Moncef Marzouki parle à France 24 du « folklore » en Tunisie

Salah Ben Omrane  le 14 janvier 2013  13:32

   La journaliste de France 24, Vanessa Burgraff s’est rendue ce dernier week end à Tunis, en recueillant les impressions du président tunisien Moncef Marzouki du Palais de Carthage, sur l’état actuel de la Tunisie.

  Il a été abordé, au cours de cette interview, le constant sur lequel tout le monde peut s’accorder, à savoir, que deux ans après que Ben Ali ait quitté le navire, la stabilité du pays demeure encore sur la liste des espérances.  

  Les quelques chefs de partis politiques qui, avaient réussi à s’emparer des rênes du Pouvoir, sont loin d’accomplir la prouesse de sauver le pays de la dérive, comme ils l’avaient promis lors de leurs tournées de campagnes pour les élections de la constituante en 2011.

  De nouvelles préoccupations ont surgi en s’ajoutant aux inquiétudes sur les menaces qui frappent l’économie du pays, dans un contexte international de crise peu favorable au développement interne. Ce sont des préoccupations d’ordre sécuritaire et d’un genre particulier qui est celui d’un terrorisme émergeant et qui est bien réel. Il vise à ressusciter les ruines de Kandahar des Talibans, dans une Tunisie qui a du mal à enterrer les armes de la dictature après avoir chassé un dictateur.

  Un danger qui n’est pas si simple à y faire face pour préserver l’équilibre social , l’esprit de tolérance et de l’unité légendaire des Tunisiens bon gré malgré leurs différences.

  Contrairement à toutes les supputations que ce danger terroriste vient de l’extérieur, le laxismes des autorités de l’État a prouvé  le contraire. Cela a été démontré tout le long des derniers mois écoulés. Il est implanté avec des germes invisibles en public, parfois avec des apparitions spectaculaires criminelles et parfois avec un cautionnement et un encouragement par des décisions administratives. Preuve, qu’il loge confortablement dans les arcanes du Pouvoir et qu’il est payé par les contribuables. L’incarcération de deux jeunes en couple  qui se sont embrassés en public, est la dernière des illustrations de l’état de délabrement dans lequel se trouve en ce moment, le statut des droits et des libertés publiques du Tunisien. C’est du Folklore (dit dans l’entretien) , pour le Président Marzouki!

  Rappelons encore un autre épisode « folklorique », celui  des deux autres jeune diplômés au chômage qui se sont vus  condamner à sept ans et demi de prison par un tribunal pour avoir posté des caricatures du prophète, au motif qu’ils avaient porté atteinte au sacré. Comment peut-on oser ne pas reconnaitre, après ces évènements, que la Tunisie n’est pas dans les pas des Talibans lors de leur conquête de Kaboul en septembre 1996 ? 

  Et pour ceux qui doutent encore sur les intentions des terroristes qui sévissent dans le pays, disséminés parmi sa population, qui dictent leurs règles en ce moment, ces terroristes viennent de rendre hommage à leurs frères afghans qui avaient fait exploser au canon les statues de Bouddha de Bâmiyân en 2001, en brûlant ce dimanche le mausolée de Sidi Bousaïd près de Tunis.

 Le laxisme devant ces exactions répétées, l’arme judiciaire employée contre les libertés publiques, indiquent qu’on est loin du prétendu processus démocratique dont osent encore parler quelques têtes du sérail. Les Tunisiens découvrent eux-mêmes que la démocratie a un prix, que dans leur majorité, ils ne sont pas prêts à le payer.


Moncef Marzouki interrogé par France 24

 


I. La France intervient au Tchad

Vanessa Burgraff: Les forces françaises sont intervenus au Mali pour y déloger les islamistes, je voudrais savoir si vous soutenez cette initiative française ?

