La ministre Chiraz Laatiri au secours de la culture du transit intestinal et digestive du mois de ramadan

Salah Ben Omrane  12 avril 2020  18:00

Hitler et Goering devant La Fauconnière d’Hans Makart – August Scherl

Le 8 avril dernier, la ministre tunisienne des affaires culturelles, Chiraz Laatiri, par un geste compassionnel et empathique vis à vis de la famille tunisienne, a produit un communiqué dans lequel elle invite les entreprises du secteur audiovisuel et télévisuel à « poursuivre » leurs tournages malgré l’injonction à l’échelle nationale du confinement, mais à la conditions qu’elles en fassent « une demande-engagement » auprès de son ministère.

Les mauvais esprits se sont de suite élevés contre la décision de la ministre. Certains y trouvent qu’elle s’est écartée, trop loin,  des directives du Président du gouvernement auxquelles elle-même y fait référence dans son propre communiqué ; que non seulement elle n’encourage pas la population d’accepter les mesures du confinement mais qu’elle ouvre une brèche pour que des demandes de dérogations se multiplient et qu’en fin de compte les sacrifices auxquels tous y avaient consentis pour mettre fin à la propagation de la pandémie, seraient réduits à néant.

Pour ce qui concerne la matière dramatique, en effet c’est dramatique sans l’once d’un mélo. Au lendemain, la ministère a fait paraître « Un Communiqué éclaircissant » dans lequel elle revient sur les motivations de sa décision.  Voici en traduction la ligne 3 de son texte : Le ministère des affaires culturelles a pris cette décision afin d’accompagner les familles tunisiennes, de prendre en compte les conditions du confinement sanitaire dans l’éventualité où il se poursuit jusqu’au mois du ramadan, pour alléger son poids sur les tunisiens, les inciter à rester chez eux avec l’offre d’une matière dramatique télévisuelle tunisienne qui leur permet de vivre un mois d’abstinence dans les conditions les plus proches de ce qu’ils avaient d’habitude comme atmosphère ramdanesque.

Le particulier dans cette affaire est la promotion officielle par la ministre, du feuilleton ramdanesque, de la télé qui incite les gens à rester chez eux comme elle l’écrit, avec une matière dramatique tunisienne. Pas plus précis que cela comme cahier des charges de la politique culturelle du ministère, n’existe pas. Une vision, un concept de la culture qui semblent être soutenus et défendus par la nouvelle ministre de la culture du nouveau gouvernement. Cette position de la politique culturelle à mener est aux antipodes de la défense d’une culture populaire saine. Celle qui tend à niveler démocratiquement les aspirations culturelles des familles tunisiennes vers ce qu’il y a de plus beau, de meilleur, la culture du raffinement et du merveilleux, du bon goût et celle de la diversité dans les différents arts.

Un rappel : pendant la guerre 39-45, contrairement à ce qu’on pourrait penser, les nazis n’avaient pas pour préoccupation que de gagner la guerre aux combats sur des différents fronts. Ils engageaient des moyens matériels inouïs pour rassembler, par tous les moyens y compris illégaux, ce qu’il y avait de plus beau et précieux en tableaux et sculptures  » Kunstschutz », tout particulièrement chez l’ennemi. La guerre ne les a pas déstabilisés au point de perdre le sens du beau et de ce qui peut être rangé  au titre de chef-d’ œuvre.

Il arrive qu’on prenne la défense d’un artiste, en danger ou censuré, d’un festival, d’une salle de spectacle qui nécessite des fonds publics pour sa réfection, d’un musée, d’une forme culturelle comme le théâtre de rue par exemple, voire même défendre des bobines de films contre la détérioration dont le support est en danger. Les causes de défense dans la cultures en général, sont variées et multiples dont certaines dépassent la ligne du sérieux. Mais défendre la culture du cure-dent devant la télé, cela ne s’est pas encore produit encore. Maintenant c’est fait ! À vrai dire, peut-être qu’il n’y a rien de choquant dans cette affaire car on pourrait dire qu’il ne s’agit pas de culture dont il est question dans ce positionnement du ministère, il s’agirait plutôt des « affaires culturelles » dont il est question et que le ministère en porte parfaitement la dénomination et non celui de la culture.

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