Précisions du ministre de la justice Ben Aïssa, démis de ses fonctions

Salah Ben Omrane  22/10/2015  13:45

Mohamed Salah Ben Aïssa  La coalition au sommet de l’exécutif aurait certainement préféré que la conduite vers la zone de délestage du ministre de la justice Mohamed Salah Ben Aïssa se fasse en catimini et sans bruit. Il en est autrement, car nul ne peut prévoir de quoi peut être capable un homme en colère.

Maintenant que le fait est accompli, ses anciens collègues ministres surtout, ont largement le temps de profiter de ses réflexions en l‘écoutant exposer dans les médias, en haut, en large et en couleurs, l’objet de la discorde qui l’a amené vers la mésentente avec le grand chef et au final à l’éviction. Des ministres qui se font tirer le siège et qui répondent, ne sont pas forcément tous des taiseux ! Lui, il use à bon escient de la situation pour en tirer des objets de fierté qu’un large public avait suivi ses prises de positions courageuses sur des sujets sociaux et ne manque pas aujourd’hui de lui rendre hommage en saluant son intégrité.

Mohamed Salah Ben Aïssa, ministre de la justice a été démis de ses fonction avant hier par le Président* du gouvernement Habib Essid. Il revient publiquement sur l’atmosphère « courtoise » qui a jalonné la route vers la prise de décision de la séparation devenue incontournable pour un ministre, qui préfère diner normalement qu’avaler des couleuvres ou manger un chapeau qu’il ne porte pas. Il en a été décidé en commun, avec le président du gouvernement et par téléphone d’après lui, que « chacun suive son propre chemin« .

D’après le ministre, L’initiative de l’appel est venue de son chef du gouvernement qui lui a exprimé le reproche de ne s’être pas présenté devant les députés de l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP) le même matin, afin qu’il défende le projet gouvernemental de la loi sur le Conseil Supérieur de la Magistrature. À rappeler qu’il s’agit d’un projet retoqué par le gouvernement qui fait suite à l’abandon de ses dispositions dans une première version, qui au bout d’un parcours dans les tubes de l’Assemblée parlementaire avait fini par rencontrer l’invalidation par l’obstacle de la Commission provisoire de contrôle de la constitutionnalité des lois.

C’est à l’issu de cet appel que la décision de séparation a été prise. Le ministre Ben Aïssa quitte le gouvernement la tête haute. Il a vite réagi coupant court aux rumeurs concernant la cause de la rupture. Il est devenu un homme libre pour exprimer publiquement son ressentiment à propos de l’orientation en matière de justice que le gouvernement entend mener. Ainsi, l’occasion lui est fournie par le président du gouvernement de montrer par l’index la faille qui le sépare de la politique conduite par le gouvernement dont il vient de se soustraire, en fermant en toute courtoisie, derrière lui, la porte du ministère. D’un il estime qu’il est anormal qu’il soit convié à intervenir devant l’assemblée des députés en n’étant informé de l’audience en question seulement la veille de la rencontre, sur un dossier aussi cossu, celui du Conseil de la magistrature, et de deux, il ajoute qu’il ne pouvait pas défendre un projet auquel il n’y adhère pas. Un avis qui a son pesant de gros caillou, que maintenant, il peut le jeter en public dans la mare du gouvernement Essid. Entendons par là, que le projet qui concerne le volet justice dans le gouvernement a mijoté sans qu »il n’y était associé alors qu’il était le ministre de la justice en personne et pas des moindres. C’est inquiétant car il y a en effet de quoi s’interroger sur la manière dont s’écrivent les projets de lois et pas seulement en ce qui concerne seulement la justice : À quoi servent les ministres si les projets de lois qui concernent leurs domaines respectifs ne sont pas écrits par eux-mêmes ou du moins appuyés ou chapeautés par eux ?  Y a-t-il des officines opaques qui forcent la main des ministres dont la fonction qui leur est demandée consisterait à faire croire qu’ils sont les initiateurs des projets en déployant leurs efforts pour qu’ils soient estampillés par l’assemblée nationale ? Le message de Monsieur Ben Aïssa est précis sur ce point. En faisant entendre qu’en tant que ministre du gouvernement Essid , il lui a été sommé de défendre un projet de loi, qui veut dire une politique, ce malgré lui, malgré sa conscience et ses réserves, sous peine de se trouver éjecté de la troupe tel un comédien refusant d’endosser le rôle qui lui a été assigné, sans son consentement sur le personnage qui lui a été attribué par un auteur tapi dans l’ombre, qui est plus proche d’un marionnettiste que d’un metteur en scène, c’est en effet inquiétant pour le fonctionnement de institutions de l’État qui doit se faire dans la transparence et dans le respect de la fonction de chacun de ses serviteurs. Une question s’impose : Qui sont alors les ministres qui acceptent de se prêter au rôle de porte-voix de « son maître » en faisant semblant de croire ce qu’ils défendent ?

Intervention de Mohamed Salah Ben Aïssa après son départ du gouvernement sur Mosaïque FM ( vidéo ajoutée le 25/10/2015):

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