Zineb El-Rhazoui, en Jive-Dance autour du Coran après les attentats à Paris

Salah Ben Omrane  22/11/2015  13:45

 Zeineb El Rhazoui Une soirée le 19/11/2015, intitulée «L’Autre JT» sur France 4 et présentée par  par Arnaud Muller. Une semaine après les attentats à Paris avec des invités venus rendre hommage aux victimes et tenter de comprendre ce que la raison n’admet pas et un esprit sain n’admettra pas. Une atmosphère marquée par la sérénité des intervenants qui s’interrogent dignement sur ce qui s’est produit où des vies, des êtres, dans des espaces de fête et de convivialité ont été emportés avec violence, par des balles et dans la plus extrême des sauvageries de l’espèce humaine.

 Entre dans le débat, au milieu de cette soirée et dans un style qui lui est propre, du genre Jive-Dance verbal, Zineb El-Rhazoui, journaliste à Charlie Hebdo. Son premier tour de piste, elle le marque par la diatribe suivante ( à 2:48 mn)* :  » Moi je pense en fait que cela fait des années en France que le débat est empoisonné par tous les gens qui ont fait un véritable hold-up sur l’antiracisme, qui ont dévoyé l’antiracisme à des fins religieuses. » Quel est le lien entre l’antiracisme avec le massacre qui venait d’être organisé par des criminels?  Elle n’en dit pas plus et elle poursuit : »Si on fait aujourd’hui de la critique d’une religion, du racisme, il est temps qu’on revienne parce que pour déconstruire la pensée intégriste, ça passe par la critique du dogme islamique aussi, ça passe par le fait de prendre les textes et d’interpeller tous ces imams, soi-disant modérés qui viennent gentiment condamner les attentats. On a envie de leur dire mais messieurs, merci de condamner les attentats. On n’a pas besoin que vous condamnez un crime, que vous condamnez le condamnable. » Elle vient de parler de « hold-up » d’une  cause et s’improvise en bureau qui reçoit les condamnations, qui accepte certaines et refuse d’autres. Puis, elle enchaîne: « On a besoin que vous condamnez vos textes qui appellent à commettre ces attentats là. C’est de ça qu’on a besoin ! ».

 De quels textes, elle parle, qui « appellent à commettre des attentats »? Est-ce sérieux ou n’est-il pas simplement qu »un avertissement qui ressemble étrangement au coup de fil d’une gamine qui prévient qu’il y a un danger de gaz? Puis, elle poursuit un peu plus loin, arrive à la conclusion de son tour d’horizon qui est ceci: : »Le Coran, par exemple dans le verset 29, de la Tawba, ordonne de combattre les Juifs et les Chrétiens!« .

 À cette alarme en pirouette qui finit par un saut improvisé, qui attribue au Coran une incitation à combattre les Juifs et les Chrétiens, elle ne doit pas être prise à la légère. Il faut bien vérifier si la prise de risque, à savoir l’attribution d’une telle phrase au Coran, qui a laissé ses interlocuteurs bouche bées, est bien fondée. Vérifions :

 Voici le texte suivi de ma traduction personnelle, du verset incriminé par madame Zineb El-Rhazoui, c’est à dire Ayet 29 de Sourat Al Tawba  ( qui signifie la Repentance) du Coran:

Aya 29 de Sourat Attawba  Il est écrit : « Combattez ceux qui ne croient pas en Dieu et ne croient pas au Jour dernier, qui n’interdisent pas ce que Dieu et son Messager ont interdit, qui ne transmettent la religion de la vérité, de ceux qui ont reçu le Livre que s’ils perçoivent l’imposition par leurs mains en petitesse. » (Aya 29)

 Dans cette Aya, il est bien question d’incitation au combat, mais ni les Juifs ni les Chrétiens ne sont mentionnés et ils ne sont pas désignés en ennemis. Or, il est question dans le texte de combattre ceux qui monnayent la religion et s’érigent en intermédiaires pour percevoir « une taxe », filtrent en empêchant que la parole de Dieu parvienne à tous. 

 Voyons dans les Ayet qui suivent, peut-être que madame Zineb El-Rhazoui s’est trompée de numéro dans la Sourat, puisque dans l’Aya suivante, en effet, les Juifs et le Chrétiens son cités. Voici l’Aya :

Aya 30 de Sourat Attawba« Les Juifs ont dit Aziz fils de Dieu et les Chrétiens ont dit le Christ fils de Dieu. Tel est leur dire par leur bouches. Ils imitent le dire de ceux qui avaient blasphémé avant. Dieu les a combattus jusqu’à ce qu’ils méritent. » (Aya 30)

 Dans cette Aya, il est dit explicitement que c’est Dieu qui avait combattu. Il n’ordonne pas de combattre. Il est écrit qu’il avait combattu les blasphémateurs. Il dit qu’ils le méritaient. Cependant, il trouve qu’il y a des imitateurs aux blasphémateurs déjà combattus. Les imitateurs mentionnés dans cette Aya, sont  ceux qui élèvent Aziz chez les Juifs et Jésus chez les Chrétiens au rang de fils de Dieu. 