 Mocef Marzouki: La situation au Mali nous inquiète depuis toujours. On commence à savoir, que nos propres jihadistes, entre guillemets, sont en relation avec ces forces terroristes. On a l’impression aussi que la Tunisie est en train de devenir un corridor entre l’armement libyen et ces régions là. Nous suivons avec beaucoup d’attention ce nid de frelons, parce qu’il s’agit d’un vrai nid de frelons qui peut menacer la sécurité de l’ensemble des pays dont la Tunisie. Nous suivons avec beaucoup d’attention ce qui s’y passe.

V.B.: Et vous soutenez la France, dans son initiative militaire?

M.M.: Pour le moment je pense que la situation est tellement complexe , bien sûr nous aurions préféré une solution politique négociée. C’est la raison pour laquelle, encore une fois, nous suivons avec beaucoup d’inquiétude ce qu’y s’y passe.

 II. Perception de la non visite de François Hollande

V. B.: Monsieur le président, justement la France, vous allez célébrer ce 14 janvier vos deux premières années de liberté, puisque le 14 janvier Ben Ali était chassé par la rue. Il va y avoir des festivités ici à Tunis. François Hollande ne viendra pas tant qu’il n’y a pas d’élection a dit le président français. Est-ce que vous estimez que c’est un signe de défiance à l’égard du pouvoir tunisien?

M.M.: D’abord, laissez moi vous dire que vous êtes dans le bureau de Ben Ali. C’est l’ancien bureau de Ben Ali que nous avons transformé en salle d’attente. J’avais espéré que François Hollande vienne nous rendre visite, mais apparemment si c’est reporté pour l’année prochaine, eh bien, on prendra acte …

 V. B.: Vous êtes déçu?

M.M.: Oui, oui! Je pensais qu’il s’agissait d’encourager un processus. Ce processus est en bonne voie .Nous y travaillons avec beaucoup de bonne volonté, la Tunisie est dans la bonne voie, malgré tout ce qu’on peut dire et ressentir comme sensations.Voilà,On prend acte.

 III. Une constitution promise et absente

V. B.: La Tunisie est sur la bonne voie, mais on attendait tout d’abord la présentation de la constitution, lors de notre dernière interview que vous nous aviez accordée à France 24. vous  aviez dit: vous espérez que le 14 janvier, cette constitution soit présentée. Est-ce qu’elle va être présentée le 14 janvier?

 M.M.: Attendez, d’abord, il faut bien se rendre compte de ce qui s’est passé. Qu’est-ce que nous avons réalisé? Nous avons réalisé deux choses absolument extraordinaires. La première, c’est une révolution mentale. Aujourd’hui, les Tunisiens se sentent citoyens. Les Tunisiens n’ont plus peur de la police. Ils n’ont plus peur du Pouvoir etc. Aujourd’hui les Tunisiens ont cessé d’être des sujets de l’État pour devenir des citoyens à part entière.

 IV. La peur et l’inquiétude dans un climat d’incertitude

V. B.: Il y a des citoyens qui ont peur encore, monsieur le Président!

M.M.: Attendez, je vais y venir. Il y a quand même une révolution mentale extraordinaire. Elle touche aujourd’hui, tous ceux qui sont dans le pouvoir et savent qu’ils sont responsables. Ils savent qu’ils ne sont plus au dessus des critiques etc. Donc, il y a cette révolution dans le cœur et dans les esprits. Ensuite, il y a eu la révolution politique. Aujourd’hui, les Tunisiens ont la liberté d’expression, la liberté d’association, la liberté de manifestation. Ils ont eu des élections  pour la première fois depuis leur histoire, depuis trois mille ans, des élections libres et honnêtes etc. Tous cela est organisé. Mais aujourd’hui, nous sommes, nous avançons dans un processus qui est extrêmement difficile et complexe dans un environnement qui est dangereux. Et aujourd’hui si nous prenons du retard, ce retard est en terme de mois et non pas en terme d’années, la direction est toujours la même. Il y a un retard de quelques mois, que je déplore, mais je vous garantie que nous n’avons pas cessé de le discuter du matin au soir. Nous sommes en train d’attendre un consensus qui est unique dans le monde arabe. Regardez ce qui ce passe ailleurs. Aujourd’hui les forces antagonistes dans ce pays, s’assoient discutent. Moi, je fais tout pour, justement, les amener à réconcilier des points de vues qui sont parfois très très éloignés. Donc, la Tunisie avance.

