Afra Ben Azza , jeune fille de 17 ans raconte sa nuit dans une geôle tunisienne

Salah Ben Omrane  20 décembre 2015  17:30

  Afra Ben AzzaAfra Ben Azza, la jeune fille lycéenne de 17 ans, s’est exprimée devant la caméra de Nawaat au lendemain de la nuit hivernale qu’elle venait de passer dans une geôle de la ville du Kef¹. 

  Des conditions de son arrestation, point de départ de son récit, elle revient, avec minutie, sur ce qu’elle a vécu. Plutôt, ce qu’elle a subi durant une nuit où l’État de droits est supposé veiller sur elle, en principe. Elle revient de loin. Elle décrit par des mots simples un voyage en enfer, comme il n’en existe plus dans les pays civilisés depuis au moins 10 siècles.  Elle se croyait en confiance entre les mains d’une administration publique,  que celle-ci est supposée agir selon les règles et les normes d’un État de droits. Elle y a cru au changement et continuait d’espérer encore, durant la même nuit, qu’elle allait être sauvée par la magie d’une main qui allait l’extirper du cauchemar. Elle n’a que 17 ans. Pourtant, elle  sait faire de l’ironie à commencer lorsqu’elle dit avoir rappelé à ses geôliers qu’il existe une constitution en Tunisie. Elle a dû les faire marrer !

 Malgré tout, elle a raison. Elle n’a pas du tout menti. il y a effectivement une constitution en Tunisie. Elle a été adoptée le 26 janvier 2014 par une Assemblée constituante élue le 23 octobre 2011 et entrée en vigueur le 10 février 2014. Une constitution supposée faire table rase des pratiques dans le passé, le sombre passé de la dictature et ouvrir le pays vers la voie de la reconnaissance de l’individu en être humain et qu’il doit être traité avec respect en toutes circonstances.

 Afra, jeune mineure, revient sur son arrestation durant une nuit. Elle ébauche avec précision le portrait d’une machine avec une mâchoire en tenailles puissantes, qui semble bien rodée pour briser les os de celui ou celle qui ne se couche pas devant elle.

Le Président de la République Béji Caïd Essebsi est intervenu publiquement, au matin de la sortie de Afra Ben Azza de sa geôle. Ce qu’il a dit à son sujet, indique qu’il vient de réaliser la gravité de la situation. Les limites de l’impunité  dans les dépassements de la loi ont été franchies depuis un bon moment. L’irrationnel est là ! Il est ce décalage dans ce qui est écrit dans les différents codes et les pratiques arbitraires qui s’opposent à ces mêmes lois, qui en principe sont répréhensibles et punissables avec circonstances aggravantes quand les auteurs sont des fonctionnaires publics ou agents de l’État. Qu’attendent les responsables dans l’exécutif au sommet de l’État pour réagir, qui, rappelons-le, ont volontairement accepté et choisi de se placer là où il sont actuellement ? Ont-ils eux-mêmes peur de bouger pour installer l’État de droits ? S’ils estiment qu’ils ne sont pas capables, que la tâche est difficile ou qu’elle n’est pas la leur qu’ils s’en aillent et qu’ils laissent la place à d’autres! Quand des gens font tout leur possible pour parvenir aux sièges de l’exécutif et qu’ils ne sont pas capables de garantir la protection de nos enfants, le minimum qu’on puisse espérer d’eux, qu’en plus, lorsque nos enfants se trouvent dans des locaux publics qui sont propriété de la communauté et qu’ils deviennent menacés de danger, il y a plus qu’une raison de s’inquiéter et de sonner l’alarme! On ne plaisante plus maintenant qu’on touche à la pupille de nos yeux!

Voici, ma traduction du récit de Afra Ben Azza, qu’elle a livré devant la caméra de Nawaat. Qu’elle en soit remerciée pour son témoignage, ainsi que l’équipe de Nawaat pour son respect et la qualité de sa transmission:

Afra Ben Azza :

  « Le mercredi, le 16 décembre, j’ai pris des informations d’un de mes proches parmi ceux qui travaillent dans l’administration des propriétés de l’État, que le Café Bou Makhlouf² allait tomber et que l’hôtel devant, allait tomber également. Qu’à sa place, ils vont faire une maison d’hôte. Qu’ils vont faire tomber à peu près 400 ans de civilisation, celles de Bou Makhlouf pour faire en échange une maison d’hôte. Tout cela est au nom de quoi ? Au nom d’une reconsolidation ! Ils disent que Bou Makhlouf est susceptible de s’écrouler et qu’on allait faire quelque chose de nouveau.

