Assemblée nationale constituante tunisienne: nouveau festival d’été

Salah Ben Omrane 03 juillet  2013  12:00

  si le festival de Carthage et celui d’Hammamet annoncent leurs programmes à l’avance, celui du Bardo, pourrait être accusé de concurrence déloyale. Celui-ci, ne produit aucun catalogue annonciateur de ses spectacles. Les surprises sont dans le spectacle et il revient aux téléspectateurs de se tenir collés à l’écran s’ils craignent de les rater. Le prix est inclus dans le forfait de la redevance. Comble de tout, il vient de démarrer sa saison estivale, mine de rien,  avant tous les autres festivals en leur volant la vedette.  

  Autant que les 42 garanties dans le projet de la constitution, l’émotion et les rebondissements sont garantis dans ses spectacles. Pour preuve, la séance d’ouverture qui s’est déroulée avant d’hier était prometteuse et ne risque pas de décevoir le public. Du Méta théâtre dans une confusion entre la fiction et la réalité, dans la droite ligne du Living Theatre de Julian Beck.

   La séance de sacrement du projet de la constitution est partie en cacahuète.

   Le tout s’est déroulé sous le regard ébahi des quelques personnalités, dites de prestige, conviées à cette occasion, mais qui avaient fini par prendre la poudre d’escampette avant que ça ne tourne au vinaigre. En 1968, Le Paradise Now du Living Theatre avait fait scandale et a eu le même effet au festival d’Avignon.L’ex président de la république Foued M’bazza, en faisait partie, non du public d’Avignon, mais celui du Bardo. S’il ne pouvait rien faire pour faire respecter le décret qu’il avait lui-même signé, il y a deux ans, étant simplement un des producteurs mais pas le financier du projet, et qui accordait aux élus, seulement un an pour rédiger une constitution, il pouvait encore se sauver et écourter le supplice d’assister,  contraint et forcé, au filage du spectacle.

   Comment peut-on blâmer que dans ces conditions, Mahrezia Labidi, vice-présidente de l’assemblée, soit frappée par la lumière divine et se mette à marcher, les mains en avant, vers le technicien de la chaîne de télévision Alwatanya pour lui faire part de ses indications sur le tournage. Il suffit de croire aux miracles pour accepter l’idée que Mme Mahrezia Labidi s’est découverte, ce jour-là metteuse en scène et elle y a droit comme tout un chacun. Tous les cinéastes vous diront qu’ils adorent la transformation des personnages en cours de route dans un film et elle a réussi . Elle a réussi en un clic, à faire apparaitre le fantôme de Abdelwahaeb Abdallah, du temps de Ben Ali dans les couloirs de l’assemblée. 

  Tel un Ganesh à huit bras, au fond de la salle, M. Mustapha Ben Jaafar, président de l’Assemblée, ne savait plus où donner de la tête, pardon, de la trompe. Il devait orchestrer tous les mouvements devant lui, en espérant que ça ne pète nulle part pour garantir le plausible au spectateur et maintenir le cap du fictionnel, avec toutes les excuses d’un metteur en scène à court budget. On a lu sur son visage, son agacement quand la panne est arrivée. Là où il paraissait s’attendre le moins. D’un seul regard charismatique qui crève l’écran, il a donné l’ordre de poursuivre. The show must go on! Le jeune premier devant lui, le rapporteur général M.Habib Khedr, vient, et pour la première de décrocher devant les caméras. Ces maudites caméras ! Il a été pris de doute. Il lui a lancé un regard de désespéré, paniqué qui a besoin de secours. À M. Mustapha Ben Jaafar, il ne fallait pas lui faire ça en pleine séance du spectacle. Du moins, c’est ce qu’il fallait en persuader le téléspectateur et c’est ça le sens de la performance dans un spectacle.

    La séance a été interrompue mais la dramaturgie télévisuelle a beaucoup gagné ce matin là. On a découvert des vocations et on a reconsidéré des talents. Un début de juillet avec un trop plein d’émotions à l’Assemblée nationale constituante.

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