Jawhar Ben Mbarek a pris des risques en s’opposant à des propos racistes dans une télé tunisienne

Salah Ben Omrane  19 février 2016  15:00

  Est-ce véritablement une partie de franche rigolade ou un rire de gêne et de malaise, à voir les visages des attablés devant les caméras de la chaîne Alhiwar Ettounsi ?  L’altercation a duré quelques minutes entre Safi Saïd, écrivain  et ancien candidat à la présidence de la république avec Jawhar Ben Mbarek, professeur de droit.

 Le peu qu’avait réussi à  placer l’écrivain Safi Saïd de sa vision sur « les nègres », de l’Afrique, de la France, d’être français et de l’administration douanière française, en dit long sur le personnage. C’est un habitué du micro et un invité régulier de la télé. Jawhar Ben Mbarek a fait les frais en s’y opposant et en exigeant de lui qu’il s’explique sur le torrent de généralités qu’il venait de déverser. Aucune explication n’a été obtenue à part l’argument fallacieux d’autorité classique chez ceux qui tiennent ce genre de propos: » Je m’y connais, j’y étais pendant cinq ans en Afrique, j’en ai écrit trois livres« , entendons pas là « je sais de quoi je parle », avec l’impossibilité d’étayer une argumentation rationnelle et fondée. Il dit qu’il était pendant cinq ans en Afrique. Et la Tunisie ? C’est entre le Bangladesh et la Thaïlande ou il inclue la Tunisie dans les cinq ans ? Il ne manquait plus que le  « J’ai un ami nègre qui est d’accord avec ce que je dis » qui n’a pas été avancé comme argument, qu’ainsi rien n’aurait été oublié dans ce genre de positionnement. Ce qu’il y a de particulier dans les propos injurieux racistes, il suffit de remplacer  » nègre » par « arabe », « juif », « asiatique » ou « européen » et on trouve des adhérents  qui en soient convaincus par la même déclaration. Toutefois, quand ce genre de propos sont tenus publiquement, dans tout pays démocratique ou qui tend  à le devenir, il y a la justice qui intervient en rappel de la loi et ainsi barrer la route au racisme et aux germes de la haine de l’autre.

 J’ajoute, hormis la désignation de la population noire par le terme «زنج» qui signifie « nègre », terme méprisant, qui peut, par son usage à lui-seul, constituer en France un motif d’engagement vers une procédure pénale à l’encontre de son utilisateur, que les dispositions pénales de « Loi informatique et libertés » française, interdisent formellement le genre de statistique qu’a exprimé Safi Saïd, à savoir, lorsqu’il a déclaré: « soixante dix pour cent de la douane française sont des nègres« . L’Art. 226-19 de la même loi punit de cinq ans d’emprisonnement et de 300 euros d’amende, « le fait de conserver des données à caractère personnel qui, directement ou indirectement, font apparaître les origines raciales ou ethniques, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses…« . Que par conséquent, la déclaration incriminée de Safi Saïd tombe parfaitement sous le coup de la loi avec une convocation devant un magistrat pour s’expliquer sur les origines de l’information qu’il a répandue publiquement. La loi française interdit le traitement des données relatives aux origines des personnes et elle peut reconnaitre une responsabilité pénale chez leurs pourvoyeurs.

 Question qui mérite d’être posée devant ce cas de figure et dans l’éventualité où la justice tunisienne considèrerait qu’il n’y a pas matière d’élucider la question, autrement de fouetter un chat, ni d’engager des poursuites: La loi française est-elle compétente pour que les tribunaux français en soient saisis face à ce cas de dérive qui constituerait une infraction commise à l’étranger (Tunisie) par un étranger ?
La loi française peut être applicable en vertu de la jurisprudence qui étend la compétence de la loi française dans certains cas, qui doivent nécessairement être liés à des faits qui lui sont porteurs d’atteinte, commis à l’étranger imputables à un  un étranger. Pour que la justice française s’en mêle, les magistrats français ont le choix : Soit, ils considèrent que l’infraction est liée à des faits qui constituent une infraction en principal sur le territoire de la France; l’étranger visé par la justice française, dans ce cas, serait alors présumé comme ayant pris part à une infraction dont la justice française s’en ai saisie; soit de considérer que l’infraction commise à l’étranger, qu’elle se rattache au territoire français dans la mesure où la/les victime(s) sont de nationalité française. Petit rappel, tous les douaniers français sont de nationalité française.

 L’inquiétant dans cette affaire, est qu’il ait été réservé  à l’invité Jawhar Ben Mbarek , et  à ses risques et périls, de contrer la charge raciste d’un autre invité, comme s’il s’agissait d’un différent personnel entre deux invités. L’animateur n’ait intervenu qu’en rappelant: « Attention, les spectateurs Tunisiens nous regardent! ». A-t-on touché le fond de l’indignité médiatique après ce spectacle, cette démission devant la tornade de propos racistes ?

La traduction de l’échange verbal entre Safi Saïd et Jawhar Ben Mbarek:

Safi Saïd : La douane fatigue le monde entier, pas seulement en Tunisie. L’appareil de la douane est un appareil difficile et complexe. Je vais vous dire quelque chose. La France jamais, elle ne mettra un Français dans l’appareil de la douane. Le Saviez-vous ou non ? Ils sont tous des nègres à la douane française. Car le nègre ne tolère rien à l’autre. Moi je le sais et vous pouvez le confirmer.
Jawhar Ben Mbarek : Pardonnez-moi..
SS  : Eux, ils ont leurs calculs sécuritaires (en se retournant vers Jawher Ben Mbarek qui vient de l’interpeller)
JBM: Que veut dire nègres ?
SS:  Soixante dix pour cent de la douane française
JBM : Pardonnez moi , que veut dire nègres ?
SS : Ce sont des citoyens les nègres. Ne m’en veuillez pas.
JBM : Je ne peux pas ne pas vous en vouloir , il y a un relent de racisme
SS : C’est quoi ces paroles ( d’un air offusqué) ?
JBM : Non s’il vous plait! Éclaircis ! Éclaircis!
SS : Une seconde cher ami. Vous êtes un défenseur des droits plus que moi ? Vous êtes gauchiste plus que moi ?
JBM: Peut-être !
SS : C’est quoi ces paroles ?
JM : Que veut dire Nègres ?
SS : Occupez vous de vos droits. Cela ne vous regarde pas. Faites-moi un procès.
JBM: Je déposerai plainte, pourquoi pas ?
SS : Le nègre, la négritude
JBM : Je ne peux pas entendre ce qui ce dit.
SS : Mon fils (en tirant violemment Jawher Ben Mbarek par la main) , moi je connais l’Afrique . J’ai trois livres sur l’Afrique monsieur le professeur. Vous êtes en train de me coller des accusations qui ne sont pas utiles pour vous. Respectez les gens.
JBM: Que veut dire des nègres ?
SS : Une seconde, il fait de la pêche au mot. Ces malades par la défense des droits ne me trompent pas . Cinq ans en Afrique. Laissez-moi.
JBM : Je ne vais pas vous laisser
SS : Laissez-moi terminer ou partez dégagez . Laissez-moi terminer
JBM : Non vous ne terminez pas
SS : Soixante dix pour cent de la douane française, ce sont des nègres.
JBM : C’est quoi ce niveau ?
SS : Respectez vous ( en poussant Jawhar Ben Mbarek par le bras)
JBM: Ne me touchez pas.
SS : Celui-là est l’indignation de l’impérialisme et vous êtes un rat ici. Vous ne savez pas qui vous êtes.
JBM: Je ne m’abaisse pas à ce niveau.

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