matin du vendredi, est-ce que vous lui avez parlé ,puisque vous ne l’avez pas vu l’après midi ?

M.G : Oui ,oui ! ah oui !

J.P.E : Et qu’est ce que vous lui avez dit ?

M.G :Je lui au dit que la situation est explosive et la situation est grave et que cette situation est dictée par le fait que des corruptions du despotisme de l’enrichissement illicite de son entourage.

J.P.E : Vous lui avez dit ça les yeux dans les yeux ?

M.G : Je lui ai dit et devant témoins .Je lui ai dit devant témoins parce que ma responsabilité est engagée.

J.P.E : Et qu’est ce qu’il …..(interrompu par M.G.)

M.G : Je n’ai jamais été …Je n’ai jamais fait de la complaisance avec le président .J’étais toujours sincère pour lui faire part des difficultés et pour lui faire part de…Mais beaucoup de dossiers qui permettaient d’avoir cet enrichissement illicite ne relèvent pas du ministre , du premier ministre .Des dossiers qui concernent les marchés publics .Des dossiers qui concernent la douane. Des dossiers qui concernent le secteur bancaire, échappés totalement au premier ministre .

J.P.E : Et vous n’aviez pas de soupçons ?

M.G : Il y a ! Mais est ce que je peux me permettre de prendre en compte les rumeurs de la rue ?

 J.P.E : Oui mais il y a des certitudes ! Vous êtes premier ministre.

M.G :Je n’ai pas les éléments pour vérifier si oui ou non il y a des détournements et de cette ampleur .

J.P.E : Est-ce que vous aviez eu envie de démissionner ? Vous lui avez dit «je démissionne!»

M.G : Oui plusieurs fois j’ai eu l’envie de démissionner .

J.P.E : Oui mais on ne le fait pas ici . On avait peur ?

M.G : J’ai peur ! oui ! Mais j’ai aussi peur du vide que ça crée et que peut-être la fonction de premier ministre soit assumée par quelqu’un d’autre qui ne …qui pourra peut être ne pas préserv…essayer de préserver les deniers publics .

J.P.E : Depuis onze ans vous êtes donc premier ministre ,là vous continuez ? Si vous me permettez en quoi vous êtes légitime et crédible aujourd’hui alors que vous avez travaillé avec Ben Ali ?

M.G : Moi je ne peux pas être illégitime …Maintenant je considère que mon devoir, c’est de mener cette transition avec le gouvernement qui a été formé et c’est cette transition qui doit nous permettre d’avoir une mutation réellement historique pour notre pays .

J.P.E : Vous avez demandé Monsieur le premier ministre de Tunisie trois enquêtes, trois commissions d’enquêtes dont l’une va s’occuper du déroulement de la révolte, les responsabilités. D’abord elles sont indépendantes ces commissions ?

M.G : Absolument indépendantes et les responsables qui ont été nommés constituent une importante garantie .Il y a une commissions nationale sur les réformes politiques qui sera présidée par un grand expert ,une personnalité internationalement reconnu Monsieur Yeadh .

J.P.E : On va voir . On va le voir à l’œuvre .Est-ce que vous pouvez dire que cette commission va travailler pourra dire qui a tiré sur les manifestants ? L’armée ou la police quand Ben Ali était encore au pouvoir ?

M.G : L’armée n’a pas tué ,n’a pas tiré .Ça c’est certain ! Parce que avant, l’état d’urgence a été décrété quelques heures avant le départ précipité du président .

J.P.E : La police alors ?

M.G : La police ? Qui a tiré ? je ne peux pas le savoir parce que le domaine de la police, les affaires étrangères ne relèvent pas du premier ministre.

J.P.E : Mais est ce que c’est vous qui avez donné l’ordre à un moment à la police ? …(interrompu par M.G.)

M.G : Non ! Non ! Non ! jamais ! Dès que j’ai assumé la responsabilité ,ma première instruction aux forces de la sécurité c’est de ne tirer en aucune façon sur la population ,en aucune façon. On peut utiliser les bombes lacrymogènes. On peut utiliser les balles caoutchoucs ,mais jamais ,même si on laisse notre peau, je l’ai dit . Le Général Ammar peut en témoigner .Pour lui dire que même si on laisse notre peau ,il vaut mieux laisser notre peau que de faire un carnage …

J.P.E : Et Pourtant ,on a tué on a tiré sur le peuple ! Est-ce que c’est sur ordre personnel de Ben Ali .

M.G : L’histoire le dira et l’enquête qui est maintenant engagée sous la responsabilité d’une éminente personnalité le dira. Mais, en tout cas on ne pardonnera pas. En tout cas tous ceux qui ont été à l’origine de ce massacre de ce carnage rendront à la justice .

J.P.E : La prison ? La justice ?

M.G : C’est la justice qui le dira .

J.P.E : Mais ,on dit qu’au moment de sa chute, il donné l’ordre à sa garde fidèle de semer le chaos et la terreur .Est-ce que c’est vrai ? Est-ce que c’est imaginable et vrai ?