 V. Alliance avec Ennahda, sans le meilleur et dans le pire 

V.B..: Mais il y a un an, monsieur le Président, vous êtes alliés aux islamistes d’Ennahda. Vous aviez expliqué qu’Islamiste et démocratie c’était compatible. Au fil des mois vous étiez de plus en plus critique, vis-à-vis de vos alliés à tel point qu’on dit aujourd’hui, même à Tunis, vous êtes le premier opposant dans cette Troïka. Est-ce que vous regrettez finalement cette alliance qui est contre nature, quand même, il faut le dire.

 M.M.: Ecoutez madame, cette Tunisie est complexe. Elle est plurielle. Il y a une partie de population qui est conservatrice, qui vote pour les islamistes, puis vous avez une partie moderniste occidentalisée etc, dont d’ailleurs je fais partie. La question est de savoir qu’est ce qu’on fait quand vous avez deux Tunisie. Soit vous les opposez et alors c’est une forme de guerre civile, froide ou chaude, larvée, etc, où chacun prend le pouvoir pour mettre l’autre partie de la Tunisie au piquet. On a vu ce que ça a donné. ça a donné cinquante années de troubles politiques qui n’ont pas cessé, ou vous avez l’autre attitude qui était la mienne, qui était de dire: il faut faire de cette Tunisie complexe et plurielle une réalité unique. Il faut amener les gens à discuter entre eux. Il faut trouver les moyens de vivre ensemble sous la férule de la loi etc. C’est ce que j’essaye de faire, c’est ce que nous essayons de faire. Nous essayons d’éviter la confrontation permanente entre un camp islamiste et un camp laïque. Je me suis mis au travail avec un certain nombre d’amis pour dire qu’il faut que nous inventions un nouveau modèle d’exercice du pouvoir et une nouvelle façon de faire que, il n’y ait pas de guerre civile. Pour le moment, je ne le regrette pas. Que ce soit difficile , que ce soit complexe qu’il y ait des tiraillements, c’est dans tous les gouvernements, y compris les gouvernements homogènes. Que dire quand il s’agit d’un gouvernement de coalition. Mais Le choix stratégique, je ne le regrette pas. Je le maintiens. Je veux que cette Tunisie soit une Tunisie de la concorde, soit une Tunisie du consensus et que ce soit pas une Tunisie de la guerre civile.

 VI. Olfa Riahi privée de voyage et représailles judiciaires contre Habib Kazdaghli

V. B.: Monsieur le Président, vous êtes un homme de gauche, vous êtes un laïque, vous le dites vous même, vous êtes un militant des droits de l’homme. Aujourd’hui, il y a des procès, monsieur le Président, qui sont intentés à des journalistes. Il y a des procès qui sont intentés à des universitaires. Journaliste: Olfa Riahi qui sort une affaire de corruption présumée contre le ministre des affaires étrangères tunisien. Elle est aujourd’hui, interdite de voyage. On est en démocratie, monsieur le Président! Je pense à cet universitaire ou directeur de la Manouba , qui est aujourd’hui traîné en justice, parce qu’il ne veut pas que le niqab rentre dans son université. Il est accusé d’avoir giflé une étudiante qui porte le niqab. On ne vous a pas entendu sur ces questions là. Est-ce que vous les condamnez? Est-ce que Olfa Riahi interdite de voyage, est-ce que vous le condamnez?

