Les salafistes sont de retour à la Faculté de la Manouba : Un ouf gouvernemental !

Salah Ben Omrane  le mercredi 18 avril 2012 à 12:05

   Si les salafistes se font oublier , s’ils ne font plus de bruit, s’ils s’insèrent dans la vie courante, le gouvernement de M Jebali  serait le premier à les regretter. Ils lui manqueraient. Qui pourra détourner les regards et l’attention des Tunisiens plus que ces bandes d’illuminés en débauche qui font des coups d’éclats de temps en temps, collés et rythmés comme du papier à musique  au gré de l’action gouvernementale ? Depuis qu’ils se sont faits oublier, il y a comme une émergence de certains problèmes qui ont surgi avec plus d’acuité, telles les revendications pour une meilleure prise en charge des martyrs et blessés de la révolution ou des demandeurs d’emplois qui ont fait connaitre leurs revendications pour une prise en charge sérieuse par l’État .

  Le plus récent des coups d’éclats des salafistes, date d’hier en empêchant le Doyen de la Faculté des Lettres de Manouba: Habib Kazdaghli, de regagner son bureau . Ils lui reprochent, ainsi qu’au Conseil scientifique de la Faculté, d’avoir pris l’initiative de sanctionner par le renvoi d’une dizaine d’étudiants pour faits de troubles à l’intérieur de l’établissement universitaire.

  Ce chahut qui sème le trouble à l’intérieur de la Faculté des lettres, des arts et des humanités de la Manouba, organisé et décidé, semble-il que par les salafistes eux-mêmes tel qu’ils prétendent, a duré déjà plus que la moitié d’une année universitaire.

  Cependant ,le gouvernement actuel de Jebali, a montré qu’il peut être ferme quand il veut et seulement quand il le souhaite.  Lorsque le ministère de l’intérieur avait fait appliquer par la force sa décision de fermer l’avenue Habib Bourguiba aux manifestants: lundi 9 avril, il n’a pas lésiné sur les moyens. En une demi-journée, les forces de police ont fait preuve d’une démonstration plus qu’exemplaire sur le terrain, qui restera inoubliable, en prenant  à cœur la résolution de leur ministre de tutelle pour maintenir l’ordre. Ce même gouvernement fait preuve qu’il est capable de rétablir l’ordre en une demi-journée d’un côté et incapable de le faire ailleurs concernant une situation qui dure depuis plus que six mois. Il fallait protéger le commerce de proximité avait déclaré le ministre de l’intérieur . Est-ce une raison majeure à côté d’une masse d’étudiants qui ne demandent qu’une seule chose : faire leurs études paisiblement et aux enseignants accomplir leur fonction en paix ? Une société constituée d’ illettrés, est-ce le but recherché dans la politique gouvernementale ? Seules la délinquance et la prison et non l’enseignement qui doivent amener un jour vers des postes de gestion et de responsabilité dans le pays ?

   Pourtant la décision du ministre de l’intérieur Ali Larayedh, n’est pas plus une décision administrative que toutes les décisions du Conseil scientifique de la Faculté de Manouba . La différence est que le ministre de l’intérieur lorsqu’il a pris sa décision, sans même qu’il lui fasse prendre une étoffe légale en la publiant au journal officiel, qu’ainsi la juridiction administrative puisse en être saisie pour former tout recours éventuel d’opposition pour excès de pouvoir, cette décision a fait poids, autorité, du bruit, des gaz , des crânes ensanglantés , des bras et des jambes cassés et d’autres blessés avant qu’elle ne soit retirée. Or le Conseil scientifique de la Faculté de Manouba n’a pas la puissance d’une police ou d’une armée à sa disposition pour maintenir l’ordre dans l’enceinte de l’établissement et pourtant ses décisions administratives sont en toute régularité. Et quand, il prend des décisions , la preuve est faite qu’il n’est pas protégé pour les mettre à exécution.

