Pendant que les Tunisiens s’impatientent pour le débat entre candidats

Salah Ben Omrane  25 novembre  2014  16:12

 Aucune raison de pavoiser en ce moment, dans cette circonstance particulière où les élections se succèdent, sans percevoir de véritables signes rassurants pour l’avenir qui puissent indiquer l’installation d’une véritable maturité politique ambiante.

Cependant, une pensée à tous les Tunisiens que j’ai vus se faire refouler à l’entrée des bureaux de vote au motif qu’ils n’étaient pas inscrits sur les registres électoraux, qui croyaient que leur inscription était automatique puisqu’ils étaient inscrits et avaient voté en octobre 2011. Pas de quoi s’étonner qu’il y ait moins d’électeurs au cours de ces élections qui se suivent.

Il ne fallait pas se presser non plus pour organiser ces élections lorsqu’on constate ceci :

– Il y a un organe chargé d’organiser et de superviser les élections législatives [ISIE], si rapide dans l’annonce du verdict des urnes, si impatient de faire en sorte que le pays passe à autre chose, qu’il met 26 jours pour déclarer officiellement et enfin les noms des nouveaux élus.

– Il y a une assemblée de nouveaux députés qui fait un pas en avant et dix en arrière dans la direction de la Coupole. À parier que lorsqu’elle atteindra son seuil d’entrée, on sera préparés pour fixer la date d’élection de la prochaine assemblée. Bizarre cette précipitation pour légiférer. Rien à voir avec ce qu’on a connu avec les élections de la constituante. Souvenons nous, en octobre 2011, en moins d’une semaine après le jour du vote , tous les nouveaux élus étaient en place et attablés derrière leurs pupitres. Quelques-uns avaient même fait encore plus fort en se réunissant à l’extérieur, avant tout le monde en distribuant tâches, rôles et fonctions. Allons nous finir par regretter ce débordement d’euphorie et enthousiasme même si parfois il avait une goût douteux ?

– Il y a une constitution flambant neuve, née il y a six mois. À celui qui disait, jusqu’au jour où il a été décrété que son écriture est terminée, qu’elle recèle des failles et des incohérences, on lui rétorquait que c’est de l’anti-jeu .Ce fut il y a longtemps et c’était une autre époque ! À son emballement, on n’a pas cessé de l’encenser en la couvrant d’éloges pour ce qu’elle contient de principes fondateurs d’un État civil et moderne, dit-on, en cheville avec les idées humanistes qui circulent dans les pays démocratique. Mais ça c’était à une autre époque. Comme le temps changent vite ! Puis, soudain, cette même constitution, aujourd’hui, se trouve pointée du doigt, accusée de contenir du flou, notamment dans l’article 89 (l’article et sa traduction) , dont il est question en ce moment, censé permettre le guidage du président de la république dans le choix d’une transition pacifique entre équipes de l’exécutif. Les accusateurs opportuns n’hésitent pas à élever de la voix par ces temps qui courent, se retournent contre le président de la république actuel, en créant deux catégories de présidents : Ceux qui sont les bien-fondés et ceux qui ne le sont pas pour avoir le droit de faire usage de l’article évoqué. Tant pis si cette nouvelle nuance inconstitutionnelle choque tant qu’eux-mêmes ne se sentent pas ridicules par leurs pseudo-analyses farfelues. Ils sont quelques nouveaux arrivants sortis des urnes des législatives. Bref en période d’éclosion troublante dont le seul signe de sagesse qui les caractérise, est qu’ils reconnaissent ne pas y penser grand chose de ce qu’ils disent et avouent qu’ils ne font répéter les ouï dires récoltés chez des « spécialistes Autrement, ils sont allés jusqu’à nous offrir un aveu d’incompétence de lecture de la loi , eux-mêmes qui sont censés rédiger de nouvelles lois, juste pour affirmer que l’actuel président est mal-fondé, de leur point de vue, pour user de sa prérogative présidentielle.

– Il y a un président qui applique à la lettre la constitution, puisque dès l’annonce officielle des noms des nouveaux élus parlementaires, il prend sa plume et exécute sans ostentation ni ambages sa mission, en conformité avec l’article 89 de la même constitution. Il charge le candidat du parti politique ayant obtenu le plus grand nombre de sièges au sein de l’Assemblée des représentants du peuple, de former le gouvernement dans un délai d’un mois.
C’était prévisible que son initiative allait faire du bruit dans le camp des nouvelles têtes proches à se placer en orbite dans les lieux du pouvoir, tant convoités.

Le chef du parti Nidaa Tounes est le destinataire de la missive. Certains de ses lieutenants trouvent que l’acte même est insignifiant ne méritant aucune réponse. Ils estiment que l’émetteur est un candidat à la succession du poste qu’il occupe de chef de l’État et que le receveur du courrier est que son adversaire visant le même fauteuil. Par la voix de Mohsen Marzouk, Directeur de la campagne présidentielle de Béji Caïd Essebsi, le problème est déjà réglé. Entendons par là que son parti n’a pas à se conformer à l’initiative du Président Moncef Marzouki, jusqu’à éviter de prononcer son nom dans le débat télévisuel auquel il s’est livré. Réglé par qui ? Réglé par des experts , dit-il, le Directeur de campagne . Il maintient que « c’est au futur président dont le nom sera révélé par les urnes à qui revient la mission de désigner le formateur du nouveau gouvernement et pas un autre . Drôle interprétation de la loi pour celui qui ignore le talent et la manière dont on triture la constitution en Tunisie depuis cinquante ans.

Peut-on régler ce détail au cours d’un débat entre les deux candidats à la présidentielle, avant que n’expire la date ultime du courrier ?
Tout porte à croire que ce n’est pas gagné d’avance! Toujours, d’après le même Directeur de campagne de Béji Caïd Essebsi, il ne peut pas y avoir de débat sans entendre de la bouche de l’adversaire de son poulain des excuses. Il tient à ce que Moncef Marzouki s’excuse pour avoir qualifié de « Thaghout » Béji Caïd Essebsi. Sans repentance, pas de confrontation débat.il a martelé. Il faut juste rappeler qu’un débat télévisé entre les deux candidats du deuxième tour, n’est en aucun cas une obligation constitutionnelle. Si cela arrive ce serait une première en Tunisie. Sûr que l’évènement serait suivi par autant de téléspectateurs qu’un match de finale entre équipes de foot. Plus sûr encore, qu’à l’issue d’un tel « duel », terme que réfute en l’occurrence le Directeur de campagne, les électeurs pourraient y trouver l’occasion de mieux cerner leurs attentes et ainsi affiner le choix de leur candidat . Or le souci essentiel, qu’il ne faut pas dire , pour l’équipe qui entoure le candidat Béji Caïd Essebsi, mais que chacun peut deviner, est que la personne de Moncef Marzouki est un orateur habile et talentueux qui s’adapte facilement aux situations et anticipe dans les débats, bref un moderne, capable même de faire un discours en anglais si la question lui est posée dans la langue de Shakespeare . Impossible pour son adversaire de d’en faire autant ou de le suivre. Il y a des fragilités qui sont en réalité des handicaps insurmontables, de toute évidence, si débat ait lieu, pour le Candidat Béji Caïd Essebsi, face à son adversaire, un loup en la matière de communication qu’est Moncef Marzouki.   Si l’équipe qui entoure le candidat Béji Caïd Essebsi, pense différemment il ne leur reste qu’à dire oui au débat. Ainsi, on peut au moins espérer mettre fin aux gesticulations dérisoires par personnes interposées  et connaitre mieux les intentions de chacun des candidats dans sa manière à vouloir diriger le pays .

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