30 jours de détention et Samir Feriani n’a toujours pas été libéré !

Par Salah Ben Omrane  le 29 juin 2011 à 11:52

 

   Samir Feriani est un officier instructeur au sein de la police nationale tunisienne .

Il est chef d’un centre de formation des policiers sous la direction du ministère de l’intérieur. Il a 19 ans de métier et loyaux services qu’il a consacrés à cette administration .

De ce seul fait, il mérite qu’on lui accorde un minimum de crédit ,lorsqu’il décide de parler des conditions de son travail  et du métier de policier . Pourquoi pas l’écouter ou le lire, s’il formule des propositions ou s’il fournit des indications qui vont dans le sens d’une amélioration de la police nationale .

Tout le monde n’est pas obligé de se ranger du côté de son avis , y compris ceux qui partagent le même métier que le sien , mais par respect et par considération pour ce qu’il représente ,sa parole est à prendre au titre d’une contribution publique pour installer un Etat de droits .

 C’est ainsi la règle et le jeu si on veut sérieusement que les principes d’un Etat de droits, s’ancrent dans les comportements au quotidien dans l’administration publique . Il ne peut pas y avoir des principes rédigés sur du papier pour faire joli , et de l’autre côté, des pratiques que la morale désapprouve ,mais dont on dit dans les couloirs et dans les cafés qu’elles sont  incontournables pour obtenir du résultat et que  cela a toujours fonctionné ainsi .

Samir Feriani  ,étant de par son métier Instructeur, il a vocation à être précis. C’est-à-dire , désigner les choses par leurs noms . C’est ce qu’il doit certainement réclamer à ses élèves policiers de faire .C’est ce qu’il doit certes aussi, s’appliquer comme contrainte à lui-même en premier .C’est une qualité rare qu’on peut apprécier, lorsqu’on se trouve face à un interlocuteur pareil ,qui tend à vouloir être clair et précis dans sa parole . Cela relève du courage  ,dans certains cas ,d’aller droit au but ,ne pas faire des  allusions , ni se réfugier  dans l’évitement par peur de contrarier ou de déplaire . Avec de la précision , le métier de policier gagne indiscutablement de l’efficacité .

Ceci dit , cette même  qualité dans certains cas, peut jouer des tours à son propre auteur . La franchise peut se retourner contre celui qui est ou qui prétend être dans le vrai  . Samir Feriani paie en ce moment son prix . Il croupit en ce moment dans une cellule gardée par des militaires ,loin de sa famille , pour avoir cru utile d’agir en s’exprimant librement .

De quoi il est accusé ? (voir vidéo 1 )

Il est poursuivi par la juridiction militaire pour les chefs d’accusations suivantes :

1. Atteinte à la sécurité de l’Etat à l’étranger

2. Atteinte à la paix dans le territoire de la Tunisie .

3. Publication de fausses informations ayant une portée nuisible sur  autrui .

 

 Vidéo Tuniscope

Comment il est arrivé là ?

Circonstances générales et contexte politique des faits

 Aussi surprenant pour les tunisiens mêmes qu’inattendu pour le monde entier , il y a eu l’amorce d’une révolution en Tunisie qui a débuté il y a quelques mois et qui a abouti au départ précipité de Ben Ali, symbole même de l’Etat policier .

Rappel des faits :

De décembre 2010 jusqu’à janvier 2011 ,la Tunisie a été secouée par des soulèvements populaires qui ont jailli du fond de ses entrailles, qui sont les régions qui étaient reléguées aux oubliettes depuis belles lurettes par les pouvoirs politiques successifs. Ces régions étaient jugées d’office perdantes au départ de chaque course .On ne leur accordait même pas le droit de participer .

La misère , la pauvreté et le désarroi, sur fond d’injustice et spoliation de quelques droits élémentaires, ont fini par former la composition de la  formule « chimique » du vent de la révolte . Dans ce contexte de soulèvement ,l’ex président Ben Ali ,comptait énormément sur la police nationale pour ramener le calme en mâtant les contestataires .

Ce chef d’Etat ,était toutefois , persuadé à tort, que la répression aller produire le silence et le retour au calme .