  Tous les gens ne sont pas au courant. Tous n’ont pas Facebook ou la télé pour pouvoir  les joindre. J’ai pris une pancarte sur laquelle est écrit « Non à la capitalisation de la civilisation« ,  » Non à la privatisation de l’Histoire » « Lâchez Boumakhlouf » et je me suis mise à marcher. J’ai fait un tour dans la ville pour que les gens y voient, pour qu’ils soient sensibilisés sur Bou Makhlouf et voir ce qu’il y a ou ce qu’il n’y a pas et c’est tout!

  Je passais à côté du poste pour monter vers Bou Makhlouf, c’est à dire, je voulais passer par ce chemin. Un des citoyens m’a interceptée me demandant de lui dire de quoi s’agit l’histoire. Je lui ai raconté les tenants et les aboutissants. Sur ce, il a lâché: Ils ne l’emporteront pas au paradis ! À cet instant un des agents, je l’ai aperçu montrer de la main, il dit: « Elle là est Afra, va la chercher!« . Un agent est venu me dire « Attends là , tu t’appelles bien Afra, viens avec moi » Je lui ai répondu: « Où aller avec vous ? » Il m’a répondu: « Au Poste ! » Je lui ai dit « Pourquoi dois-je aller avec vous au Poste ? » Il a répondu: « Quand tu entreras au Poste avec moi, tu sauras pourquoi! » Je lui ai dit : « Non je n’y vais pas, montrer la carte de police et après j’y vais », car il était habillé en civil. Il m’a tiré et fait traîner et il disait : De force tu entres avec moi. Il m’a poussée et il s’apprêtait à me mettre les menottes. Je lui ai dit : « Pourquoi je dois vous accompagner au Poste ? De quel droit ? Dites moi pourquoi j’entrerai avec vous? Je suis mineure, ce n’est pas raisonnable de me faire entrer de cette manière, sans tuteur sans rien! » Il m’a fait entrer au Poste de force. Il m’a poussée en essayant de mettre les menottes de force. Je lui ai dit: « Lâchez moi, je suis mineure!« . Je me suis mise à crier pour que les gens s’en approchent, pour me faire sauver. Ils m’ont fait entrer de force au Poste. Ils m’ont amenée au bureau de l’équipe judiciaire ou quelque chose de ce genre. Il m’ont fait entrer là bas. Je leur ai demandé de me dire la raison de ma présence ici.

  Pendant ce temps, ils ont emmené ma sœur qui marchait derrière moi avec deux de nos amis et nous étions tous en en train de monter ensemble. Ils ont fait entrer ma sœur au fond. Ils ont menacé de la retenir, de l’arrêter de lui porter atteinte. Ils lui ont arraché le téléphone de force et l’ont ouvert en regardant ce qu’il contient et ce qu’ils en veulent. Ils l’ont emmenée en lui disant : « Tu ne verras plus ta sœur! Tu ne la verras que lorsque les chiens t’indiqueront par où il faut y aller!« . Pendant ce temps là, pendant que j’étais là bas, une agent est venue. Elle m’a demandée de m’asseoir. Je me suis assise en croisant les jambes sachant, qu’ils n’ont pas le droit de m’arrêter sans m’en avertir. Elle m’a demandée de décroiser les jambes.  Je lui ai dit : « Je ne décroise pas les jambes tant que je ne sais pas ce que je fais ici » . Réc 4Elle m’a dit : « Ce que tu fais ou tu ne fais pas ici, c’est notre affaire à nous. » Je lui ai dit : « Je suis mineure!« . Elle m’a dit: « Tu décroises les jambes sinon on va te montrer ce que les femmes peuvent faire. » Elle est fonctionnaire publique. C’est à dire un agent de sécurité qui est là bas. Je leur ai dit: « Non , je ne décroise pas les jambes. »  Elle m’a dit : « Tu va voir » en plus, d’autres expressions répugnantes, venantes d’elle et de ses collègues. Ensuite est venu monsieur Achraf, le président de l’équipe judiciaire. Il m’a fait entendre des mots, du genre qu’il allait me frapper. Ils me menaçaient, lui avec elle. Je lui ai dit que j’ai 17 ans que je suis mineure que vous n’avez pas le droit de m’arrêter, donnez moi de quoi parlez à un avocat , de quoi contacter chez moi. Il m’a dit: « Tu ne parles à personne! ». Ils m’ont confisqué le téléphone. Il ne m’ont pas laissée me mettre en relation avec mon avocat.