Voici l’appel suivant que je relaye :

Appel pour la constitution d’un Comité de défense des valeurs universitaires, de l’autonomie institutionnelle, des libertés académiques et  de soutien à la FLAHM

              Depuis le début de l’année universitaire 2011- 2012, des étudiants « salafistes », renforcés par des activistes et des miliciens et soutenus par des partis islamistes organisés ont attaqué plusieurs institutions universitaires, soit pour essayer d’y imposer le niqab dans les cours et les salles d’examen, soit pour marquer leur désapprobation au sujet de la tenue jugée irrespectueuse d’une enseignante ou pour contester les programmes établis par les départements ou les conseils scientifiques. Des incidents ont eu lieu à la Faculté des Lettres et des Sciences humaines de Sousse, à l’École Supérieure de Commerce de la Manouba, à l’Institut Supérieur des Arts et Métiers de Kairouan, à l’Institut supérieur de Théologie de Tunis, à l’Institut Supérieur des Langues de Tunis et dans d’autres établissements.

           Mais c’est la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba qui a constitué, depuis le 28 novembre 2011,  la cible privilégiée de ce groupuscule.  Ces activistes y bafouent le règlement intérieur en vigueur dans toutes les institutions d’enseignement supérieur qui interdit le port du niqab dans l’enceinte universitaire et particulièrement pendant les cours,  les séances d’examens et d’encadrement pour des raisons pédagogiques. Ils essayent d’y imposer leur loi par la force en terrorisant leurs camarades, en tentant de séquestrer le doyen, en l’empêchant d’accéder à son bureau, en recourant à la violence physique et verbale contre  les enseignants, contre le personnel administratif et ouvrier et en menaçant de mort certains enseignants et leur doyen. Des agissements semblables, quoique n’ayant pas la même gravité et n’ayant pas bénéficié de la même médiatisation, ont été enregistrés dans d’autres établissements plongeant dans l’inquiétude les enseignants, les étudiants et leurs syndicats. Visant spécialement la FLAHM dans un harcèlement continu et sans précédent dans l’histoire de l’université tunisienne, ce groupuscule a réussi à y interrompre les cours à plusieurs reprises et a pu parfois empêcher quelques groupes  d’étudiants  de passer leurs devoirs surveillés. Le bureau du doyen a été saccagé et son intégrité physique a été menacée puisqu’ un volumineux morceau de béton lancé dans son bureau aurait pu  l’atteindre…   Continuellement harcelés, les enseignants, leur conseil scientifique, leur doyen, leurs syndicats, les étudiants et l’administration ont résisté stoïquement contre ces agressions pour sauver l’année universitaire.   

       L’interdiction de l’accès aux salles de cours et d’examens aux étudiantes niqabées résulte de l’application d’un code vestimentaire tacite en vigueur dans les établissements scolaires et universitaires. Elle  a été confirmée, à l’échelle locale, par le conseil scientifique de la FLAHM et, à l’échelle du pays,  par tous les recteurs, par tous les responsables des établissements universitaires qui ont exécuté les décisions de leurs conseils scientifiques, et particulièrement par les doyens de toutes les facultés des lettres et sciences humaines, par les doyens des quatre facultés de médecine qui se sont distingués en adressant à la presse des communiqués dans ce sens. Elle a été entérinée par le Tribunal administratif. Mais le ministre de l’intérieur, ainsi que ministre de l’enseignement supérieur, au lieu de prendre la défense du corps enseignant, du doyen, au lieu de les féliciter pour leur détermination à appliquer la loi, au lieu d’aller dans le sens du Tribunal Administratif qui a été consulté par le ministre de l’enseignement supérieur lui-même au sujet du port du niqab, préfèrent imputer la responsabilité de « l’affaire de la FLAHM » au doyen le livrant ainsi à la vindicte des salafistes.

