La révolution tunisienne en mode « on »

Par Salah Ben Omrane    le 16 février 2011

Tunisie en 1931

        À peine ils étaient nommés par le gouvernement de la transition de la Kasbah à Tunis, les nouveaux gouverneurs des régions de Sousse , Monastir , Médenine  et Gafsa, qu’ils s’étaient confrontés à une forte mobilisation de la population locale de ces régions respectives, leur signifiant qu’ils n’étaient pas les bienvenus . 

Qu’est ce qui est contesté en fait ? Le gouvernement central de Monsieur Ghannouchi ? Sa politique de gestion des régions , si tant est qu’on puisse laisser supposer qu’il avait déjà un programme sous le coude, tout prêt ,et qu’il ait tenté de le « placer par la force » par le moyen de ses gouverneurs   ?

Ou est-ce la personnalité des fraîchement nommés à ce poste qui n’est pas du goût de ces populations locales ? Ou peut-être simplement , la contestation faisant partie désormais de l’application à effet immédiat du processus démocratique , d’aucuns trouvent qu’il serait regrettable de s’en priver .

 Afin de mieux comprendre le phénomène de la contestation de ces Walis , il faut rappeler qu’avant leur nomination ,ils sont (1) affiliés au parti politique le RCD . Ce même parti qui est à la dérive depuis que son chef suprême a élu domicile à Jeddah en Arabie Saoudite ,le 14 janvier dernier.

 C’est en effet une erreur incontestable du gouvernement d’avoir encore eu recours aux gens du parti discrédité alors qu’on se souvient des manifestations, il y a quelques semaines, qui scandaient dans la rue le retrait du gouvernement, des ministres qui faisaient partie du RCD. Peu importe les qualités et les compétences de ses membres, tant que le « recyclage politique » n’ait pas eu lieu dans ses rangs, les postes à pouvoir ne sont pas faits pour s’en charger,  car ce sont des postes à responsabilités ,non des lessiveuses et il est contre indiqué d’en user à cet effet .

Voudrait-on dire que les citoyens non encartés à ce parti ,sont  incapables d’occuper des fonctions administratives en toute confiance ? Il est l’heure de cesser définitivement cette pratique qui consiste à recourir systématiquement à la même source pour ce genre de recrutement . Comment le peuple doit-il l’exprimer pour que ce soit entendu ?

Toutefois ,dans la mesure où la majorité de la population tunisienne ne veut plus entendre parler de recours aux membres du  parti  RCD , celle-ci semble prendre acte que Monsieur Ghannouchi a envie de redresser l’économie du pays , qu’il veut  garantir en toute bonne foi les libertés publiques , qu’il compte  conduire sereinement son gouvernement alors que lui-même faisait partie de la formation politique contestée et contestable .Il est nécessaire dans ces conditions que les gestes de confiance soient mutuels entre les gouvernés et les gouvernants. En premier lieu , les gestes d’apaisement et de confiance doivent émaner de celui qui a les commandes du pouvoir et qui tient particulièrement l’autorité de l’exécutif . De ce fait et en application du  principe de réciprocité, monsieur Ghannouchi  doit faire confiance à la population civile non encartée RCD et il doit reconnaître que parmi celle-ci, il peut y avoir des gens ordinaires qui peuvent avoir les qualités techniques requises afin de mieux gérer les affaires du pays. Il est temps de reconnaître que  l’exercice du pouvoir ou encore la volonté de servir le pays n’est point atavique que chez les gens du RCD et de ne pas croire qu’en dehors de ce groupe c’est le désert intellectuel . La confiance elle est dans les deux sens où elle n’ est pas  .

 Et si ces révoltes locales ne sont en fait que le signe d’un essoufflement de la fonction de Wali et que par delà ces contestations ,il y a une véritable remise en cause du principe de la répartition de l’autorité de l’exécutif dans le pays qui s’est toujours exercée suivant le modèle français centralisateur du pouvoir ,que la France applique encore à ce jour dans ses départements ?