Cette réponse a toujours porté ses [fruits] et il n’avait aucune raison de douter sur son efficacité . Peu importait pour lui si cette solution ne réglait pas le problème à la racine et qu’elle ne guérissait pas le mal . Mais, il était dans l’incapacité d’agir autrement contre le mal qui rongeait la Tunisie de l’intérieur depuis des décennies . La rage populaire était si forte cette fois-là ,au point que la contestation s’était généralisée dans tout le pays. Elle s’est propagée dans d’autres villes qui étaient un peu mieux lotis que les premières qui se sont soulevées. Elles ont bougé par solidarité avec elles pour dire d’une seule voix que la Tunisie est un pays uni et que si on touche à une de ses villes tout le pays se soulève , tel un seul corps !

Les Tunisiens ont fait savoir qu’ils ne voulaient plus d’un Etat fondé sur la puissance de la matraque . Qu’ils ne voulaient plus d’un système construit sur du mensonge ,de la manipulation ,de la cleptomanie  , du népotisme ,de la répression et du terrorisme d’Etat .

Que ce soit en Tunisie ou à l’étranger, ce système corrompu paraissait encore, il y a quelques mois, fixé fatalement à vie au destin de tout pays arabe ayant  l’Islam pour religion.  Que cette aliénation qui bride tout espoir d’une vie démocratique ,de toute jeunesse qui aspire à la liberté , est indéboulonnable . L’histoire de la Tunisie qui s’écrit en ce moment indique que rien n’est joué d’avance et que c’est aux peuples de construire leurs propres destins  quand il le souhaitent  et à la condition qu’il aient l’initiative. 

La police et l’armée

Dès les premiers coups de feux en décembre 2010 , l’armée avait choisi son camp ,sans hésiter ,en se rangeant comme par nature  ,du côté de la population en la protégeant contre les nervis de l’ancien régime en perdition.

 En ce qui concerne la police , il en a été autrement . Des  rapports pacifiés entre une police qui veut maintenir l’ordre et une population qui gronde , n’étaient pas à tous les rendez-vous.

Profitant de cette relation équivoque ,Michelle Alliot-Marie ,ministre des affaires étrangères de la France, a cru bon devoir saisir cette opportunité et réclamer une part de bénéfice dans cette confrontation Police-émeutiers . C’était une occasion à ne pas rater pour dire tout « le bien » qu’elle pensait de ces émeutiers qui se sont dressés contre ses « contacts » en perdition du pouvoir .

A cette occasion , dans la mesure où Samir Feriani est poursuivi pour les faits mentionnés ci-dessus , Michelle Alliot-Marie ,dans son intervention , n’avait elle pas porté également , atteinte à la sécurité de l’Etat tunisien à l’étranger par son intervention au palais Bourbon ? Une proposition  qui n’avait aucun respect pour la Tunisie , pays indépendant .  N’avait-elle pas porté atteinte  à la paix dans le territoire de la Tunisie en évoquant l’éventualité d’une intervention de la police française auprès de la police tunisienne ? Une telle proposition si elle s’était vue mettre en pratique , ne conduisait-elle pas à allumer le feu ,aussi bien dans les rangs des manifestants ,que ceux des policiers et dévier ainsi des principes sur lesquels se battaient les manifestants ?  N’avait-elle pas donné des informations publiquement sur des personnes et que ces informations avaient une portée nuisible sur  des personnes précises en Tunisie ?

 Qu’attendent donc les autorités tunisiennes pour lancer un mandat d’amener, en faisant subir à Madame Alliot Marie le même sort qui a été réservé à Samir Feriani , puisqu’il s’est révélé au lendemain du 14 janvier 2011 , à la connaissance de tous , qu’elle était personnellement compromise jusqu’au cou avec les tenants du pouvoir répressif ?

 

Le maintien de l’ordre

Une frange de la structure qui doit maintenir l’ordre et la paix, s’est trouvée sans Ben Ali et ses sbires dans un laps de temps assez court qui ne leur permettait pas une adaptation dans un temps raisonnable aux nouvelles conditions de travailler .