       Le gouvernement utilise également les principes de l’autonomie des universités et de la non-intervention sur les campus comme prétextes pour renoncer à ses  devoirs dictés par le bon sens et codifiés par le droit tunisien et les recommandations de l’UNESCO : assurer la sécurité des étudiants, des professeurs et du personnel administratif et ouvrier. Pourtant, ni à la Manouba, ni ailleurs, on ne lui demandait de réprimer des manifestations pacifiques mais de dissuader les intrus de déranger les activités académiques, de violer les lois et particulièrement l’article 116 du Code pénal en vertu  duquel « quiconque exerce ou menace d’exercer des violences sur un fonctionnaire public pour le contraindre à faire ou à ne pas faire un acte relevant de ses fonctions » commet un délit sanctionné par une peine qui peut aller jusqu’à trois ans d’emprisonnement.. Cette connivence des autorités a accru les violences salafistes qui ont atteint leur point culminant lors de la journée du 7 mars où l’on  a vu la profanation du drapeau national et pendant laquelle  les violences se sont soldées par un bilan de cinq blessés parmi les étudiants,

         Encouragés par le laxisme du ministre de l’intérieur et de celui de l’enseignement supérieur et, libres de déployer toute leur violence, ces salafistes pourraient aller encore plus loin et il n’est pas exclu que l’université compte des victimes à la FLAHM et ailleurs. Les  doyens des facultés des lettres n’ont d’ailleurs pas manqué de relever dans un communiqué rendu public au début du mois de mars que le spectre de l’année blanche planait sur leurs institutions.

          Le doyen de la FLAHM, dont l’institution a été choisie par les salafistes pour tester la capacité de résistance des établissements d’enseignement supérieur à la violation de leurs lois , veille depuis des mois avec le conseil scientifique, les enseignants et les syndicats de base  à la préservation de l’Université, du savoir, des libertés académiques, de la dignité des étudiants et des enseignants comme de leur intégrité physique. Une hiérarchie partisane essaye aujourd’hui de donner l’illusion qu’il est isolé dans le but de mettre les enseignants  et les étudiants au pas.

– Conscients que les salafistes mettent en cause les valeurs universitaires, les principes de   l’autonomie institutionnelle, les libertés académiques et qu’ils ont comme objectif la confiscation des prérogatives scientifiques et pédagogiques des institutions d’enseignement supérieur

– Conscients que la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba est ciblée en raison du rôle avant-gardiste qu’elle a toujours joué aussi bien dans la sauvegarde des valeurs universitaires, de l’autonomie institutionnelle et des libertés académiques que dans le développement de la tolérance, de l’esprit critique et  du renouvellement de la recherche

– Conscients que son doyen, ses enseignants, ses étudiants, son personnel administratif et ouvrier, particulièrement ciblés par les frondeurs, ne sont pas protégés par les autorités, que leur dignité est bafouée et que leur intégrité physique  est menacée

-Conscients que le combat que mène la FLAHM est le combat de toute l’université et celui de toute une société qui s’est débarrassée de la dictature et qui ne veut pas qu’elle revienne,

  Les universitaires et chercheurs tunisiens, les intellectuels, les artistes et les acteurs de la société civile, signataires de cette pétition :

– Se déclarent prêts à mener toutes les actions à même de permettre d’assurer la primauté de la loi dans les établissements d’enseignement supérieur, à défendre en collaboration étroite avec les syndicats de la profession et par tous les moyens légaux, toutes les institutions universitaires, contre toute atteinte susceptible de porter préjudice au savoir et aux valeurs universitaires, à l’intégrité physique de leurs responsables, de leurs enseignants, de leurs étudiants et de l’ensemble de leur personnel.

 –  S’engagent à soutenir particulièrement la FLAHM, son doyen, et toute son équipe dirigeante spécialement visés.

– Appellent à la constitution d’un Comité de défense des valeurs universitaires, de l’autonomie institutionnelle, des libertés académiques et  de soutien à la FLAHM.

