Abd Naceur Laouini ,un indépendant qui parle !

Salah Ben Omrane , le vendredi 07 octobre 2011 à 00H22

Abd Naceur Laouini

Une injustice de fait ! La voix des indépendants, durant cette campagne électorale pour l’élection de l’Assemblée constituante le 23 octobre prochain, est plus qu’inaudible. Elle est presque inexistante. Pourtant, ils figurent dans 578 listes électorales sur 1424 (soit 40%). Abd Naceur Laouini, tête  de la liste « En avant !», parle :  

I. Sur le déroulement de la campagne électorale et les partis politiques :

« Je veux indiquer quelque chose: La campagne électorale a démarré avant ces quatre jours.Des gens sont déjà dans leurs campagnes depuis un moment. Il y a eu un débat sur ce qu’on appelle «la publicité politique» un autre sur «le financement des partis». Nous, en tant qu’Indépendants et en tant que listes indépendantes — d’autres partis en sont également des victimes financièrement et médiatiquement— nous entrons en compétition avec des gens qui ont  des avantages acquis.Nous entrons en compétition avec des gens qui ont eu un rôle dans la définition des règles du jeu. Ces gens, sont les premiers qui enfreignent ces mêmes règles.

Quand on entend un discours, concernant la décision du Haut comité du 12 septembre ,qui a interdit la publicité politique, et que ce discours dise que cette interdiction n’est pas légitime, on est étonné de cette vision . On est étonné ,d’autant que ces partis, la plupart d’entre eux, qui ne respectent pas la décision du haut conseil, ont eux-mêmes choisi le Haut comité pour organiser les élections .

Ce sont eux qui ont voté pour l’existence du Haut comité. D’ailleurs, le Haut comité ne prend de décision qu’en tant qu’arbitre !

Nous les indépendants, nous n’avons eu, ni à choisir celui qui siffle la compétition, ni étions consulté en ce qui concerne l’organisation des élections. Nous n’avons pas fait savoir comment les élections devraient se tenir. J’insiste sur cela en disant que toute l’opération a été écrite à la taille des partis.

Malheureusement, ces partis politiques sont encore et toujours dans la couverture médiatique et dans la plupart des médias, toutes couleurs confondues, parmi eux il y a ceux qui ne croyaient pas à une assemblée constituante. Aujourd’hui, ces partis sont en avant dans la presse et les médias, alors que la majorité des partis étaient contre une Assemblée constituante . C’est bien la Kasbah II qui a amené l’Assemblée constituante en liaison avec Kasbah I . Ce sont ceux de La Kasbah II qui voulaient modifier la constitution de 1956. Aujourd’hui, ils [les partis] sont à l’avant de la couverture. Ils donnent leurs avis et émettent des conseils en dirigeant l’opération électorale.Ils ont un impact dans la fabrication officielle de l’opinion publique et jouent un rôle dans l’organisation de cette opération …

Il y a un état général de lassitude chez le public des électeurs en ce qui concerne les partis politiques. Il y a eu un sabordage. Je pense qu’il a été prémédité. Cela ne concerne pas les partis qui ont une légitimité historique et qui ont joué un rôle pour arriver à ce stade. Un sabordage fait par des partis qui se ressemblent et qui sont fabriqués de la même fibre. C’est-à-dire , qu’il sont faits du parti défait et qui était au pouvoir :le RCD. Ce parti , s’est transformé, en à peu près une quarantaine de partis. Ils tiennent le même discours et ils ont une référence identique. Is ont la même mentalité , la même visée politique. Elle est celle de l’arrogance et de la condescendance . Vous l’entendez dans le discours de certains de ces partis : « Nous avions le pouvoir et nous l’aurons !». Donc, nous ,en tant qu’Indépendants ,nous entrons — pas tous, je ne suis pas le fondé pour parler au nom des Indépendants, mais il y a quelques amis indépendants dont je peux parler en leurs noms — nous sommes entrés pour corriger cette situation . Nous voulons créer une situation d’équilibre et corriger la situation de flou auprès du public qui va choisir celui qui va le représenter. La campagne électorale pour ces élections , se déroule avec la mentalité des anciennes cellules destouriennes. »

II. Sur l’émergence des partis, issus du parti dissous : le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD)  التجمع الدستوري الديمقراطي :

« C’est encore le temps du langage qui dénigre ,celui des injures et des propos de menaces . Ceci résulte d’une déviation dans la réalisation de la révolution. Il y a une ligne rouge et elle est très importante . Elle a été franchie en permettant aux gens du RCD de se reconstituer en se réorganisant politiquement.  Cette révolution a été faite contre le RCD. Un RCD en tant que programme. Je ne parle pas des individus. Toute personne qui a défendu ce parti, tout individu qui a eu une responsabilité dans ce parti, n’a y pas droit, du moins en cette période.

