Coronavirus, ses effets sur la langue arabe

Salah Ben Omrane 20 juillet 2021  à 02:15

 La langue arabe, est elle capable d’affronter le choc de la pandémie de la COVID ?جرعة

 Y a-t-il, dans « les rayons » de la langue arabe un lexique varié, riche dans les dénominations et précis dans les désignations, au point de permettre aux usagers de cette langue de ne pas avoir recours à d’autres langues tels le français ou l’anglais, pour bien se faire comprendre et inter-réagir sans difficulté dans le milieu hospitalier, particulièrement en cette période de pandémie mondiale, dans les pays où la langue arabe tient pour langue officielle(1) parmi ceux qui n’emploient aucune autre langue que l’arabe dans leur quotidien?

Pour cette catégorie d’individus, voire d’autres, la langue arabe peut-elle à elle seule, satisfaire les besoins de communication ?Cette image a un attribut alt vide ; son nom de fichier est hajr-sehhi.jpg

 Dans la réalité, le constat est catastrophique car, sans le recours aux langues étrangères, la langue arabe se trouve en échec lorsque, à elle seule, il faut faire le diagnostic de l’état d’un malade, l’explication des caractéristiques de sa maladie et dialoguer entre collègues à l’hôpital au sujet du malade concerné.

Il est vrai que la langue arabe, jadis, il y a quelques siècles, rayonnait dans le passé. Elle séduisait les civilisations européennes par sa capacité à faire jaillir la lumière des sciences et des mathématiques. Or ce n’est plus le cas ! c’est même la dégringolade. Les innovations actuelles semblent faire partie d’un univers de plus en plus étrange pour la langue arabe, qu’elle a du mal à tenir le rythme et à suivre les pas.

La langue arabe ne fait pas partie, concrètement, des langues qui s’emploient dans les domaines de la recherche, de l’innovation scientifiques et technologiques. Une langue qui s’est trouvée de plus en plus appauvrie du langage spécifique aux domaines de l’hôpital, des soins aux malades et de la recherche sur les maladies, écartée du club des langues qui participent à la transformation du monde.

Depuis deux ans, le sujet principal qui préoccupe la majorité d’individus sur cette planète, est celui de la santé publique. Elle est menacée par le Coronavirus. En faisant recours à ce qui se dit et se lit à ce sujet dans les médias des pays arabes, il est ahurissant de constater le volume d’âneries que je découvre quotidiennement, en particulier, chez ceux qui tentent désespéramment, d’appliquer la méthode du « forcing », à savoir placer, malgré tout et sans égard, quelques mots en arabe, en remplacement de ce qui se dit et s’écrit sur la maladie dans les langues étrangères. Le problème dans cette d'[arabisation], est qu’il lui arrive de faire échec, parfois de constituer même et potentiellement un danger en donnant de fausses indications dans un domaine, qu’est le médical où l’erreur peut être la cause de fâcheuses conséquences.

À titre d’exemple, dans ce moment précis où il est question d’inciter les gens à se faire vacciner, on entend et on lit une locution en arabe à longueur de journées qu’est: جرعة , qui en principe tend à signifier « dose ».

On parle de 1 ère dose (gorgée en arabe) Cette image a un attribut alt vide ; son nom de fichier est gorgee-n-1.jpg  et de seconde dose Cette image a un attribut alt vide ; son nom de fichier est gorgee-n-2.jpg  pour un vaccin qu’on injecte avec une seringue et qui ne se boit surtout pas. 

Le sens de الجرعة , trouvé dans le dictionnaire de Dar Almachrek à BeyrouthCette image a un attribut alt vide ; son nom de fichier est dictionnaire-arabe.jpg :

Cette image a un attribut alt vide ; son nom de fichier est gorgee.jpg

Cette grave erreur d’emploi, pour un vaccin qui s’administre par la seringue et non par la voie buccale, est largement répandue dans les médias en langue arabe.

De cette « goutte qui a fait déborder le verre », j’ai entrepris une vérification de quelques locutions en français que j’ai choisies arbitrairement, en rapport avec l' »univers » du Covid , des malades, des hôpitaux et autres institutions, en essayant de leur trouver un équivalent en langue arabe.

Faisons dans le plus simple pour que chacun puisse le vérifier, à savoir consulter le « Google traduction ». Quoiqu’on en pense de la qualité des équivalences en arabe qu’on obtient dans l’outil Traducteur Google, des locutions proposées en français, il faut remercier ceux qui sont à l’origine de cet outil génial et pratique. Il est performant malgré tout, même s’il y a parfois des erreurs ou des approximations hasardeuses. C’est un outil qui rend service.