M.G : En tout cas nous avons …Il y a eu certains gardes qui ont été arrêtés .Je ne pense pas que toutes les forces de sécurité présidentielles sont impliquées. Mais peut-être certains d’entre eux, en tout cas les éléments qui sont disponibles sont concluants.

J.P.E : Vous dîtes la justice . La justice ou la vengeance ?

M.G : La justice .La justice .

J.P.E : La commission anti-corruption va se mettre au travail. Elle ira jusqu’au bout? Par exemple est-ce qu’elle pourra dire ce que, ou le président, l’ex président Ben Ali ou sa famille, sa femme, pardon dire les Trabelsi, ont fait ,quand pendant des années ils ont été au pouvoir ?

M.G : Nous sommes déterminés à ce que l’enquête sera faite avec toute la rigueur requise et les personnes qui ont été mises à leurs têtes ,ont cette rigueur ayant une grande réputation sur le plan international .

J.P.E : Mais les Trabelsi, est-ce qu’ils ont droit à un procès équitable ou à une mise à mort ?

M.G : Non ! jamais !

J.P.E : Parce que si on les livre à la population il seront lynchés .

M.G : Non ! Jamais ,jamais ! ils auront un procès équitable. Et s’ils sont coupables, ils doivent rendre à la justice .

J.P.E : Est-ce que ….C’est difficile à vous dire qui avez été ministre pendant onze ans aux côtés de Ben Ali , est ce que vous demandez qu’ils soient jugés ?

M.G : Moi je ne peux pas dire cela maintenant .Je ne peux pas dire cela .Et réellement Ben Ali a fait durant les premières années beaucoup ,beaucoup de bien pour la Tunisie mais durant les dernières années, il y a un changement important qui s’est produit qui s’est traduit… (interrompu parJ.P.E.)

 J.P.E : A cause de l’enrichissement…

M.G : Illicite de la part de son entourage .

J.P.E : Vous voulez dire toute sa famille ?

M.G : La commission déterminera les responsabilités .

J.P.E : Mais entre nous ,est ce qu’il est vrai c’est elle qui commandait à la fin ?

M.G : On a l’impression. On a l’impression parfois parce que des décisions sont prises et elles sont remises en cause quelques temps après .

J.P.E : Mais vous par exemple, vous pouviez contredire quelque chose une décision de sa part à elle ? Vous ?

M.G : Moi ,non parce que je n’ai pas affaire à elle .Jamais je n’ai affaire à…

J.P.E : Donc le moins possible.

M.G : Jamais je n’ai eu à faire à elle .

J.P.E : Quels vont être les missions de votre gouvernement ? Les missions d’urgence .Là ! d’aujourd’hui .

M.G : Aujourd’hui l’ordre. Rétablir l’ordre .Permettre aux citoyens de vaquer paisiblement à leurs affaires. Deux : Mener les grandes réformes politiques qui permettent d’avoir …de réaliser cette mutation .Trois : D’organiser les élections que nous voulons libres transparentes contrôlées par une commission indépendante .

J.P.E : Et des observateurs internationaux ?

M.G : Des observateurs internationaux .ça sera la première fois depuis l’indépendance du pays .

J.P.E : Sous Garantie des Nations Unies sans doutes . Et avec des Français aussi sans doute s’ils veulent venir, des observateurs reconnus internationalement ? Moi ,moi c’est pas mon rôle .Qui pourra se présenter à ces élections ?

M.G : Tous ceux qui répondent aux critères ,aux conditions requises par la loi électorale .

J.P.E : Le parti autrefois majoritaire et tout puissant de Ben Ali ,est ce qu’il sera autorisé ou interdit ?

M.G : Enfin tous les partis seront autorisés à participer aux élections dans…mais …à égalité de chances plus de favoritisme et d’ailleurs à partir d’aujourd’hui il y a une séparation stricte de l’Etat et les partis.

J.P.E : Est-ce que vous autoriserez des un ou des partis religieux ?

M.G : Si ces partis s’adaptent à la modernité, si ils respectent les libertés des autres…(interrompu par J.P.E.).

J.P.E : Les femmes …les statuts des femmes …historique de Bourguiba …

M.G : S’ils respectent la modernité ,les acquis de la Tunisie ce sont des Tunisiens et qu’ils ont droit …en tout cas c’est aujourd’hui ma position en tant que premier ministre est ça sera et je l’espère la position du gouvernement .

J.P.E : Rachid ( prononcé tel quel et non Rached ) Ghannouchi qui porte votre nom mais qui y est pas parent, apparemment ,était le … un chef islamiste qui a commis des attentats etc…qui a été jeté, qu’on a pourchassé qui était en exil à Londres, il veut venir .Il peut rentrer ?

M.G : Aujourd’hui non parce qu’il est …une lourde condamnation mais s’il y a une loi d’amnistie bien entendu ,la situation sera différente .

J.P.E : Et ,et il pourra participer aux élections lui aussi ?

M.G : Dans la mesure ou le parti qu’il organisera ,le parti aura le visa .

J.P.E : Qu’est ce que vous dîtes aux ressortissants français et aux entrepreneurs et groupes partenaires français qui sont parfois inquiets ?

