Marzouki et Essebsi à la télé, dans un entretien au prix d’un débat

Salah Ben Omrane  17 décembre 2014  14:58

game over

Vu sur le bustier exposant d’une fille au 1er rang du public d’Ettounsia Tv, dans une émission consacrée au candidat Essebsi.

  À celle là il fallait y penser ! À défaut de pouvoir organiser un débat, un vrai de vrai, entre les deux candidats à la présidence de la république tunisienne, ces derniers sont conviés à s’entretenir séparément, chacun de son côté, avec un journaliste de la chaîne nationale Alwatanya.

Tenez-vous bien, la diffusion ne sera pas effectuée le même soir par la chaîne, ni simultanément avec un agencement des interventions par sujets, par exemple. Sait-on jamais, si l’un des deux candidats, mal peut le prendre, traverse le codage informatique de sa cage audiovisuelle, s’introduit dans l’espace virtuel de son voisin, lui inflige des morsures à la vue des badauds et au mépris des bandes passantes.

On est encore sous l’emprise du charme des ententes et des arrangements qui conduisent les affaires du pays, depuis qu’on s’est aperçu que les têtes de quelques corporations sont aptes de former un édile, bien avéré, plus puissant que la constitution elle même. À cette solution de dernière minute, un ouf de soulagement est bien mérité puisque l’entente entre candidats a été trouvée et qu’on a échappé in extrémis à la honte internationale qu’on ne puisse pas organiser un débat entre candidats à la présidentielle, comme c’est l’usage dans les pays démocratiques. Merci à Jacques Chirac, soit dit en passant, pour avoir refusé le débat avec Jean Marie le Pen en 2002, sans quoi, le refus du débat par l’un des candidats à la présidentielle actuellement en Tunisie, érigé en argument, il aurait manqué d’appui et de saveur.

Nous sommes en Tunisie et on a tort de minimiser notre capacité à trouver des arrangements et à créer un climat d’entente et par voie de conséquence à calmer les ardeurs. Qu’au final, on a réussi à trouver ce que Jacques Chirac en personne n’avait pas su inventer en son temps : chacun s’entretient de son côté avec le même journaliste.

Il y a cependant un petit souci, qui en fait n’est rien au fond, pour demeurer dans la ligne parfumée de jasmin des ententes, est que chacun de son côté, pousse plus fort que son voisin pour crier son haro sur la séparation des Tunisiens, qu’en revanche, en même temps, les deux personnes le plus emblématiques de la Tunisie qui sont les deux candidats en question, sont divisés, impossibles de les réunir autour de la même table. Qu’en plus l’un des deux, qui avait refusé le débat, le vrai débat, va nous surprendre pour nous annoncer qu’il est contre la séparation des Tunisiens. Qu’est cette façon de faire : Séparer pour réunir ou réunir pou séparer ?

D’avance, sans prendre le risque de se tromper, avant le visionnage des entretiens, on peut annoncer que c’est une marchandise qui n’apportera rien de nouveau à l’électeur, ce que la télévision nationale tente d’emballer en faisant passer des interviews séparées des candidats à la présidentielle au prix et avec le label d’un débat.

Preuve avant même que ces interviews n’aient lieu, voici ce que les candidats, moi président, peuvent dire, sans surprise :

– En matière de politique étrangère, on va renforcer nos liens avec nos pays voisins du Maghreb, nouer plus de liens avec nos cousins d’Orient, d’Arabie et du Moyen Orient. entretenir avec plus d’échanges, nos relations avec les pays d’Europe et ceux d’Outre Atlantique.

– Nous allons veiller à promouvoir le tourisme, à faciliter l’investissement des capitaux étrangers sur le sol tunisien.

– Je serai le garant de la bonne marche de la Tunisie vers le développement et lui assurer ainsi une bonne place parmi les pays respectables et respectés.

– Faire tout pour endiguer les fléaux qui constituent un barrage pour aboutir à ces résultats escomptés. Stopper la croissance du chiffre du chômage chez les jeunes, combattre le terrorisme, Redonner confiance aux Tunisiens en leur avenir, Rendre le pays propre .

– Je ferai appel à tous les partenaires sociaux de jouer le jeu, de faire en sorte à ce qu’ils règlent les conflits. Que certes, les travailleurs ont des demandes légitimes, mais qu’ils doivent patienter, le temps que le pays sorte du marasme économique qui ne touche pas particulièrement la Tunisie. Qu’une une fois la Tunisie sorte de la zone de turbulence, cette zone critique, toutes les exigences seront écoutées, toutes les demandes seront bien étudiées.

– Atténuer les divisions de fait qui existent en Tunisie, telles entre : Le nord et le sud, les zones côtières et le centre, les fondamentalistes religieux et les laïcs, les riches et les pauvres, les conservateurs et les modernistes.

À part ces généralités qui se répètent depuis le temps de Bourguiba, Ben Ali et ceux qui les ont suivis, je me demande ce qu’il peut y ressortir de pertinent sans un véritable débat. Et dire que la télévision nationale pouvait croire que les Tunisiens n’y verrait que du feu dans ce tour de passe- passe qui sous prétexte met en cage les deux candidats, descendants de Hannibal,  en les traitant à la manière de Hannibal lecter, le film de fiction, elle met en boite les téléspectateurs.

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