Journaux télévisés tunisiens : Oui, c’est la même chanson !

Salah Ben Omrane  28 janvier 2015  13:30

   Les journalistes, commentateurs de l’actualité à la télé en Tunisie, passent-ils par une formation d’école de journalistes ou sont-ils une catégorie à part, issue du Conservatoire national de musique de Tunis ?

La raison de s’en douter, tient du fait que cette catégorie possède un talent particulier, qui la distingue des narrateurs-orateurs, qu’on peut voir sur les chaines de télévision étrangères. Leur talent consiste à commenter l’actualité en chantonnant tout en lui donnant du rythme. N’en parlons pas des journalistes commentateurs tunisiens qui chevauchent l’accent et les intonations de leurs confrères des chaînes Moyen- Orientales. On s’y croirait presque à les entendre ! Cette autre catégorie existe mais ce n’est pas le sujet du jour.

 

C’est notre richesse nationale, ce type de journalisme. On ne le trouve nulle part ailleurs et il n’y a aucun handicap pour que cela fasse école.

Il est vrai que le répertoire musical dans les gammes de la voix ne varie pas, d’un chanteur à l’autre, mais l’important est dans le rendu, dans l’interprétation. Car le journalisme n’est après tout,  qu’une des multiples facettes de l’interprétation. Et il n’est pas interdit que le le journaliste soit avant tout un bon chanteur. Il peut aussi faire du journalisme si ça le chante au risque de déchanter. La voix est du frottement de l’air et le journalisme est du brassage de l’actualité. Tout n’est qu’une affaire de vibration, d’amplification et de portée.

La vidéo illustre bien que ténors et barytons ont la capacité de commenter l’actualité devant un micro, tout en voyant les images de l’actualité défiler. Il est à noter qu’en effet, ils jouent une partition identique dans la même gamme, mais ce n’est que la naissance d’un genre.

C’est un trésor national car nous avons des journalistes qui font du Brecht sans le savoir. La partition qu’ils appliquent à tous les évènements qui font l’actualité, installe une distance respectable avec le contenu du document affiché à l’écran. Disons- le et n’ayons pas peur des mots, cela porte un nom : la Distanciation ! Verfremdungseffekt !

Ainsi faite la lecture du commentaire, en musique, elle dresse une frontière chez le personnage musicien journaliste, de sorte qu’il parvient à boucher toutes les voix de l’émotion susceptibles de parasiter sa prestation. Respecter les notes, ne peut que l’aider  à  poursuivre la lecture de la fiche  qu’il tient en face.

Côté téléspectateurs, c’est de la pure réjouissance devant une telle originalité locale. Elle permet d’apprécier le talent de chaque artiste tout en relativisant le poids des évènements de la journée. 

N’est-il pas merveilleux, quoique s’y passe en drames ou en  catastrophes, de voir les membres de chaque famille tunisienne, dans chaque foyer, si minuscule qu’il soit,  réunis, savourer la réception du flux des informations dans un état de grâce et de communion en étant le grand public dans l’ensemble et témoin des émotions du chanteur, qui sont perceptibles, malgré leur  enchevêtrement dans le mélange des sons et des images, qu’aucune actualité ne peut  faire taire ni dissimuler sa splendeur.

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