M.G : Oui ,nous avons vécu tous une situation difficile comme …et nous avons… nous apprécions leur solidarité et leur amitié qui s’est manifestée dans cette période difficile .

J.P.E : Vous avez besoin qu’ils restent dans la Tunisie nouvelle.

M.G : Nous avons besoin d’eux ,nous avons besoin que l’Europe soutienne encore davantage cette expérience unique dans cette partie du monde parce que nous avons encore beaucoup de défis à relever et …mais il y a une grande détermination ,une grande détermination qui anime notre population et surtout notre jeunesse pour réussir cette importante mutation .

 J.P.E : La puissance coloniale, ex puissance coloniale : la France , elle a affiché récemment la non ingérence, est ce que ça vous déçoit, est ce que ça vous choque ou vous vous dites : c’est normal, la Tunisie est souveraine. Qu’est ce que vous leur dîtes aux Français ?

M.G : La Tunisie est certainement souveraine et nous assumons cette souveraineté, nous tenons à cette souveraineté mais disons que nous apprécions aussi les appels de sympathie que nous avons reçus, le vendredi quelques heures après cette transition et nous avons senti qu’il y a non seulement une sympathie mais aussi une détermination à aider la Tunisie dans cette phase .

J.P.E : Et vous en avez besoin. Est-ce que vous souhaitez .(interrompu par M.G.)

M.G : Nous avons bien besoin .

J.P.E : Est-ce que vous aves besoin d’un soutien ,une coopération plus intense de l’Europe et de la France ?

M.G : Enfin ,j’espère que la situation se normalise . Mais, nous avons ,je crois, suffisamment de ressort au niveau de notre pays pour pouvoir assumer …

J.P.E : Mais par exemple y a pas besoin de …d’aide …euh, je peux pas dire humanitaire ,mais alimentaire, on dit que vous avez besoin de vivres etc…non ?

M.G : Non, nous ne sommes pas à ce stade …

J.P.E : Non pas à ce stade .C’est très bien !

M.G : Non simplement en ce moment ,il y a des problèmes de sécurité maintenant avec la situation qui s’améliore l’approvisionnement du marché va se faire, bon …

J.P.E : Est-ce que vous déclar.. (interrompu par M.G.)

M.G : La Tunisie quand même dispose d’un revenu par tête d’habitant.

J.P.E : Qu’il y a une croissance totale de 4 % et la vous allez perdre l’équivalent de deux milliards avec ces troubles

M.G : Malheureusement ,malheureusement !

J.P.E : Et il y au des morts des règlements de compte ,des violences aveugles, des maisons familiales qui ont été pillées incendiées, est ce que vous demandez à l’armée de tenir l’ordre et de jouer son rôle ?

M.G : En tout cas ce sont les instructions qui ont été données .L’armée est en train de faire des travaux …un des efforts réellement impressionnant pour remettre l’ordre et aujourd’hui vous voyez la situation est totalement différente par rapport à hier. Il y a pratiquement pas de tirs et il y a un sentiment de quiétude qui commence à se propager au niveau de notre population. Mais je dirais aussi, que réellement, qu’une grande admiration nous anime au niveau de ces jeunes aujourd’hui qui aident l’armée la police à assurer la sécurité du pays .

J.P.E : Mais vous n’avez pas peur Monsieur Ghannouchi que l’armée ait envie de prendre elle-même le pouvoir ?

M.G : Non . Notre armée est républicaine .Notre armée est légaliste ,et elle le montre encore une fois.

J.P.E : La Tunisie est en ébullition ,il suffit de se promener le jour pour se rendre compte d’immenses bouleversements commencent .Les Tunisiens ne reviendront plus, ne redeviendront plus peureux et dociles .Personne ne doit les décevoir .

M.G : Oui ,oui ! C’est une autre responsabilité mais aussi c’est notre chance aussi par rapport …pour avoir une population éprise de liberté ayant de l’imagination ,ayant la force de changer, ça nous donne de nouveaux ressorts pour réussir un décollage .

J.P.E : Mohamed Ghannouchi ,vous ne sentez plus le poids terrible du palais au dessus de vous ? Hein , vous êtes soulagé ,vous êtes plus libre ,parce que c’était l’ombra ?

M.G : Soulagé oui mais enfin aussi ,ayant des responsabilité plus lourdes pour réussir cette mutation avec les membres du gouvernement .

J.P.E : A vous Mohamed Ghannouchi premier ,premier ministre à l’aube de cette ère nouvelle de la Tunisie , qu’est ce que je devrais vous souhaiter?

M.G : Bonne chance. Parce que nous avons encore beaucoup de choses à faire et il y a de redoutables défis à relever .

J.P.E : Et vous aurez le courage de résister et d’encourager de tenir sur ce que le peuple vous dit .

M.G : En tout cas nous sommes engagés et nous tenons à ne pas décevoir le peuple et surtout sa jeunesse .

J.P.E : Bonne journée, en Tunisie en France et merci de nous avoir reçus .

M.G : Vous êtes le bienvenu en Tunisie.

J.P.E : Merci .

Fin de l’interview. 

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