 Nous sommes sur le chemin de la révolution. Nous ne sommes pas dans des élections ordinaires en période ordinaire.Nous sommes avec des élections pour constituer un nouvel État, un nouveau système politique. Ils n’ont pas le droit ! Comment un ancien ministre de l’intérieur de Ben Ali, prend un parti et en plus , il vient réclamer sa part et une place pour participer au débat public ? Pendant cinquante cinq ans, ce parti a pratiqué le système de la privation  contre les gens.

De la pratique politique à la gouvernance politique, il n’a pas su mettre en place, ne serait-ce que le quart de ce que c’est qu’une démocratie. Il n’a jamais été, à aucun instant , un système démocratique. Il a fait en sorte qu’on soit dans l’obligation de sacrifier le plus cher et le plus précieux de nous pour abattre ce régime. Aujourd’hui, la ligne rouge a été franchie, en permettant aux résidus de ce parti d’exister sur la place politique. J’estime que les révolutionnaires, à la future Assemblée constituante, doivent décider d’une période d’interdiction concernant ces gens. Il ne s’agit pas d’empêchement , il leur faut de l’interdiction. Ils sont les ennemis de la révolution. Des ennemis de la modernité et du progrès. On les a testés pendant cinquante cinq ans et c’est assez ! Maintenant la société  tunisienne vivante, cultivée , militante et qui croit au progrès va vous apprendre comment on pratique la démocratie en Tunisie. C’est ce peuple tunisien  qui ne s’est pas vengé et qui n’a rien brûlé. C’est ce peuple tunisien qui a attendu le retour de la justice. Il attendu que la justice soit rétablie pour agir contre ceux qui l’ont privé de ses droits et qui l’ont agressé . Parmi eux , il y a les familles des martyrs, celles des blessés, des gens qui ont été emprisonnés et ceux qui avaient été torturés. Malgré que l’atmosphère était révolutionnaire, il n’y a pas eu d’actes de vengeance, contrairement à toutes les révolutions connues dans le monde. Le peuple tunisien s’est conduit en civilisé. Il est un peuple civil et éduqué. Il est un adversaire au RCD,  dans ses composantes et contre ces responsables.

Ces gens là, n’ont rien à voir avec la démocratie. Ces gens ont eu la Tunisie durant cinquante cinq ans . Ils en ont profité personnellement durant cinquante cinq ans . C’était de la dictature, du despotisme dans un régime de corrompus avec tous les aspects qui font la réputation des autres régimes dictatoriaux depuis l’histoire de l’humanité. Il y a eu de la torture , du vol et du racket. Et ce sont ces gens là qui veulent nous donner des leçons en démocratie ?  Ce n’est pas de la mise à l’écart . non, c’est une interdiction! Notre jugement est basé sur une expérience et une connaissance bien déterminées .

Il faut empêcher ceux-là de faire de la politique. La France démocratique l’ a fait contre les pro-nazis ,contre ceux qui avaient participé au gouvernement de Vichy. Les américains l’ont fait. Ils ont l’expérience du Maccarthysme et autres . Ni la démocratie américaine, ni la démocratie française n’ont eu à souffrir de ce cette mise à l’écart ».

III. Sur l’arrivée des “businessmen” sur la scène politique :

  « Quelques investisseurs qui font profit dans l’immobilier et à la bourse, se sont déplacés avec la même mentalité vers la place politique. Ils emploient dans le domaine de la politique et durant ces élections ,une logique de surenchère. C’est-à-dire , l’investisseur , veut « acheter » un siège comme s’il venait acheter un bien immobilier à Carthage ou à Gammarth. Ces gens fortunés s’adressent aux poches des citoyens et ne parlent pas à leurs cerveaux. Ce sont des gens qui achètent la dignité des gens. Ces élections constituent des choix importants. Ce sont des élections qui vont déterminer l’avenir du pays, qui est celui des générations futures. Soit vous avez un projet sociétal, culturel un projet politique qui s’adresse aux cerveaux des gens et qui les élève,  mais quand vous arrivez avec la mentalité du commerçant qui veut produire des gains ,faire fortune en politique, je dis que la politique n’est pas un marché. Je ne crois pas que l’élan révolutionnaire laissera ces gens jouer un rôle ou même s’enraciner dans le futur de la scène politique. »

 Naceur Laouini  , émission Bissyassa « Nessma TV, du 05/10/2011.

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