 La Tunisie se trouve elle alors dans une période de renoncement à  une certaine culture administrative du pouvoir ,un de ces héritages de la colonisation française ?

Le fondement de la contestation dans le désir de choisir son Wali , fait appel à ce qui semble plus proche du système des gouverneurs à l’américaine, que la Tunisie verrait cette réclamation ,dans ces circonstances particulières de révolution ,plus adaptée à sa réalité et plus apte à répondre à ses besoins .

 Si la révolution tunisienne parvient à enterrer la fonction de Wali ,représentant de l’autorité de l’exécutif pour en faire un représentant élu par la population régionale, cela signifie que les tunisiens commencent à regarder au delà de la méditerranée , et qu’ils ont l’ambition de s’inspirer de ce qui se fait en dehors de la France . En substance , cette dernière demande populaire d’une certaine conception de l’autorité de l’État par chance , se trouve déjà appliquée de l’autre côté de l’atlantique , au pays de Barack Obama .

  Est-ce donc l’annonce de la fin du El Wali, dans ses fonctions en équivalent du préfet de région en France ?

La France, il y a un siècle est  la première à avoir procédé au découpage administratif de la Tunisie en régions à l’image de l’hexagone divisée en départements. Cette tradition administrative s’est perpétuée en Tunisie même après l’indépendance en assignant au Wali les fonctions du Préfet. Le découpage s’est poursuivi progressivement en faisant accroitre le nombre de gouvernorats suivant l’augmentation du nombre d’individus. Il se trouve que chaque gouvernorat possède sa « petite capitale »qui est sa ville principale . C’est dans ce centre le plus occupé par la population, le lieu principal économique de la région, que sont venus s’y loger les services administratifs avec eux El Wali 

 Par la non acceptation par la population tunisienne dans certains gouvernorats de leurs Walis, on peut y voir qu’une certaine logique de gouvernance vient de s’amorcer et que celle-ci fait automatiquement  tomber un certain modèle de l’autorité administrative ayant déjà fait ses preuves .

 Certes ,les tunisiens ne peuvent pas mieux rêver que d’avoir un Wali, qui serait un élu de la région qui aurait véritablement la charge de les représenter auprès du gouvernement central . La vraie révolution serait que l’appareil de l’exécutif ne soit plus en mode de transmission de l’information à sens unique : du sommet vers la base ,mais que le sommet devienne à son tour apte à assimiler toutes les doléances en provenance de la base en s’y adaptant sans saturer. On a bien vu que le système politique qui se contente de la seule représentation nationale au sein de  l’instance législative ne garantit pas à lui seul l’application du système démocratique dans l’exercice du pouvoir .

 Sûr que si le nouveau élément dans le processus révolutionnaire se confirme, le Wali deviendrait véritablement le gouverneur et non et   le préfet. Le gouvernement de la Tunisie serait ainsi amené à fédérer les demandes en provenance de l’ensemble des gouverneurs, qui auraient leur mot à dire puisqu’ils auraient une assise de légitimité incontestable par le fait qu’ils seraient des élus du peuple. Ce même gouvernement devrait par conséquent apprendre à les écouter et non  se contenter de leur transmettre des consignes de sa politique à faire appliquer dans les régions .

 Le résultat de ce système politique serait à l’inverse de ce qui se fait actuellement puisque le Wali gouverneur ne serait plus l’émissaire du pouvoir central. Il ne serait plus « le parachuté » auprès d’une population. Il pourra s’affirmer auprès du gouvernement en revendiquant, le cas échéant, sa légitimité puisqu’il serait le mandaté de la région et non le mandataire dans la région.

1 : 24 walis (gouverneurs)pour 24 gouvernorats

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Un commentaire pour La révolution tunisienne en mode « on »

  1. Mathlouthi dit :

    Bravo Monsieur Omrane, en effet, il suffit de voire comment fonctionne le système politique suisse, c’est exactement dans le sense de votre rédaction….et ceci depuis 1291, donc le gouvernement actuel de Monsieur Guannouchipourra bien s’inspirer du système hélvétique, puisque ça fonctionne depuis bien 7 siècles.

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