 M.M.: Attendez madame! Ne croyez pas que je fuis la question, je vais y répondre mais je veux mettre la chose dans son contexte. L’année dernière, il y a eu 286 festivals en Tunisie où il y a eu la liberté d’expression la plus totale artistique. On a parlé de quoi? On a parlé des 6 festivals qui ont été perturbés par les salafistes. Aujourd’hui, il y a des centaines de journalistes qui tirent à boulets rouges sur le gouvernement dont moi-même. Personne n’est en prison ! Personne n’est poursuivi! On ne parle pas de ça. Aujourd’hui, le gouvernement n’a plus le droit à la parole, c’est une presse débridée et qui s’en donne à cœur joie, il y a zéro prisonnier, zéro journal qui a été interdit, zéro télévision qui a été interdite etc. Il faut mettre la chose dans son contexte.Je veux dire, il ne faut pas que l’arbre cache la forêt.

 V. B.: Mais vous qui êtes un militant des droits de l’homme, est-ce que vous êtes…? 

 M.M.: Attendez, laissez moi terminer. Donc l’arbre ne doit pas cacher la forêt. La forêt aujourd’hui c’est qu’il y a des centaines de journalistes qui tirent à boulets rouges sur le gouvernement, qui traînent parfois de façon totalement injuste et agressive, les hommes politiques dans la boue et pourtant, moi je n’ai pas arrêté de dire, il vaut mieux tous les effets pervers de la liberté plutôt que de revenir à l’ancien régime. Ceci étant cadré, les phénomènes dont vous parlez étant remis à leurs places, à savoir que ce sont des exceptions et non pas la règles, je peux vous dire en toute …

 V. B..: Vous condamnez ,toutes ces exceptions ?

 M.M.: Marzouki: Bien sûr!

 V.B.: Olfa Riahi interdite de voyager, vous le condamnez?

 M.M.: Absolument! J’ai fait savoir que je ne comprenais pas pourquoi, alors qu’il a trois millions de cas devant la justice, pourquoi cette femme soit interdite. Donc mon point de vue à moi est très clair là dessus. Il y a ici quelque chose qui relève de l’abus sauf que je vous rappelle que nous sommes dans un État de droit et que le Président de la république ne peut pas prendre son téléphone pour dire : attendez, modifiez cela. Il  y a la justice. J’ai fait savoir par des voies détournées ou parfois clairement que je ne suis pas d’accord sur un certain nombre de choses et je l’ai dit souvent et systématiquement. Ici, dans cet endroit même j’ai reçu cette jeune fille qui a été violée par trois flics, voyous. Je lui ai dit: je vous présente les excuses de l’État et j’ai fait poursuivre donc ces policiers. Donc, je reste fidèle à moi-même, sauf que je ne veux pas qu’on se mette à raconter n’importe quoi et qu’on va magnifier à partir de quelques exemples et de dire la Tunisie est à feu et à sang . La Tunisie est bouffée par les machins! La Tunisie est en train de se Talibaniser! C’est totalement faux. C’est du fantasme.

 VII. menaces sur la condition féminine

V.B..: Les femmes , monsieur le Président. Il y a des femmes qui sont inquiètes qui sont dans votre camp, des femmes progressistes. J’en ai rencontrées quelques unes à Tunis. Certaines disent: On ne peut plus aller sur les plages publiques en bikini. On est obligées d’aller sur les plages privées des hôtels. D’autres disent: Je porte le voile en sortant de mon travail parce que quand je traverse des quartiers populaires, j’ai peur. Qu’est que vous dites à ces femmes qui appartiennent à votre camp, au camp progressiste? De ne pas s’inquiéter?