Quel est le sens de « Fils de Dieu » réfuté dans cette Aya ?  Ce n’est pas le sens de création par la volonté divine, puisque le Coran ainsi que toutes les religions du Livre s’accordent à dire que tout l’univers est une création de Dieu.  Il s’agit de la filiation « fils », dans le sens de la reproduction de Dieu sous une forme physique quelconque, y compris dans une forme humaine. Dans cette Aya, il est dit que « les blasphémateurs » s’y autorisaient à donner cet attribut de fils de Dieu et il les a combattus et s’y autorisent encore. Cependant,  il n’est pas écrit qu’il délègue à quiconque le combat contre les usurpateurs. À rappeler que tous les Pharaons d’Égypte revendiquaient cette distinction mi-Dieu mi-hommes à la différence de tous les terriens.  Des rois, même après les Pharaons, à des dates non lointaines d’aujourd’hui, ont revendiqué qu’ils ont une filiation divine, en prétendant que le sang qui coule dans leurs veines est bleu, qu’il n’a pas la même origine que chez tous les hommes et femmes. Une distinction mythique répandue dans la noblesse pour marquer sa différence avec ce qu’on appelle les roturiers.

Les Ayat qui suivent, qui sont traduites, vont dans la continuité de la même idée dans le recommencement de l’imitation des anciens.  

Aya 31 de Sourar Attawba
« Ils ont pris leurs rabbins et leurs moines pour divinités autrement que Dieu et le Messie fils de Maryam et ils n’ont été commandés de s’attacher qu’à un seul Dieu, que Dieu, que lui à l’écart de leurs déviances. » (Aya 31)

 Ce que j’ai découvert d’intéressant en traduisant particulièrement cette Aya, en jetant un coup d’œil sur les autres traductions disponibles et proposées, est qu’il existe de mauvaises traductions du Coran en langue française. Plus grave, je n’ai trouvé aucune de proposée qui soit approximativement « fidèle » au texte en langue arabe. Il existe même des traductions que je qualifie de dangereuses quand elles proposent des traductions qui manipulent et déformant le sens originel dans le texte coranique écrit en arabe. C’est à mettre sur le compte du manque de prudence car il faut reconnaitre que l’opération de traduction d’un texte coranique nécessite, en plus d’une connaissance de la langue arabe approfondie, des précautions dans l’agencement des mots et des phrases traduits qui respectent l’ordre dans lequel sont proposés dans le texte en arabe en vue d’obtenir un sens précis.

 Voici un exemple d’une de ces traductions publiques trouvées qui montre la gravité et la dangerosité du phénomène. Dans une traduction, il est écrit ceci: « Ils ont pris leurs rabbins et leurs moines, ainsi que le Christ fils de Maryam(Marie) comme Seigneurs en dehors d’Allah, alors qu’on leur commande que d’adorer un Dieu unique. Pas de Divinité à part Lui! Gloire à Lui! Il est au-dessus de ce qu’ils [Lui] associent. « 

 Les erreurs trouvées dans cette traduction sont les suivantes:

  1. À aucun moment il n’est écrit dans l’Aya que le Christ est associé aux rabbins et aux moines pour qu’ils soient « par erreur » pris pour Dieu. Sa présence dans la phrase, l’Aya, est plutôt associé à celle de Dieu. Cette nuance est importante, car la traduction fait du Christ, vu du Coran au rang de rabbin ou d’un moine, ce qui est complètement faux suivant le texte de la même Aya.
  2. Mauvaises traductions de certains termes dans l’Aya écrits en arabe, tels : »أَرْبَابًا » par « Seigneurs« ,  » لِيَعْبُدُوا » par « pour adorer, « سُبْحَانَهُ » par «  Gloire« , et « يُشْرِكُونَ » par « au dessus ce qu’ils lui associent« . Ceci constitue un grave problème qui est la dénaturation du sens du texte coranique.

 Poursuivons les deux Ayat qui suivent, et voyons s’il y a de quoi confirmer ce qu’a prétendu Zineb El-Rhazoui:

Aya 32 de Sourat Attawba« Ils veulent éteindre la lumière de Dieu avec leurs bouches. Dieu ne veut pas que sa lumière finisse, même si les blasphémateurs en soient dégoûtés. » (Aya 32)

Aya 33 de Sourat Attawba « C’est lui qui a envoyé son Messager, avec de la sagesse et la religion de la vérité pour qu’elle soit visible, sur toute la religion, afin qu’elle triomphe sur toute autre religion, même si les blasphémateurs en soient dégoûtés. «  (Aya 33)

 Cela ne surprend plus d’entendre des pseudo-connaisseurs faire référence au Coran, pour y trouver de quoi pimenter leurs propos entre convives, en lui attribuant des sottises dont ils restent et demeurent seuls responsables (Il est indiqué dans la fiche de présentation wikipédia de madame  Zineb El-Rhazoui, qu’elle est titulaire d’un master de sociologie des religions). Michel Onfray nous a fait le coup après les attentats contre Charlie Hebdo. Les écrits et les vidéos sont là et ils sont publiquement vérifiables. Ce qu’ils racontent en sornettes à la télé s’entend et dépasse le seuil d’un plateau télé. C’est même prévisible puisque maintenant, on sait que cela fait partie du tourbillon que laissent les terroristes  en commentant leurs actes criminels. C’est une des variantes dans les éclats de leurs balles mortelles.