– Demandent à tous les universitaires et chercheurs tunisiens, aux intellectuels, aux artistes et aux acteurs de la société civile, de répondre à cet appel en rejoignant ce comité et en se mobilisant pour l’aider à concrétiser ces objectifs, à la finalisation desquels l’université tunisienne, depuis sa fondation et à travers ses pères fondateurs et leurs disciples, s’est toujours montrée attachée et s’est constamment attelée.

 Liste des premiers signataires :

Anciens doyens et directeurs : Yadh Ben Achour, Abdelmajid Charfi, Sadok Belaid, Abdelkader M’hiri, Ali Mahjoubi, Mohamed-Hédi Chérif, Mohamed-Ali Drissa, Hassen Annabi, Faouzia Charfi.

Doyens actuels : Mohamed Fadhel Moussa, Moncef Ben Abdeljalil, Noureddine Kridis, Ahmed Mehrizi, Ali Chadli, Khaled Zghal, Mohaemed Amine Hammas.

Professeurs dans les universités tunisiennes : Rabaa Abdelkafi, Lilia Ben Salem, Mounira Chapouto-Remadi, Ammar Mahjoubi, Hichem Skik, Sana Ben Achour, Latifa Lakhdar, Jounaidi Abdeljaoued, Dalenda Larguèche, Larbi Chouikha, Samia Charfi, Ridha Bouguerra, Lotfi Ben Aissa, Abdelwahed Mokni, Salah Horchani, Khaled Nouicer, Habib Mellakh, Taoufik Baccar, Raja Ben Slama, Alia Baccar-Bornaz, Nejmeddine Kazdaghli, Yadh Zahher, Iqbal Gharbi, Hamadi Rdissi, Moncef ben Slimane, Nizar ben Salah, Sami Aouadi, Abdessalem Mahmoud, Abdelkarim Allagui, Kmar Ben Dana, Olfa ben Achour, Amel Fakhfakh, Amel Grami, Wafi Marrakchi, Sonia M’hiri, Hédi Berraies, Houcine Jaidi, Ali Noureddine, Houcine Ben Azzouna, Hamadi ben Jaballah, Hamadi Rdissi, Béchir Guerbouj, Monji Chamli, Taoufik Karkar, Zohra Marrakchi, Sonia Chamkhi, Meriem Bouguerra, Ahmed Boukhari Chetoui.

Universitaires, intellectuels, artistes entrepreneurs tunisiens résidants à l’étranger : Larbi Bouguerra, Annie Bouguerra, Sophie Bessis, Abdelwahab meddeb, Mustapha Tlili, Mondher Kilani, Moncef Kilani, Ali Mezghenni, Fethi Ben Slama, Noureddine Jouini, Chatal Jaber, Cherif Ferjani, Mansour Feki, Faouzia Zouari, Ines Hammami-Abid, Samih Abid, Ezzeddine Guellouz, Suzanne Guellouz, Mohammed Lakhdhar Lala, Ali Gannoun, Jallel Saada, Amin Khochlef.

Hommes de lettres, artistes et professeurs : Héla Beji, Kalthoum Bornaz, Fatma Saidane, Emna bel Haj Yahya, Moncef Fakhfakh, Monji Ghodbane, Lotfi Souab, Lilia ben Salah, Fethi ben Ayech, Samia Mellakh, Moncef Ouhaibi.

Personnalités de la Société civile : Mohamed Salah Khériji, Salah Zghedi, Mokhtar Trifi, Hedia Jrad, Hela Abdeljaoued, Ahmed Abderraouf Ounaies, Abdessatar ben Moussa, Khedija Cherif, Mounir Charfi, Souad Triki, Salem Salem Sahli, Sami Tahri, Ayachi Hammami, Ahlam bel Haj, Larbi Mellakh, Balkis Mechri, Ben Aissa Rafrafi, Thameur Driss.

 N.B : Les personnes voulant joindre leurs signatures au texte pourront le faire en envoyant leur accord à l’adresse e-mail suivante : valeur.universitaire@gmail.com

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