 M.M.: Je leur dis vous avez totalement tort de vous inquiéter en croyant que ces gens là qui vous intimident puissent faire quelque chose. Ces gens là ne vont rien modifier . je suis garant du mode de vie des Tunisiens. Aujourd’hui, il y a deux Tunisie : il y a une Tunisie qui a peur pour son niveau de vie, la Tunisie fauve et la Tunisie qui a peur pour son mode de vie: la Tunisie riche entre guillemets occidentalisée etc. Mon travail, c’est de dire aux uns et aux autres, vous avez tort de vous faire peur. Nous allons sortir la Tunisie de la pauvreté. Nous allons nous battre pour que les Tunisiens aient assez de travail etc. À l’autre Tunisie, je dis, ne vous inquiétez pas, on passera sur notre corps mais on ne touchera pas aux droits de la femme. On ne touchera pas à notre mode de vie. Je suis avec des centaines de milliers de femmes et d’hommes garant de ce mode de vie . Et ce n’est pas parce qu’il y a des menaces. Ces menaces , existent, elles sont réelles, mais partout dans tous les pays du monde vous avez des illuminés, vous avez des extrémistes etc. la question, est ce que ces gens là, sont capables de modifier la société? Est-ce que ces gens là, ont une emprise sur l’État? Est-ce que ces gens là, vont modifier la plaque tectonique? Parce que la Tunisie est sur une plaque tectonique dans une direction, par sa structure , par son éducation, etc. Ce n’est pas parce qu’il y a un certain nombre d’extrémistes qui lance des menaces que cette plaque tectonique va changer de direction. Là, je dis aux femmes de ce pays: Ne vous inquiétez pas! Au contraire, faites face. Si des gens essayent de vous intimider, faites face et je suis avec vous . Et on les aura tous à la fin parce que ce mode de vie est choisi par l’écrasante majorité des Tunisiens et il ne changera pas.

 VIII. Une justice qui met en prison deux jeunes qui se sont embrassés  

V. B.: Il y a une information qui circule à Tunis, comme quoi un couple d’amoureux aurait été condamné à deux mois de prison pour s’être embrassés en public.

M.M.: Ecoutez, je ne suis pas au courant. je ne suis pas ces histoires tout à fait folkloriques etc. Encore une fois dans ce pays, il y a une justice, il y a des lois. Que cette justice fasse son travail, je ne peux pas intervenir sur tous les cas de figures. Je peux vous donner une chose sûre et certaine est que dans ce pays, on n’a jamais connu autant de liberté. Jamais de toute son histoire. Ces libertés vont être renforcées. Moi, je suis derrière parce que je considère que c’est le bien le plus formidable acquis par la révolution, et on n’y reviendra pas là dessus.

 IX. Colère grandissante chez les jeunes sans emplois dans les régions déshéritées

V. B.: Monsieur le Président, la révolution a commencé, pas à Tunis mais dans la région déshéritée de la Tunisie à Sidi Bouzid. Aujourd’hui, on a encore des manifestations, presque quotidiennes dans ces régions déshéritées. Ils n’ont pas d’emplois, les gens qui vivent à Sidi Bouzid et ailleurs. L’emploi a même reculé dans certaines régions et je pense notamment à Sidi Bouzid. Vous avez été mal accueilli à Sidi Bouzid au mois d’octobre. Est-ce que vous craignez aujourd’hui une contre révolution en Tunisie?

M.M.: Non! Écoutez, il y a deux choses: Il y a les frustrations légitimes et puis ensuite il y a le reste, ce qui est illégitimes. Aujourd’hui les frustrations sont légitimes parce que qu’effectivement, on n’avance pas assez vite. On a pris beaucoup de retard. Parce que les débats politiques ont occulté l’urgence des réformes sociales et économiques. Moi, je suis tout le temps derrière le gouvernement.

V. B.: Quand je discute avec des Tunisiens, monsieur le Président , ils disent on discute à Tunis de la constitution, il y a des tiraillements entre les partis politiques et nous. Nous ? on veut de l’emploi. Ils ont le sentiment qu’on ne s’occupe pas d’eux aujourd’hui.

