Call soon pour les droits à l’égalité de la femme tunisienne

Salah Ben Omrane  18 août 2020  14:00

Modigliani

  Kaïs Saïed, président de la république et premier magistrat en Tunisie, s’est épanché devant un parterre de femmes et hommes soigneusement bien séparés en deux groupes, sagement bien distincts, dans un long récit mettant en relief sa propre réflexion sur le statut de la femme tunisienne.

Une intervention à l’occasion de la célébration de la journée de la Femme, le 13 août dernier, et qui a retenu l’attention de tous cette année.

Le propos du président vient à point acter une stagnation quand ce n’est pas une régression tout court des acquis en droits de la femme tunisienne alors qu’on est au seuil de clôturer le passage d’une décennie après le vent du soulèvement populaire en décembre 2010.

Le cœur de son intervention se résume ainsi : Pas de traitement à égalité de parts entre l’homme et la femme lors d’une succession en héritage et le texte coranique est clair là dessus. Comprendre celui qui comprendra que les règles coraniques sont supérieures aux règles de la Constitution.

Drôle d’attention à l’égard de la femme tunisienne en lui soutenant qu’elle n’est pas l’égale de l’homme en droit et drôle de message-cadeau délivré. En effet, en toute évidence c’était bien sa fête ce jour-là!

Pour en arriver là, c’est à dire à la négation des acquis de la femme tunisienne qui sont scellés dans la Constitution de 2014 il eût fallu donner des coups de canifs à cette dernière qui est la mère des lois. Il aurait été plus simple et beaucoup moins chamailleur et ostentatoire de procéder autrement à la régulière à savoir réclamer ouvertement et franchement la révision de la Constitution en saisissant l’Assemblée du peuple, lieu des débats par excellence.

Rappelons tout de même ce que dit l’article 21 de la Constitution : Les citoyens et les citoyennes sont égaux en droits et en devoirs. Ils sont égaux devant la loi sans discrimination...,

la journaliste Sylvia Von Harden peinte par Otto Dix

Pour le président Kaïs Saïed, le défi de dénier ce texte légal de la Constitution en le substituant par une autorité religieuse coranique, ne semblait pas une opération périlleuse. Il y a un risque à assumer qui consiste à se faire passer pour un archaïque, un rétrograde et un anti-progressiste dans les sphères internationales alors qu’il passe jusqu’à aujourd’hui comme étant le président outsider, sans l’appareil d’un parti, placé dans le fauteuil de la présidence de la république  par les jeunes.

Peut-on oser dire qu’on est en démocratie quand on nie un des principes élémentaires propres à toute véritable démocratie qui consiste à reconnaître l’égalité des droits entre ses citoyens hommes et femmes.

Un peu d’Histoire pour comprendre les tenants et aboutissants dans ce bras de fer entre hommes et femmes lorsqu’il s’agit au fond d’une question de Domination d’un genre de l’espèce humaine sur un un autre, de Pouvoir, de machisme  de valeurs et bien entendu de sous, puisqu’il s’agit de succession et d’héritage, où les femmes ressortent à peu près perdantes presque dans tous les cas de figures lorsqu’elles ont des frères des mêmes parents avec qui elles doivent partager un héritage..

Dix siècles avant la conquête musulmane du nord de l’Afrique, il y avait en Tunisie un certain Hannibal. grâce à qui le nombre d’héritières à Rome ne faisait que croître. Les hommes partaient à la guerre sans jamais revenir et les femmes devenaient riches et encore plus riches quand le père ou les frères succombaient dans les champs de batailles.  La femme romaine devait beaucoup à Hannibal en devenant riche et parfois en étant encore jeune. À rappeler que pendant ce temps là il n ‘y avait aucune distinction par le sexe au cours de l’héritage.

À Rome il a fallu attendre l’an 169 avant J.-C. pour que la loi Voconia intervienne en remettant en question les doits successoraux entre femmes et hommes. Les droits des femmes à l’égalité dans l’héritage étaient revus à la baisse. Les mâles étaient devenus les principaux propriétaires successoraux et ainsi « éviter la dispersion » des biens hors du cadre de la filiation par les mâles. Sans oublier que la société romaine ne pouvait pas tolérer la prolifération des veuves riches que des Romains trouvaient qu’elles avaient un certain pouvoir bien trop pesant dans l’organisation sociale.

Cessons de raconter des sornettes en allant chercher des appuis dans les textes religieux qui sont apparus il y a plus d’un millénaire. Arrêtons de faire dans le sophisme en tentant de d’opposer l’égalité dans les droits et l’équité pour obtenir les mêmes droits. Dans une république il n’y a de place que pour les lois de la république. La constitution ne sert pas à encadrer et montrer aux pays étrangers pour leur lire : Regardez comme nous sommes beaux et à la pointe du modernisme dans nos pensées et nos mœurs, faites nous confiance, nous sommes prêts à recevoir vos commandes industrielles et n’ayez aucune crainte !

Dans ce cas si on tient à valoriser le Coran au détriment de la Constitution de 2014, en se référant aux textes coranique dans l’organisation sociale, économique et juridique  il faut alors aller plus loin, réclamer haut et fort la cessation de l’autorité par les lois constitutionnelles en plaçant l’autorité exclusive de l’État religieux, le mettant au dessus d’un État civil. Et pourquoi pas réclamer ainsi donc dès demain, par exemple, le droit pour chaque homme d’avoir plusieurs épouses et peut-être la fermeture des établissements scolaires qui prodiguent un enseignement civil au profit des écoles coraniques ?

Soyons sérieux, n’attendons pas que les femmes se mettent à taper sur les hommes pour acquérir leurs droits à l’égalité.

En Corse, il y avait une tradition qui constitue, lors des successions, ceci par tradition, que les mâles se gardaient pour eux les terres fertiles de l’intérieur du pays et de donner en héritage les terres qui longent la mer, et qui sont de peu de valeur, aux héritières. Or après la seconde mondiale, l’armée américaine a fait éliminer les moustiques par les airs  (projection de DDT) des terres marécageuses des côtes. Vient immédiatement et ensuite, le tourisme balnéaire qui soudain a fait que les terres des héritières filles ont pris une valeur qui dépasse la valeur des terres en altitude. Sans combat, l’Histoire a rendu justice !

Qui est le bienheureux destinataire de cette aimable attention, ce rappel de la primauté du Coran sur la constitution civile ?

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