Ceci dit, il faut garder à l’esprit que Google ne peut pas inventer ce qui n’existe pas. Il puise dans les rayons de la langue arabe qui sont à l’usage. Les usagers de la langue arabe sont les pourvoyeurs et les relais capables d’accélérer ou d’inverser la tendance qui consiste à enrichir ou à appauvrir la langue arabe. C’est dans l’usage que s’affine l’outil.

Angela Merkel, hier en Allemagne, 18 juillet 2021, à propos des inondations et des tragédies qui ont suivi, disait: « il n’y a quasiment pas de mot dans la langue allemande pour décrire l’étendue des dégâts ». Une Chancelière qui fait publiquement le constat d’un vide dans la langue allemande ! C’est rare et pour cette même raison, c’est merveilleux, car d’habitude on entend les responsables politiques évoquer « le vide juridique » ou  » le vide des caisses de l’État » ( pas pour l’Allemagne).

À chaque nouveau cyclone naissant, aux États-Unis, on se presse pour l’identifier et on l’affuble d’un nom, comme s’il s’agissait d’un personne humaine ayant une personnalité avec un des sentiments et un caractère. En Europe, en ce moment, on évoque le phénomène de « la goutte froide »poche d’air froid ou dôme d’air froid — au dessus de l’Europe de l’ouest, qui a été désignée responsable des torrents de pluies inhabituelles de ces derniers jours particulièrement au dessus de l’Allemagne et de la Belgique. Cette image a un attribut alt vide ; son nom de fichier est nuages-1.jpg

En occident, on est sur le point d’attribuer un nom à chaque touffe de nuage qui traverse timidement le le ciel, même si ce n’est qu’un évènement éphémère qui n’émeut aucun terrien. Pendant ce temps là, on est dans l’incapacité de donner un nom « en arabe » au mot « virus qui viendrait des chercheurs virologues, premiers concernés par le fait, au lieu de cela, on ne prête pas attention à l' »écoulement » des traductions abusives, maladroites, erronées, qui se font par on ne sait ni qui ni où ils se trouvent et rien sur leurs aptitudes et motivations.

Dans Lun yu, les Entretiens de Confucius, CHAPITRE XIII, Tzeu lou dit : « Si le prince de Wei vous attendait pour régler avec vous les affaires publiques, à quoi donneriez-vous votre premier soin ?  A rendre à chaque chose son vrai nom », répondit le Maître (Confucius)

Liste des mots (par ordre alphabétique) choisis, à traduire vers la langue arabe, qui sont en lien direct ou indirect avec la pandémie du Coronavirus :

Il y a, ce qu’on appelle en rhétorique : une antonomase(2) dans la désignation en français de la locution : « algorithme ». Cette désignation est composée par le nom du mathématicien Muhammad Ibn Mūsā al-Khuwārizmī ( محمد بن موسى الخوارزمي). dit Al-Khwârismî. Il n’est pas étonnant que la traduction du français vers la langue arabe d' »algorithme » reprend initialement le nom d’ Al-Khwârismî, mais cette fois-ci en faisant une antonomase dans la langue arabe.

« Bloc opératoire » est traduit vers la langue arabe par « مسرح العمليات » . L’équivalent en français de cette proposition est : théâtre des opération. Pour celui qui va entrer au bloc opératoire et qui comprend et lit la langue arabe, en voyant marqué à l’entrée « théâtre des opérations« , mieux vaut pour lui qu’il soit déjà anesthésié.

Il y a certes des maladresses dans certaines traductions proposées par Google traducteur,mais ce moteur de recherche rend bien service et il faut en remercier ses installateurs. Les traductions les plus égarées voire les plus « contestables », sont marquées en rouge. Il est une évidence, que le Google traducteur est un algorithme, et il est bien pratique, lorsqu’on a la flemme de feuilleter un dictionnaire en papier à la recherche d’un équivalent, mais il ne peut pas être fiable à tous les essais dès lors qu’on tend vers une traduction avec plus de précision et d’affinement. L’appréciation de la traduction se fait suivant le niveau d’exigence du demandeur et de l’emploi réservée à la traduction. La connaissance des deux langues, le français et l’arabe, est utile dans l’affinement de la recherche du mot « juste » recherché.

Le terme « diagnostic » est traduit par l’équivalent en arabe de « التشخيص » .Ce mot mot en arabe signifierait en français « personnalisation ».

