La carte d’embarquement tunisienne

Salah Ben Omrane  22 novembre 2012 11:00

   Le Tunisien qui vît à l’étranger, lorsqu’il entre dans son pays, voire quand il le quitte,  n’a pas besoin de fouiller loin, pour saisir la preuve du décalage entre la couche mince du modernisme d’apparat de surface en Tunisie, et la masse qu’elle enveloppe, en dessous, d’un archaïsme bétonné statique et rétrograde dans le fonctionnement administratif. Il a l’obligation à son passage devant la police des frontières, de remplir une carte d’embarquement, en y inscrivant de sa main, des réponses à des questions, en indiquant son identité , sa profession, son adresse  ainsi que le nom de l’aéroport ou du port qu’il vient de quitter ou celui où il compte s’y rendre.

   Dans l’ère de l’informatique et de la modernité, la bureaucratie tunisienne n’a toujours pas lâché du lest. Le ministère de l’intérieur tunisien ne s’est pas sevré de cette relique en papier qui date d’une époque où il n’y avait pas les ordinateurs à la disposition des agents de police, sans oublier l’ère où la communication par réseaux tel internet n’existait pas.

   Qu’est ce qui justifie encore ce morceau de papier dans les frontières à une époque où même le billet de transport s’est virtualisé et où il suffit de demander, en appuyant sur un bouton de n’importe quel terminal relié à un service du ministère de l’intérieur pour obtenir tout ce qu’on veut savoir sur un individu traversant une frontière ou pour alimenter un fichier centralisé à des fins de statistiques ?

   C’est dans ces conditions qu’on vous parle d’ »Open sky » et de statut de « Partenaire privilégié de la Tunisie avec l’Union européenne« .  Quel drôle de décalage entre des efforts dans une direction avec la prétention d’accéder au progrès, telles celles d’ouvrir le ciel ou de faire comme en Europe , et une résignation dans le maintien d’un état de fait en héritage, concernant la relation de l’État à travers son administration publique avec  ses citoyens ? Depuis quelques décennies, les pays européens ont mis la fameuse et triste carte d’embarquement dans la poubelle, en ce qui concerne leurs ressortissants de l’union.  La Tunisie continue de l’exiger non seulement pour les ressortissants des pays du Maghreb mais , elle exige qu’elle soit remplie et remise à la police de l’air y compris pour ses propres citoyens .

   27 États de l’Union Européenne , qui regroupent 503,7 millions d’habitants, avec 23 langues différentes et officielles, sont arrivés à se faire confiance entre eux, en réservant une voie spéciale dans chacun de leurs aéroports pour les citoyens de la communauté européenne, sans devoir remplir un quelconque document, alors qu’en Tunisie , le prétendu passage réservé aux citoyens du Maghreb, n’est qu’un écriteau qui fait joli et moderne dans les aéroports, sans plus. Le malheureux dans l’histoire est que 11 millions d’âmes seulement et qui sont du même pays, ne se font pas confiance. Touristes ou Tunisiens qui voyagent, ils doivent se soumettre au remplissage de la carte et à sa remise à l’agent de police. Ensuite , il faut attendre patiemment le son du coup du cachet tel un coup de canon qui vous transporte dans le monde merveilleux de la bureaucratie dans toute sa puissance.   

  Pendant les déclarations pompeuses sur la modernité, les autorités tunisiennes poursuivent la tâche de soigner et de traiter en chrome le verrou qui ferme le ciel de la simplification dans le traitement de l’information. Il y a une limite où il faut s’en rendre compte que la carte d’embarquement n’est plus humiliante pour celui qui la rédige mais envers celui qui en est devenu accro et n’arrive pas à s’en passer.

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Un commentaire pour La carte d’embarquement tunisienne

  1. Elloumi F. dit :

    Malheureusement, nous n avons pas encore depasse une administration du Moyen Age qui ne rend service a personne en ce moment particulier ou la technologie est reine et peut nous faire economiser du temps, de l argent et nous securiser. Avec la techn. Anything anytime any where c est ce qui a le plus ameliore nos conditions de vie sur tte la planete. E.g. Un consultant tun. qui n arrive pas a avoir un Visa a temps peut bien entamer son travail et l envoyer par mail, etc………..Il epargne aussi le prix du sejour et d autres frais.

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