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*l’émission en entier, qui est excellente, est visible en entier en appuyant ici .

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2 commentaires pour Zineb El-Rhazoui, en Jive-Dance autour du Coran après les attentats à Paris

  1. un marseillais dit :

    29. Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, qui n’interdisent pas ce qu’Allah et Son messager ont interdit et qui ne professent pas la religion de la vérité, parmi ceux qui ont reçu le Livre, jusqu’à ce qu’ils versent la capitation par leurs propres mains, après s’être humilies.

    • J’oppose à cette traduction ma traduction personnelle qui est ceci :

      [Combattez ceux qui ne croient pas en Dieu et ne croient pas au Jour dernier, qui n’interdisent pas ce que Dieu et son Messager ont interdit, qui ne transmettent la religion de la vérité, de ceux qui ont reçu le Livre que s’ils perçoivent l’imposition par leurs mains en petitesse.] (Aya 29)

      La traduction que vous proposez est celle qui est disponible et répandue, y compris sur le net, et que vous reprenez. Reprenons-la étape par étape.

      « Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, qui n’interdisent pas ce qu’Allah et Son messager ont interdit... » Jusque là, il n’y a pas une énorme différence entre ma traduction et celle-ci, à part qu’en traduction Allah devrait être traduit par Dieu. Il n’y a pas de raison de ne pas appliquer cette traduction car, la désignation est la même. Il n’est pas écrit ni reconnu qu’il existe un Dieu spécifique d’après l’Islam, au point de ne pas appliquer la traduction de la signification. La religion juive et le Christianisme ont affirmé avant l’Islam que Dieu est unique. L’Islam dans le Coran ne s’est pas démarqué par l’affirmation qu’il y a un autre Dieu, au contraire, il s’est situé dans la continuité et dans le prolongement des messages de Dieu, seulement en revendiquant que le Coran est un nouveau et dernier message de Dieu  » خاتم الأديان ».
      Arrive maintenant les divergences avec la traduction que vous reprenez:
      « ...et qui ne professent pas la religion de la vérité... » Le terme en arabe يدينون  » a été traduit par « professer« . Une erreur dans la traduction!
      Avant tout, il faut tenir compte d’un élément essentiel dans l’écriture du Coran en langue arabe, qu’est le « jeu de mots » qui forme un aspect poétique à toutes les phrases du texte coranique et que l’effet poétique de langue, est difficilement rattrapable dans toute proposition de traduction. La traduction parfaite s’il en existe une, est celle qui ne se précipite pas de proposer un terme, sous le prétexte de vouloir faciliter la compréhension du lecteur dans une autre langue. L’arbitraire dans la mauvaise traduction est lorsqu’elle occulte le particularisme des mots dans le texte initial et déforme leur agencement dans la phrase. La « bonne » traduction est celle qui prend en considération le sens exact du mot dans la langue à traduire, sans faire la course vers la simplification. Donc, le verbe est  » دان« . Il signifie « prêter » et non « professer ». Puis, nous avons le mot  » دين » qui peut produire deux significations différentes, en autres, en jouant sur l’accent des deux premières lettres: un prêt/ une religion. On peut se rendre compte déjà de la proximité des sens qui résulte de la proximité des mots composés avec des lettres presque similaires. La première idée qui se dégage de cette proximité est l’exclusion de la propriété. Il est question de prêter ce qui a été prêté. Raison pour laquelle j’avais opté dans ma traduction en choisissant le mot » transmettre » plutôt que « professer ».

      Vient ensuite « ...Parmi ceux qui ont reçu le Livre, jusqu’à ce qu’ils versent la capitation par leurs propres mains, après s’être humilies… »
      La traduction que vous recopiez est totalement fausse et à contresens.
      Dans le Coran il est écrit : » يُعْطوا  » qui signifie  » on leur donne  » et non le contraire traduit par le terme »verser« . Quant à la traduction de «  الجزية » par « capitation » , il n’est pas spécifié d’une imposition par « tête« . Il est question d’imposition ou de redevance tout simplement. Puis enfin, dans la traduction que vous reprenez, il est question d’humiliation alors que ce terme n’existe pas dans le texte du Coran. Ceux qui perçoivent (ma traduction) l’imposition, c’est à dire sont ceux qui se sont chargés de transmettre la parole de Dieu en la monnayant, ils le font en petitesse comme je l’ai traduit.
      La traduction que vous soumettez est une belle illustration de la gravité dans les déformations du sens initial qui vont jusqu’à signifier le contraire de ce qui est écrit dans le Coran.

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