  Après, ma mère est venue. C’est quand ma sœur est sortie de là qu’elle l’avait appelée. Il faut savoir qu’ils ne lui ont pas expliquée le pourquoi je suis là et qu’ils m’ont emmenée délibérément, de leur propre initiative. Ils ont parlé à ma mère et ils se sont mis à m’interroger. Ils lui ont dit: « Votre fille insulte les policiers, votre fille nous appelle des terroristes. » À la fin, ma mère ne pensait pas qu’ils allaient m’arrêter. Elle pensait que c’est comme d’habitude, qu’ils m’interrogent un peu,  quelques admonestations, qu’ensuite ils me relâchent.récit 2 Quand ensuite elle lui a dit qu’ « Afra va dormir ici » , elle a dit: « Ma fille est mineure elle ne dormira pas ici elle est mineure elle est petite ». Il lui a demandé de signer. Elle a répondu : « À propos de quoi je dois signer? » Il lui a dit de signer le procès verbal de rétention qui indiquerait que c’est elle même qui m’a livrée à eux afin qu’ils m’arrêtent. Elle leur a exprimé qu’elle refuse de signer. Il lui a demandée de signer de force. C’est à dire, qu’ils ont forcé ma mère de signer. Ensuite, il m’a attrapé le doigt avec ses mains, pendant que je tentais d’extirper la mienne et il a fait l’empreinte sur le tampon puis sur la feuille par la force. Ensuite, ils m’ont mis les menottes et m’ont fait asseoir chez eux. Pendant ce temps, régulièrement, il y en a un qui se présente en m’insultant me traitant de fille de ceci, me promettant qu’ils vont me faire des choses et que je n’aurais qu’à « leur barrer la route au virage, ensuite » et « Faut savoir, ce pays on l’a tenu au temps de Ben Ali , au temps Bourguiba et on continue à l’amener en avant ».

  Ensuite est venue l’agent , la première qui m’a fait entendre des mots. Elle m’a traitée:  » « Athée de mécréante, la Tunisie appartient à ceux qui disent qu’il n’y a de Dieu que Dieu et pas à vous les mécréants. Sortez de ce pays. On va vous faire… et on va vous faire…. » avec plusieurs mots répugnants, dans une administration tunisienne. C’est cette police là qui nous protège. Regardez ce qu’elle fait à une mineure! Quand je lui ai dit: « Je vais porter plainte contre vous auprès du tribunal administratif », elle m’a dit : « Le tribunal administratif est à nous! » C’est à dire qu’ici elle accuse que la Justice est en lien avec eux, qu’elle est leur complice. Moi je n’ai rien dit, c’est elle qui le dit. Elle a dit : « Le tribunal administratif est fait pour nous renforcer et en renfort aux rangs de la police. » Elle a dit: « Je te défie de faire arrêter l’un des nôtres. » Après quand ils sont venus m’emmener en geôle, j’ai dit: « Ne m’emmenez pas. Laissez moi contactez un avocat, le mien ou contactez au moins la Déléguée de la Protection de l’Enfance, le pays n’est pas lâché. » Il m’a dit: « Le pays est à nous. On te gardera autant qu’on le voudra. On t’arrêtes quand on veux. On fait ce qu’on veux et vas–y pour nous barrer la route au virage! » Ils m’ont emmenée avec les mains serrées par les menottes serrées jusqu’au saignement. Cette agent est entrée s’adressant aux gardes: « Celle là, nous a insultés. Elle a dit des mots sur nous et s’est réjouie de nos morts. Ne lui donnez pas à boire. Elle ne le mérite pas! ». En effet, ils ne m’ont pas donnée à boire. Il ne m’ont rien donné à manger. Ils m’ont placée parmi des criminels. Ils m’ont mise avec des clochards et des gens qui font des braquages , des gens qui volent, des gens qui tuent . Ils m’ont placée parmi eux pourquoi ? Pour un statut Facebook! C’est à dire 5 ans après le 17 décembre 2010, les gens continuent à se faire arrêter pour un mot qui est dit.

  À ma connaissance, ils m’ont dit que le ministère public a ordonné de diligenter un procès verbal concernant le statut Facebook. J’ai vu que tous les statuts étaient pris en photo. Je croyais que c’était pour cette raison qu’on m’a arrêtée puisque le ministère public était au courant. Or monsieur le Porte parole officiel du ministère de l’Intérieur a dit qu’ils ont demandé de récupérer mes dires et non de m’arrêter.