 M.M.: Non ! C’est totalement faux !  De toute les façons, ce ne sont pas des discussions comme ça, dans le vide, je veux dire, il faut asseoir un État. Si nous sommes arrivés à la situation où est Sidi Bouzid, c’est parce qu’il y avait un système politique qui était un système vermoulu, un système où l’oppression était facile où les libertés n’étaient pas respectées etc etc. Donc, aujourd’hui , on ne peut pas lancer un développement social et économique sans mettre en place les bases de l’État. C’est ce que nous faisons. En réalité, nous ne sommes pas en train de perdre du temps, nous sommes en train de mettre en place les structures capables de supporter demain l’État solide qui est capable de faire le développement social et économique. Deuxième chose, je n’arrête pas de dire au gens, vous imaginez qu’il y a un bouton sur lequel il suffit de presser pour que hop on passe à la lumière. Vous imaginez , que soit, on n’est pas capable, on ne sait pas où il est ce bouton , soit on veut pas appuyer sur ce bouton. Il n’y a pas de bouton! Il n’y a pas de bouton magique. Nous sommes en train de créer le bouton et l’ensemble du circuit électrique , de créer la lampe pour qu’il y ait de la lumière. Et ça, ça prend du temps. C’est une chose que j’ai découverte , même moi je ne le savais pas, qu’à partir du moment où vous mettez en place un projet économique, vous vous dites je fais faire une usine à Siliana, entre le moment où vous prenez cette décision et le moment où les gens commencent à travailler  dans cette usine, il faut entre trois et cinq ans. Dans tous les pays du monde. Il faut du temps, c’est ce que je n’arrête pas d’expliquer aux gens. Je leur dis vous pouvez nous reprocher de ne pas aller assez vite, je vous comprends, car moi même je sens cette frustration. Je suis en permanence en train de dire au gouvernement: il faut qu’on finisse avec la constitution! Il faut absolument qu’il y ait un gouvernement etc pour qu’on puisse s’occuper. Il faut faire vite! En même temps, je ne peux pas accepter les gens qui me disent donnez moi du boulot maintenant. je ne peux pas, personne ne le peut!

 V. B.: Une toute dernière question, monsieur le Président, parce qu’on arrive au terme de cet entretien: Qu’est ce qu’on peut vous souhaiter pour 2013, en un mot ?

 M.M.: On peut me souhaiter bonne chance!

 V.B.: Bonne chance! Et les élections, on n’a pas toujours pas les dates des élections.

 M.M.: Aujourd’hui, je ne veux plus donner de date parce qu’on en a tellement donné que cela devient risible. Ce que je peux vous dire c’est que je pousse pour que ça aient lieu au plutôt avant l’été et au plus tard à la fin d’octobre. C’est une fenêtre de lancement qui me paraît réaliste.

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Quelques remarques sur cette interview:

-Le président finit ses phrases par des « etc » à diverses reprises. C’est d’une imprécision qui est à l’image de l’exercice actuel du Pouvoir de la présidence et de la Troïka. De l’approximation dans les évaluations.

-L’occasion lui a été offerte de soutenir le combat contre le Terrorisme au nord du Mali, en prenant une position claire. Il l’a ratée! Il s’est réfugié derrière l’argument qu’il est pour « une solution politique négociée ». Négocier avec des terroristes et preneurs d’otages, il fallait y penser!

– Il affirme qu’il est pour quelque chose dans la défense judiciaire de la jeune fille violée par des policiers —qui ne sont d’ailleurs que 2 violeurs et non 3 comme il l’a affirmé— et de quelques minutes après, quand il s’agit d’Olfa Riahi ou de Habib Kazdaghli, il affirme ne pas pouvoir intervenir par respect pour l’indépendance de la justice.

– Quant à l’affirmation « histoires folkloriques » à propos de l’affaire du jeune couple en prison, cela se passe de commentaires. Est-ce l’aveu que la privation de liberté par la prison est considérée  par les autorités publiques comme un non évènement? Il affirme ne pas être au courant de cette affaire alors que la majorité de la presse en parle. Les délices du Pouvoir, rendent ils à ce point aveugle et sourd ?

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