Nicolas Sarkozy place ses pions avant le débat public avec François Hollande

Salah Ben Omrane  le jeudi 26 avril 2012 , 20:07

   À entendre le style ironique, le ton et les mots employés par Nicolas Sarkozy, le président de la république sortant, en réclamant la tenue de plusieurs débats publics et médiatisés à François Hollande, son concurrent et adversaire politique du second tour de l’élection présidentielle du 6 mai prochain, il y a de quoi se demander s’il s’agit bien d’un débat (bien avec la lettre D) public qu’il réclame .  

   Il dit ceci : « C’est difficile de débattre tout seul !  Alors, s’il est trop occupé, je propose qu’on change de date.  S’il préfère le matin ? l’après midi ? Pas de problème ! S’il veut le soir ? Pas de problème ! Si le jeudi, c’est mieux que le mercredi ? Pas de problème ! S’il veut que ça dure une heure au lieu d’une heure et demie, parce qu’une heure et demie, c’est un peu fatiguant ? Pas de problème ! »

   Au soir même du résultat du premier tour des élections présidentielles , Nicolas Sarkozy lançait déjà son appel à trois débats publics télévisés en confrontation avec son rival du Parti socialiste François Hollande qui venait d’obtenir le plus d’approbation de son programme par les électeurs.

   La manière dont est évoquée la proposition publique, constitue en elle-même le premier pas du débat public attendu par les Français. « Il n’y a aucune règle, aucune loi » à ce sujet, a dit Sarkozy. C’est en effet une tradition . Habituellement, il y a un seul débat télévisé entre les deux tours qui réunit les deux vainqueurs. François Hollande, semble se tenir à cette convenance, rappelant au passage qu’il ne voit pas un intérêt particulier en multipliant les rencontres avec son adversaire politique Sarkozy. Il s’en est tenu comme il s’en est tenu et s’est plié à la nouvelle tradition du parti socialiste dans l’organisation des primaires pour choisir le candidat du parti aux élections . Ceci, contrairement au Parti de Sarkozy l’UMP. qui n’arrive pas à intégrer le système de la primaire dans le choix de son candidat favori. Curieusement face à cette ancienne tradition au sein de l’UMP, Sarkozy n’avait rien dénoncé. Il faut juste comprendre que l’organisation de plusieurs débats à ce sujet, de vrais débats au sein de sa formation politique,afin de mettre en cause de cette tradition, ne lui est pas forcément favorable personnellement. 

    Lancer une proposition de trois débats,  constitue un des éléments de la rhétorique de Sarkozy pour débattre. Par cet appel, il ne fait que donner l’impression qu’il est le demandeur, l’organisateur, autrement le maitre d’ouvrage de sa prochaine rencontre avec François Hollande. Ceci ,qu’il s’agisse d’un seul ou de plusieurs débats. Une manière de se placer en position de « chasseur » en opposition à la position d’une « proie fuyante ». Il carbure non pas avec des projets et des idées qui sont les siennes mais avec un paquet de « reproches  » qui lui est indispensable pour engager une relation de dialogue.  Dans sa besace, on trouve de tout et de toutes les caricatures dans le populisme : du journaliste qui ne s’intéresse pas  à l’essentiel , du fonctionnaire qui exerce machinalement son métier, du politicien qui n’écoute pas la voix du peuple, de l’immigré qui refuse l’intégration , de l’étranger escroc à la sécurité sociale, du juge qui libère les délinquants dangereux et du policier qui en a marre d’arrêter les délinquants car il les rencontre le lendemain dans la rue. Par ailleurs jamais il ne reprend la position du citoyen victime de son banquier ou des salariés d’une entreprise, victimes des financiers responsables de la crise. Bref, Nicolas Sarkozy en veut à quelqu’un ,à une corporation ou à une frange de la société , en tremplin pour dire ce qu’il a à dire. Une indignation à géométrie variable. C’est dans le cadre de cette logique, dans la construction des reproches, qu’il entend rencontrer son adversaire politique qui vient d’être choisi en tant que premier élu par les Français . Candidat politique avant qu’il ne soit président en 2007, Sarkozy s’est maintenu à ce positionnement ambigu d’irresponsabilité sans beaucoup varier.

   Il y aura au final un seul débat et il sera le mercredi prochain. Cependant, on peut d’ores et déjà dire que le débat a déjà commencé. On est dans les préliminaires de la confrontation. Sarkozy s’attache à la forme et laisse le soin à  François Hollande  de se charger du fond . On s’attend également à ce que Sarkozy ne change pas de registre au cours de ce débat , en exerçant son habileté connue, à pousser son adversaire à se justifier et à s’expliquer sur ses intentions et sur les positions qu’il tient, pendant que lui, il se réserverait le rôle du vindicatif au nom du même représentant populaire de la société qu’il a tenu aussi bien pendant son quinquennat que pendant ces derniers jours, celui du « bon sens ».  Il ferait comme s’il était lui, dans l’opposition  à l’écart de toute responsabilité du bilan éventuel de l’exécutif alors qu’il a été à la première loge de cette responsabilité  pendant cinq ans .

Conférence de presse de François Hollande d’entre les deux tours :

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