  À l’enquête, ils ont évoqué un ami Mohamed Lamine Kéfi. Il émet un statut Facebook dont la moitié est sur les policiers. C’est à dire comment des policiers l’ont frappé. Une histoire de ce genre qui lui est arrivée avec des policiers et comment ils l’ont frappé, lui et ses amis. réc 6Ils ont les photos des captures d’écran de son site web. Ils m’ont demandée si le connaissais. J’ai dit que je le connaissais. Il m’a dit, « Ce Amine, celui-là on va t’apprendre comment tu nous insultes et tu vas passer l’analyse« . Je lui ai dit: « Analyse de quoi ? » Il m’a dit: « Tu verras les substances de drogue que tu utilises ». C’est à dire que lorsqu’ils ne trouvent rien pour charger quelqu’un, ils lui font passer les analyses et ça passe pour du cannabis. Ceci est un prétexte pour bâillonner les bouches. Ils m’ont fait entrer dans une pièce et m’ont demandée de me déshabiller, c’est la loi! Je considère tout cela une humiliation de ma personne, de mon intégrité physique et une mon humiliation en tant que fille et en tant que citoyenne qui n’a commis aucun tort pour dormir là bas. j’ai été exposée à de l’harcèlement par un des agents là bas. Il y a un qui est venu me dire: « Qu’elles sont belles tes lèvres!« . Un autre est passé me dire: « Que tu es belle! » Il sont tous des agents. Un autre qui me dit: « Lâche l’affaire! » Puis un autre qui me dit: « Laisse moi t’embrasser et je t’emmène à boire. » Tout ceci est dans la cellule d’arrestation.récit 1 Je me suis défendue et j’ai demandé qu’on fasse venir quelqu’un de chez moi et j’ai demandé à ce que ma famille m’amène un niqab dans la nuit, car j’ai eu peur qu’on me fasse des choses. J’ai demandé un niqab à ma famille. J’ai demandé qu’ils me fassent venir un avocat ou un responsable. Ils ne m’ont rien amenée. Ils m’ont laissée seule. Il y a une porte en fer. Ils m’ont laissée toute seule. On dirait qu’on est à l’extérieur avec un bonne partie du plafond qui est ouverte. Je mourrais de froid, comme si j’étais dehors alors que je suis au Kef, non à un autre endroit. Soudain, j’ai entendu : « Mets-toi à genoux! Mets-toi à genoux! » J’entendais beaucoup de cris avec des mots vulgaires. Quelqu’un est entré. Il était dans un sale état. Entièrement tuméfié. Son nez complètement ensanglanté, pendant qu’ils le poussaient et faisait l’objet de leurs insultes. Quand j’ai vu la scène devant moi, on dirait pas une organisation publique ou des fonctionnaires publics. Je suis incapable de décrire la situation. Je l’ai vu de mes propres yeux. C’est la première fois que j’assiste à une agression de ce genre. On voit un citoyen ensanglanté qui se fait rouer de coups, pousser dans la geôle sous des insultes et en toute humiliation.

 En voyant l’humiliation dans les yeux des citoyens là bas, cela m’a renforcée pour ne pas faire marche arrière. C’est à cause de ce que fait la police. La police frappe au nom de la fonction publique. La police torture au nom de la fonction publique. La police terrorise les gens, la police se met en place, la police tue au nom des reconnaissances et au nom de la fonction publique et au nom de la sécurité. C’est à dire que si nous délaissons notre dignité, terrorisme ou pas terrorisme, l’humiliation est indescriptible. Qu’est ce que j’ai ressenti ? J’ai ressenti que nous sommes sur une terre colonisée. J’ai ressenti que c’est une colonisation, que c’est du terrorisme. Ce que j’ai vu hier, ce n’est pas le travail d’un État. Ce n’est pas le travail de fonctionnaires publics. Ce n’est pas le travail d’une administration. C’est le travail de gangs. Le travail d’une mafia. Un citoyen ensanglanté avec un mets toi à genoux qui subit les humiliations et lui jettent dessus de l’eau. C’est normal? Il est où le respect du citoyen? les Droits de l’homme sont où ? Est ce que nous sommes arrivés au point qu’un policier se prend pour Dieu? Il peut faire ce qu’il veut sans aucune sanction, sans à devoir fournir des comptes à quiconque? Un policier maintenant, quand il ne peut pas faire passer l’atteinte à un fonctionnaire public, il fait passer l’affaire en consommation de drogue. Fakhri, Alaa, Adnène et autres dont on ne connaît pas les noms, sont passés au nom de la consommation de drogue. Car, ils ne pouvaient rien faire autrement. Tu te disputes avec un policier et tu le regardes dans les yeux, il t’emmène pour des analyses. Allez savoir si les analyses sont propres ou sales. Ceci est leur fonction et pas la nôtre. C’est à dire pour un statut Facebook , des gens sont en prison. Pour de l’homosexualité , il y a des gens en prison. Pour une relation sexuelle, il y a des gens en prison. Il est où le rôle de l’État civil. Ils sont où les droits de l’homme ? La citoyenneté est où ? Si la police nous frappe et nous humilie tous les jours, au nom de la sécurité, qu’elle la laisse chez elle. On n’en a pas besoin.