La locution « hygiène » en français est proposée en traduction, en arabe par « Ennadhafa »(النظافة) qui signifie « propreté ». Rappelons que l’hygiène englobe tous les principes de la santé dont celui de la propreté

le mot « Infection » est traduit en arabe par l’équivalent de »contamination ».

Le mot « insuffisance respiratoire » en français est traduit par « arrêt respiratoire ». Voici qu’un malade qui souffre d’insuffisance respiratoire et qui le dit à l’accueil d’un hôpital où la langue arabe étant la langue officielle, et que celui qui reçoit le malade consulte la traduction, faisant gaffe de ne pas commettre d’erreur, pour bien comprendre le malade, tombe sur la traduction: »arrêt respiratoire ».

Dans la traduction d' »immunologie’ on remarque la présence du mot « Ilm » signifiant : « le savoir » ou « la connaissance ».

1) Ce mot « Ilm » est présent dans de nombreuses traductions. Il est révélateur d’une incapacité à trouver un mot véritablement équivalent à la proposition à traduire.

2) La proposition du mot à traduire se trouve composée en deux mots dans la traduction. C’est aussi un signe de faiblesse de la langue arabe qui n’a pas pas une désignation unique qui synthétise le sens de la proposition en français.

3) Une autre découverte dans la traduction en arabe du mot « infirmier ». Bien que la proposition à traduire est « infirmier » au masculin, le résultat, en arabe apparait au féminin : »infirmière ». Malgré plusieurs tentatives et d’essai le Google traduction ne reconnaît pas le métier d' »infirmier » pour les hommes.

Indication en français aux propositions en arabe :

Pour « microprocesseur » il est proposé l’équivalent de » soigneur précis ». Quant à « neurologie » ce mot est traduit en  » le savoir des nerfs ». La locution « savoir » est placée devant plusieurs spécialités en médecine.

La traduction en arabe du mot en français « malade » est la même que pour le mot « patient ». Autrement, pas de nuance de sens entre « malade » et « patient ».

Le « terme « nanotechnologie (3) » ne semble pas avoir un équivalent. la composition de mots proposée par Google traducteur n’est pas satisfaisante car elle propose l’équivalent en arabe de « technologie de nano ». Cela n’apporte rien à la compréhension en reproduisant la phonétique de « nano ».

« Psychanalyse » c’est traduit par « examen de l’âme ». « Psychiatrie » a pour traduction l’équivalent de « médecine de l’âme » quant à « psychologie », ce mot est traduit par « le savoir de l’âme ».

Au terme en français « Posologie » aucune proposition de traduction satisfaisante ne serait-ce qu’approximative. Google traducteur ressort la locution (جرعة) qui est équivalente à « gorgée ».

« Retour d’expérience » en français est proposé par Google en arabe par « تعليق », qui signifie: « critique« . Sachant que tout retour d’expérience n’est pas forcément de la critique, les deux sens, en français et en arabe sont bien éloignés.

Le mot « surmortalité » est traduit par l’équivalent de : « les morts supplémentaires ».

« Télé-médecine  » est traduit par « médecine à distance ». Même genre de traduction pour « télé-travail » qui donne : « travail à distance »

la composition « transfusion sanguine » est proposée par Google en : »نقل الدم ». Ce qui signifie en français : »transport du sang ». Pas de mot en arabe trouvé qui serait équivalent à l’expression en français de »transfusion sanguine ».

Pour « virus » la traduction se prononce  » vairous ». Ce qui revient à dire qu’il n’y a aucune invention d’un nouveau mot en langue arabe équivalent à « virus » depuis que les virus existent.

le terme « Thrombopénie(4) » est traduit par par trois mots en arabe.

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*Une antonomase: (définition wiki)

(1) Nombre de locuteurs arabophones : entre 315 421 300 et 375 000 000

Nom d’États dont l’arabe est la langue officielle : Entre 27 ou 28 États (info wiki.)

(2) Une antonomase: (définition wiki)

(3) Nanotechnologie: Procédés techniques de fabrication et d’installation de structures à l’échelle de l’infiniment petit (en nanomètre et sur des distances entre atomes) qui allient la chimie, la physique et la biologie.

(4) «La thrombopénie décrit une baisse du nombre de thrombocytes, ou plaquettes sanguines. Ce sont de petites cellules qui circulent dans le sang et jouent un rôle clé dans la coagulation sanguine. Ce phénomène ne peut avoir lieu de manière adéquate en cas de thrombopénie. Des saignements importants peuvent alors survenir et affecter le bon fonctionnement de l’organisme.»

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