Banques Suisses: Zéro centime pour la Tunisie et 2,6 milliars de dollars pour les États-Unis

Salah Ben Omrane  20 mai 2014 17:00

Attorney Général, Eric Holder

Attorney General, Eric Holder

Eric Holder, Attorney Général (Procureur général des États-Unis, l’équivalent du ministre de la justice), dans le gouvernement de Barack Obama, a de quoi être fier de son travail et de celui de ses collègues, sans manquer de faire la fête, depuis hier lundi 19 mai. Ils sont parvenus à faire plier un mastodon de la finance, une des plus grandes banques: le Crédit Suisse, afin qu’elle plaide coupable, ainsi, procès lui est évitée, en contrepartie du paiement de 2,6 milliards de dollars, soit 4,221,880,102.16 de dinars (on ne plaisante pas dans la cour des grands) : Pénalités et dédommagements confondus entre le Département Justice de l’État américain, le fisc.(IRS), Service finances de l’État de New York (DFS) jusqu’au Conseil des gouverneurs de la réserve fédérale des USA. Qu’on se rassure, la banque poursuivra ses activités. Ce n’est qu’une broutille de passage, oubliée le lendemain même.

 Pour Eric Holder , cette victoire est  » Un grand pas en avant dans (nos) efforts continuons pour protéger le peuple américain de malversations financières, et en réclamant des comptes à toute personne, banque ou toute autre institution qui viole nos lois et abuse de la confiance du peuple (américain) « .

De quoi était accusé le Crédit Suisse ?
Toujours selon Eric Holder, cette banque « a trompé » la Réserve fédérale, la Commission de Sécurité des Échanges et le ministère de la Justice . Il affirme qu’elle a élaboré un système de protection de quelque-uns de ses employés en drainant des clients américains vers leur banque, au mépris des lois américaines sur la transparence bancaire, sur la taxation et la communication aux autorités américaines les information requises par la loi sur les titulaires des comptes.

   L’affaire qui met en cause cette banque a débuté, pile, pendant que dans certains milieux, il était question d’un printemps arabe. Qu’à la même date ou presque, quand les juges américains avaient engagé des poursuites contre la banque suisse, les autorités tunisiennes de l’époque, début 2011, avaient saisi également les banques suisses pour une demande similaire à celle des États-Unis. La différence est que la Tunisie est Tunisie et que les États -Unis sont les États-Unis, aux yeux de la finance et autorités suisses. Résultat final, les États Unis touchent 2,6 milliards de dollars, en sus, avec les regrets de la banque suisse, alors que la Tunisie, touche 0 centimes de dollar avec les voix de mises en garde répétées, des autorités suisses envers la Tunisie qui martèlent et menacent , que les comptes bloqués en question, allaient être libérés de cette contrainte.

  La Banque, le Crédit Suisse, a été épinglée pour les mêmes raisons que les banques HSBC Private Bnk , La banque EFG et l’Union Bancaire Privée, installées à Genève et qui avaient servi de grotte d’Ali Baba pour les avoirs du clan de Ben Ali. L’établissement suisse de surveillance des banque, avait découvert des traces de transactions et de mouvements bancaires douteux qui étayaient la thèse d’un blanchiment d’argent, amassé par le même clan, dans des conditions opaques et à l’insu de la puissance publique tunisienne qui a la charge de gérer les deniers publics de l’État, dans le respect des règles et et en toute transparence. Mettant un terme à cette comédie, l’organisme de surveillance bancaire suisse ( FINMA), avait infligé une amende de frais de procédure à ces banques de 95 000 francs (soit 172,928.23 dinars tunisiens) au titres d’amende et frais de procédures. Aucun centime n’a quitté le territoire suisse. La « douloureuse » sanction pour les banques en question, qui d’ailleurs fait rire dans les couloirs des banques, a été prise en toute confidentialité. La confidentialité est de mise pour ce type de sanction au même titre que pour l’ouverture de certains comptes. Encore heureux, que l’organisme de surveillance, n’avait pas jugé que les banques mises en causes, n’étaient pas victimes du clan Ben Ali. Victimes, au même titre que les familles tunisiennes qui n’ont pas l’équivalent de cinq euros par jour pour vivre. Dans le monde des banques et de leurs contrôleurs, il n’y a pas de limite dans l’imagination. Ce n’est pas bien de se moquer des pauvres. Aucune esthétique ne le permet, même si elle n’est que de la pure bancaire, qu’aucune morale n’interdit.

  Et pendant ce temps là, pendant que les américains fignolaient leurs requêtes pour récupérer l’argent soustrait aux différentes caisses de l’État, en Tunisie, on débattait sur le film Persépolis et son passage sur Nessa TV, sur le Niqab, sur la charia et la constitution, sur le hammam, à l’intérieur même de l’assemblée constituante et sur la privation des anciens Rcdistes ( parti de Ben Ali dissous), les empêchant de se porter candidats à de nouvelles élections. L’assemblée constituante poursuit ses travaux . Sans parler des causes futiles où vous avez, systématiquement, une cinquante d’avocats qui se bousculent au portillon pour coller leurs noms sur une liste, avec l’espoir qu’on voie leurs têtes à l’écran, le soir, à la télé.  The show must go on!

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