Rached Ghannouchi poursuit la tradition de l’irresponsabilité politique.

Salah Ben Omrane  28 août 2013 10:40

 Rached Ghannouchi Parmi les interpellations du leader d’Ennahda, qui est intervenu sur Nessma TV le week-end dernier, par le journaliste Hamza Belloumi; il y avait celle-ci :

« Vous [Troïka, Assemblée Constituante et gouvernement] aviez promis et signé de ne pas dépasser la période d’un an !« .

Rached Ghannouchi ne s’est pas laissé démonter devant l’outrecuidance du journaliste.

 Le « charismatique » leader a daigné faire le rappel de ses propres propos, tenus, voici il y a presque deux ans, où lui-personnellement s’est engagé en prenant les téléspectateurs à témoins que la période transitoire ne dépasserait pas une année. Il avait même ajouté que « les images et les paroles sont là, à l’appui, pour être confondu, en cas de transgression du pacte« . Ce fut  lorsqu’il était l’invité d’une autre émission télé « Essaraha Raha » avec Samir Elwafi sur Hannibal TV, fin 2011.

 Maintenant, que l’engagement qui a été pris publiquement et devant témoins, se trouve piétiné par tous les acteurs de la transition, Rached Ghannouchi, pointe, sans vergogne, un doigt accusateur dirigé contre, ce qu’il appelle les « experts » en les accusant de les (Troïka) avoir mal conseillés dès le départ:

 « Nous étions francs quand nous avions signé. On ne pensait pas que ce n’était pas logique . Nous nous sommes trompés. Ceci est un manque de perception de notre part et un manque surtout de perception des experts car les experts savaient que notre constitution première (1959) avait pris 3 ans. Pourquoi alors nous devions la faire en an?  Il était supposé que les experts nous avertissent que notre connaissance était limitée ce n’était pas possible . Donc ce sont les experts qui nous ont mis dans ce cahot!« 

 Ces propos rappellent les mêmes propos tenus par L’ex président Ben Ali, le 13 janvier, veille de son exil vers l’Arabie Saoudite, où il avait fustigé ses « mauvais Conseillers » dans son dernier discours, en leur promettant un mauvais traitement. Cela rappelle également les réactions de Bourguiba qui usait du même artifice rhétorique, en accusant ses « mauvais Conseillers », dès que le pays était le théâtre d’une rébellion ou d’une révolte.

 À entendre tous ceux qui ont eu à jouer un rôle politique en Tunisie, on pourrait croire que la Tunisie manque d’experts ou de « bons Conseillers ». Ils sortent, à l’identique, ce même argument quand le vent tourne et que la sensation d’un changement qui se prépare se répand dans l’air.Tels des gamins attrapés le doigt dans le pot de confiture et qui pleurent : « Ce n’est pas moi, c’est lui! ».

 La réaction du leader d’Ennahda rappelle tout simplement qu’on est dans la pure tradition de l’irresponsabilité politique, pas inconnue pour les Tunisiens. R. Ghannouchi avait compris  très tôt, qu’en acceptant de céder à la tentation de briguer un poste dans l’appareil de l’exécutif, il prendrait le risque de voir sa réputation et son image cabossées par la critique et qu’ainsi, il perdrait le capital de crédibilité et de « tête pensante » du mouvement islamiste qu’il avait cumulée durant son exil et grâce à la chaîne Aljazeera. N’est pas mieux de se contenter de tenir les ficelles dans les coulisses, sans s’exposer ? Qu’ainsi il ne n’offre à personne l’occasion de l’attaquer sur un bilan personnel au sein du Pouvoir, tenu par ses ouailles à la tête de l’État. En cas de désaveu, à tout instant, il peut revendiquer, que lui n’y est pour rien dans la sphère des « incompétents » et des « mauvais experts ».  En dehors de son activisme au sein de son parti dit « Mouvement Ennahda », il est titulaire d’un mandat populaire d’élu à l’Assemblée nationale constituante, où il n’est visible qu’à ses grandes manifestations pompeuses. Il oublie qu’il a été élu uniquement pour participer à la rédaction de la Constitution et à ce seul titre en tant qu' »expert » en compagnie de 246 autres experts. 

 

Galerie | Cet article, publié dans actualité, Droit, information, journalisme, langage, média, Politique, religion, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Rached Ghannouchi poursuit la tradition de l’irresponsabilité politique.

  1. Au-delà de son irresponsabilité politique, Ghannouchi nous fait bouffer les pissenlits par la racine en soutenant la thèse de l’infaisabilité d’une constitution en une année. Les soi-disant experts qui auraient soutenu l’option d’une année n’avaient pas tort, d’ailleurs une constitution aurait même pu être pondu bien avant ce délai. C’est surtout la déviation de l’ANC des ses principales missions (et de ses objectifs visés) qui ont fait que presque deux ans après nous restons toujours sans constitution. Et là c’est la responsabilité d’Ennahdha principalement et de sa majorité alliée qu’il faut mettre en avant, non celles des « experts ». Cela nous m’étonne pas finalement de sa part (et de la part de la troïka en général) … car il a souvent usé d’un « tamis pour cacher la face du soleil » ! (Rappelons-nous quand il relativisait les effets du salafisme sauvage, en parlant de fougue de la jeunesse pour qualifier une violence barbare)

    • Surtout que le mandat électif était clair : Écrire une constitution. Rien n’est écrit qu’il était question de gouverner le pays. C’est ce qu’on pourrait appeler le « coup d’État à la tunisienne. C’est à dire par la ruse et sans sortir les armes. Ce que Ben Ali avait fait pour Bourguiba et ce que Bourguiba avait fait pour le Bey.

Les commentaires sont fermés.