  Le lendemain, l’inspection est venue du ministère de l’Intérieur pour enquêter sur l’affaire. Première chose qu’ils ont faite, ils m’ont dit que je dois demander le pardon. Je devais m’excuser auprès des policiers, car je les ai insultés. J’insultais les policiers mais pas la sécurité. je n’insultais pas, je critiquais. Celui qui se reconnaît policier, c’est autre chose. J’ai toujours parlé, avec mon respect pour les sécuritaires qui sont au sein de l’organisation sécuritaire. Le sécuritaire est celui qui fait son travail. Il n’est pas celui des consignes. Il est celui qui applique la loi. C’est qui le policier? Il est celui à qui on menti en lui disant que tu es Dieu. Le policier est celui qui pratique des dépassements au nom de la sécurité. Il est celui qui tue au nom de la sécurité, qui frappe qui humilie, qui viole, qui torture au nom de la sécurité. C’est ce policier là que je critique et que je considère de terroriste. C’est à dire, qu’est-ce qu’ils veulent ? Ils veulent que je pense différemment. La liberté de penser, elle est où ? La liberté d’expression, est où ? La constitution, est où ?

 Quand je leur ai dit que l’histoire n’est pas constitutionnelle , que ce que vous faites n’est pas constitutionnel, ils m’ont dit que la constitution, ils ne travaille pas avec en Tunisie. Cette constitution là était juste pour vous faire taire au début. Ceci me l’a dit Achraf , le président de l’équipe judiciaire. Je lui ai dit: « Je vais porter plainte contre vous« . Il m’a dit : « Non, ils ne me feront rien, l’État est à nous. C’est nous qui tenons l’État ». Est-ce un État ou une mafia? Mafia.

  Au tribunal, j’ai rencontré monsieur le procureur de la république. Il m’a questionnée sur ce que j’avais écrit. Je lui ai dit que c’est bien ça ce que j’avais écrit. Je lui ai dit que je n’avais rien dit de faux . Ensuite, il avait dit qu’il allait me transférer devant le juge de l’enfance. Je n’ai pas été transféré devant le juge de l’enfance. La déléguée de la protection de l’enfance n’était pas présente. Personne n’est venu  autres que ceux de Rabta³, quelques avocats et quelques amis. Non seulement je suis mineure, non seulement je n’ai pas encore 18 ans, j’ai été l’objet d’un harcèlement, d’humiliation et de menace. C’est à dire tous on doit se taire. Le 17 décembre, je suis passée par le tribunal, par le procureur de la république avec pour accusation que j’ai dit mon avis. C’est celle-là mon accusation. C’est à dire que même sur Facebook, ils nous pourchassent. L’histoire n’est pas la mienne, elle est celle de tous. C’est l’histoire de la Tunisie entière. C’est l’histoire de 300 martyrs tués pour que ce jour n’arrive pas. Après 5 ans depuis le 17 décembre 2010, rien n’a changé . Ben Ali est parti. Tous les visages ont changé mais la police est toujours la même. Ce bâton est encore là et nous frappe. Ce bâton nous humilie et nous tue encore. Personne ne leur demande des comptes. Personne ne leur dit non. »

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(1) Kef : Ville du nord-ouest de la Tunisie. Elle est à 175 kms de Tunis. Elle compte à peu près 45 000 habitants. Elle est réputée pour son hiver froid et premier lieu de la Tunisie où la neige commence à tomber.

(2) Saint Bou Makhlouf . Le mausolée le plus connu de la ville du Kef.

(3) Rabta, en français : La ligue tunisienne des Droits de l’Homme( LTDH). Tel que son nom l’indique, elle est une organisation instituée depuis 1977 pour la défense des droits des citoyens lorsqu’ils sont bafoués par l’administration publique tunisienne.

Récemment le vendredi 09 octobre, le comité Nobel norvégien a décidé de récompenser le quartet menant le dialogue national en Tunisie, qui s’est distingué pour « sa contribution décisive dans la construction d’une démocratie pluraliste en Tunisie après la “révolution du jasmin” de 2011 » La LTDH fait partie du quartet .

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