Fort heureusement , il y avait des policiers qui croyaient et croient encore au métier qu’ils exercent et à la noble mission qu’ils accomplissent au quotidien sur le terrain . Je ne doute pas que Samir Feriani en fait partie .

Peut-être que ses initiatives étaient maladroites , ne connaissant pas le dossier , je m’abstiens d’émettre un jugement à la hâte ,là-dessus .

Par ailleurs , son statut lui confère, le droit de dire qu’il tient à avoir une police propre et insoupçonnable ,au même titre que n’importe quel autre citoyen . En parallèle ,le même statut le contraint à se soumettre à l’obligation de réserve . A-t-il dépassé la ligne rouge ? La justice le dira . Nous devons apprendre à faire confiance aux institutions qui existent , tout en poursuivant nos efforts pour les améliorer . Autrement , il n’y a pas d’autres alternatives ,si nous voulons faire installer un véritable Etat de droits .

Samir Feriani a le droit de s’exprimer ,de témoigner et de se montrer fidèle aux  principes qui forgent une police républicaine proche de la population . Il a le droit de s’en inquiéter !

Tout à son honneur , d’avoir le désir de ne pas rater le rendez de la Tunisie avec son Histoire . Sa nouvelle Histoire qui doit décréter que certaines méthodes et pratiques policières, en matière du maintien de l’ordre et de la paix, sont devenues obsolètes . Ce sont ces méthodes que nul ne peut contester, qui ont souvent sali la réputation et l’image de la Tunisie aussi bien à l’intérieur du pays qu’à l’extérieur . Samir Feriani ,animé par ce noble désir ,voulait certainement participer par ses moyens , véritablement , pour que son rêve , qui est celui de la majorité des tunisiens devienne une réalité , à savoir une police nationale au dessus de tout soupçon . Après tout , cette envie est en droite ligne et en parfaite concordance avec sa position de formateur instructeur de policiers . Personne ne peut lui nier qu’il ait envie que la police nationale jouisse dans le futur d’une bonne réputation . Est-ce trop demandé ?

Et pourquoi pas aller jusqu’au bout dans le remaniement de l’institution policière et montrer au monde entier que la maison à laquelle il est attaché , sait faire le ménage dans ses propres rangs sans que cette tâche ne soit poussée par la pression et la  contrainte .

Une question demeure :

Qu’est ce qui justifie sa mise en détention provisoire, à part l’invocation de l’éventuel trouble à l’ordre public s’il se trouvait libre de ses mouvements ? Est-ce le manque de confiance qu’il ne se rendrait pas à ses convocations du tribunal ? Je ne le crois pas ! Que pourrait-il faire véritablement alors ,s’il était à l’extérieur du lieu de sa détention ?

Est-ce si  dangereux que d’embrasser ses enfants chaque matin et d’être proche de son épouse et de sa mère ?

  

Entretien vidéo réalisé le 02 juin 2011 par M Yassine Ben Taher AYARI et Mme Leila Feriani .

♦○•○♦○•○♦○•○♦ 

Galerie | Cet article a été publié dans Uncategorized. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour 30 jours de détention et Samir Feriani n’a toujours pas été libéré !

  1. L'Appel Républicain dit :

    L’appel républicain
    Nous partageons la douleur de la famille. Nous avons demandé des explications concernant cette affaire qui parait hautement sensible car impliquant gravement différentes parties suite à la courageuse déposition du commissaire de police Samir Fériani. La justice militaire a pris les choses en main. La vérité doit se faire jour et nous ne relâchons pas notre vigilance face à toutes censures protégeant des criminels, toutes désinformations ou manipulations nous éloignant de la vérité.. D’après nos informations, l’instruction suit son cours pour éclaircir les tenants et les aboutissants et Samir Fériani est convenablement traité. La justice doit se prononcer de façon transparente. Les tunisiens y sont attachés. L’Appel républicain aussi.
    Site : http://lappel-republicain-tn.blogspot.com

  2. Ping : L’autorité judiciaire tunisienne mise en accusation | Le milieu autorisé

Les commentaires sont fermés.