« La normalisation », insulte ou définition ?

Salah Ben Omrane  06 mai 2023  01:30:00

J’avais abordé le terme « normalisation » en août 2012, lors de l’apparition du premier jet de la rédaction de la constitution qui avait été promulguée en 2014. Il est facile de constater que depuis, beaucoup de choses n’ont pas bougé :

[ texte publié le jeudi 23 août 2012 :

Il circule en ce moment, sans aucune discrétion, l’avant projet de la nouvelle constitution. Il est dans un format PDF voué à la simple consultation.

Une curieuse façon de sonder quelques éventuelles critiques ou réactions avant de poursuivre les travaux en rythme de croisière. Une méthode particulière pour sonder les réactions possibles et potentielles au contenu de l’avant-projet, sans être, pour ses rédacteurs, les Constituants, dans l’obligation de se positionner frontalement face aux critiques.

Dans son « préambule » il est écrit ceci : « la révolution de la dignité de la liberté et de la justice ». Certes c’est fort réjouissant de lire tout cet éloge fait à la « révolution » que les rédacteurs du projet couvrent de tant de belles valeurs humaines.

À regarder de près, on peut s’interroger : peut-il y avoir de la dignité de la liberté et de la justice sociale dans un pays qui se compte en une douzaine de millions d’individus, or une majeure partie de sa population peine à joindre les deux bouts ?

Que fait-on des 800 000 chômeurs qui en ce moment ne parviennent pas à trouver un travail ? N’est-il pas vrai qu’il n’y a pas de dignité, de liberté et de justice, lorsqu’on n’a pas les moyens d’en faire usage par un travail qui donne accès à l’épanouissement de soi dans la dignité.

Curieusement le mot «travail» ne figure pas dans cet avant-projet. Cette locution fait défaut dans l’imaginaire de ses rédacteurs qui pourtant, s’efforcent dans leur rédaction du projet, à prouver qu’ils sont sereins dans ce qu’ils réservent comme avenir législatif à leurs compatriotes tunisiens.

Ils sont arrivés, presque, à nous faire oublier qu’en 2010 un jeune Tunisien s’est immolé par le feu car l’autorité en place l’a harcelé et l’a empêché de travailler.

En allant un peu plus en profondeur dans la lecture de l’avant-projet, on s’aperçoit, qu’il est question de «l’Identité arabo- musulmane» , de «l’union du Maghreb», de «l’unité avec les peuples musulmans», de «la Palestine» , du «Sionisme». Un florilège de centres d’intérêts qui focalisent désormais la vision des occupants du Bardo. Que par ailleurs, si on avance un peu plus loin dans la lecture de l’avant-projet, dans le chapitre Droits et libertés, on trouve cette insolite mise en garde : « 2.27 :  Toute forme de normalisation avec le sionisme et l’entité sioniste est un crime». Une déclaration qui n’a ni queue ni tête. Une sorte d’Ovni dans un avant-projet de recueil de lois censés apporter confort, prospérité et justice à une Tunisie bousculée par sa jeunesse qui veut vivre dignement et librement par le travail. Face à cette demande puissante de la jeunesse, les constituants leur  répondent en quelque sorte : « Le travail on ne sait pas ce que cela veut dire, preuve qu’on n’en parle pas, mais la normalisation avec le sionisme, c’est bien dans notre rayon,ça c’est ce qu’on répétait en slogan dans les AG des campus universitaire et attention c’est un crime !»

L’unique normalisation que tout le monde a compris et à laquelle la jeunesse tunisienne aspire est celle des valeurs de la justice, de la liberté de penser, de se mouvoir et de se déplacer librement, celle de travailler et d’avoir les mêmes chances que tous dans le recrutement  sur l’unique critère de l’aptitude et de la compétence, de vivre dans la dignité.

Que reste-it-il aux Constituants  à faire ou à rectifuer dans leurs futures rédactions de la constitution ? Il ne leur reste que de normaliser avec l’esprit sain et raisonnable que normalement tout élu par le peuple est tenu d’avoir autant qu’il est censé le présever sans qu’on lui rappelle tous les jours les dangers et les dérives dans l’exercice du pouvoir.]

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