Bruno Le Maire s’y met aussi contre l’apprentissage de la langue arabe à l’école

Salah Ben Omrane 03 juin 2016  11:10

    L’arabe est la deuxième langue la plus parlée en France. Cependant, il y a un net contraste : elle est une langue qui, traditionnellement, a rencontré un désintérêt total pour son enseignement par les pouvoirs publics. Les demandes pour que son apprentissage ne soit plus abandonné aux seules associations d’immigrés et autres de nature religieuse, ont toujours rencontré une fin de non recevoir par les mêmes pouvoirs.

 En 2008, dans toute la France il n’y avait que 6 468 élèves de collèges et de lycées qui apprenaient l’arable, soit 0,1% de l’effectif total. L’apprentissage de l’anglais demeure à la première place dans le choix des élèves en seconde langue.

statistiques apprentissage des langues 2012 2013  Vincent Peillon, qui était le ministre de l’Éducation en 2012, disait : «L’enseignement de l’arabe doit être un axe de développement stratégique du ministère». Il ajoutait: «C’est une langue de sélection dans les grandes écoles..réclamée dans le milieu économique […] ce n’est pas un ghetto pour quelques uns, mais une chance pour tous».

 Ses déclarations n’avaient pas déclenché autant de tapage auquel on assiste en ce moment depuis qu’une députée du parti Républicains avait exprimé ses « craintes » à l’Assemblée face à l’entrée officielle de l’apprentissage de la langue arabe dans les écoles et devant l’actuelle ministre de l’éducation Najat-Vallaud Belkacem. Les mêmes arguments, presque à mot pour mot ont été repris à son compte par un autre député,  de la même tendance politique que la députée, Bruno Le Maire, qui est, par ailleurs, candidat à la primaire de son parti en vue de la prochaine élection présidentielle en 2017.

 Récapitulons l’annonce faite par la ministre Najat-Vallaud Belkacem. Elle dit que son ministère compte proposer plus de choix en langues régionales et étrangères aux nouveaux arrivants à l’école. Elle dit aussi que dans ce lot de programmes diversifiés et optionnels de secondes langues, la langue arabe en fait partie. Elle ajoute que pour la prochaine entrée des élèves aux CP, la promesse ne sera effective et réalisable que dans la mesure si les moyens de son ministère le permettent. On apprend par ses déclarations que le ministère ne dispose pas entièrement, dans les rangs de son vivier, d’enseignants qualifiés et formés, conformément aux vœux du ministère, pour qu’ils soient labellisés et enfin jugés aptes de se présenter en s’y mettant à enseigner la langue arabe aux élèves dès la prochaine rentrée scolaire. La promesse du ministère ne va pas pouvoir être honorée sur l’ensemble du territoire de la République.

 Les réactions en chaîne, hostiles aux déclarations de la ministre de l’éducation, méritent qu’elles soient remarquées. Elles donnent, en effet, l’impression que l’enseignement de la langue arabe allait s’instituer en cours obligatoires d’office pour tous les élèves, à tous les degrés, à tous les niveaux et dans tous les étages. Les cris des horrifiés omettent d’ajouter qu’élèves et parents demeurent maîtres du choix de la seconde langue à retenir. Bruno Le Maire, intervenant sur BFM TV, s’insurge contre les déclarations de la ministre de l’éducation et pointe son doigt accusateur désignant la langue arabe, en ceci : « L’apprentissage de l’arabe aux CP mènera droit au communautarisme« . En contrepartie, il encourage, s’agissant de l’apprentissage de l’anglais aux nouveaux élèves, soutenant que cette langue leur assurera un avenir professionnel. Il n’explique pas, ne s’attarde pas, ni même justifie ses craintes sur le lien qu’il crée entre « communautarisme » et spécifiquement l’apprentissage particulier d’une langue : la langue arabe. Il y voit par l’introduction de l’apprentissage de cette langue dans le système  scolaire, la mise en place d’un facteur nouveau qui est celui de diviseur de la nation –un rôle politique– ceci, suivant le véritable sens contenu dans l’expression « communautarisme ». Il y a matière à rendre perplexes les sociologues et anthropologues compris.

  Sans doute, il est préoccupé par l’avenir professionnel des jeunes élèves, puisqu’il est candidat à la présidence de la République. Il omet au passage un petit détail, et non des moindres, de le citer dans son intervention médiatique : le véritable frein et diviseur de la nation qu’est le facteur inégalité des chances, posé en handicap devant la majorité des enfants de la république. L’enseignement de la langue arabe est un chiffon rouge d’une taille un peu petite pour orienter le débat public sur la qualité de l’enseignement et les perspectives professionnelles.

 L’égalité des chances, condition essentielle pour l’épanouissement scolaire de tous les élèves signifie que tous les enfants de la république puissent accéder aux savoirs et aux connaissances, et dans de bonnes conditions, que c’est une obligation de l’État et c’est un devoir de la nation française, mais que la réalité sur le terrain s’exprime tout autrement. Elle met ce principe sacré et constitutionnel en échec. Dès son premier pas à l’école, l’enfant est soumis à l’obligation de fréquenter soit l’école des riches s’il provient de la communauté des aisés, soit l’école des pauvres s’il est issu de la communauté de ceux qui n’ont pas choisi de se trouver sans les moyens et sans les privilèges qui les accompagnent. C’est le vrai communautarisme, enfants de riches et enfants de laissés pour compte,  qui mine  la société française et certainement pas ceux qui apprennent l’arabe ou l’anglais.

Les résultats du PISA 2012 en disent ceci sur l’égalité des chances dans l’apprentissage:

«En France, la corrélation entre le milieu socio-économique et la performance est bien plus marquée que dans la plupart des autres pays de l’OCDE

Le système d’éducation français est plus inégalitaire en 2012 qu’il ne l’était 9 ans auparavant et les inégalités sociales se sont surtout aggravées entre 2003 et 2006 (43 points en 2003 contre 55 en 2006 et 57 points en 2012)

 En France, lorsque l’on appartient à un milieu défavorisé, on a clairement aujourd’hui moins de chances de réussir qu’en 2003

Les élèves issus de l’immigration sont au moins deux fois plus susceptibles de compter parmi les élèves en difficulté. La proportion d’élèves issus de l’immigration se situant sous le niveau 2 en mathématiques lors du cycle PISA 2012 ne dépasse pas 16 % en Australie et au Canada, mais atteint 43 % en France et globalement plus de 40 % uniquement en Autriche, en Finlande, en Italie, au Mexique, au Portugal, en Espagne et en Suède.

Même après contrôle du milieu socio-économique, en France, les élèves issus de l’immigration accusent des scores inférieurs de 37 points à ceux des élèves autochtones, soit presque l’équivalent d’une année d’études (contre 21 points, en moyenne, dans les pays de l’OCDE).

En France, les élèves issus d’un milieu socio-économique défavorisé n’obtiennent pas seulement des résultats nettement inférieurs, ils sont aussi moins impliqués, attachés à leur école, persévérants, et beaucoup plus anxieux par rapport à la moyenne des pays de l’OCDE.».

 Que dire de plus sur les vraies inégalités et le vrai communautarise.  Un arrière goût de quelque chose qui n’ose aller, ouvertement ou jusqu’au bout de son expression,  se dégage de cette mobilisation irraisonnée et déraisonnable qui s’oppose à l’enseignement officiel de la langue arabe dans les établissements scolaires de la République.

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